Apprenons à couper, à coudre et à vendre nous-même.

Entreprises \Développement local

Publié le 12-05-2003

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Hans Garoute est président fondateur d'Indepco, une structure associative qui rassemble 400 tailleurs et couturières haïtiens et assure grâce à son réseau et ses économies d'échelle, formation, commandes et équipements en machine.

Quelle est la présence étrangère dans l'industrie textile en Haïti ?
Hans Garoute
: Dans la production, il y a des Américains, mais la majorité sont Haïtiens. Ceux-là font de l'assemblage depuis 30 ans. Les firmes américaines font coudre ici, mais couper chez eux. Moi je dis : apprenons à couper, à coudre et à vendre nous-même, parce que je n'ai pas besoin d'un Américain pour vendre à Sear's (chaîne de grands magasins aux USA). Investissons dans la formation !
Comment êtes-vous entré dans le secteur textile ?
Hans Garoute : Très jeune dans une boîte juive de New York où je me suis retrouvé parce que mon père et mon oncle avaient disparu, victimes des tueries exercées sous Duvalier. Pour les grands magasins, j'ai d'abord vidé des boîtes de carton et grâce à mes capacités et mon assiduité, le mouvement des droits des noirs aidant, j'ai monté les échelons plutôt rapidement. Je suis devenu, dans les années 70, acheteur de vêtements pour une chaîne de magasins. J'achetais pour 12 millions de dollars de robes de chambre de femme. J'étais le spécialiste. J'ai vu dans le mécanisme de la délocalisation se mettre en place. Quand les grandes surfaces américaines se sont tournées vers l'Asie pour faire produire, je plaçais des commandes à Hongkong et en Chine. Au cours de cette expérience dans la 7ème avenue, j'ai vu comment les gens s'enrichissaient. Après la chute de Jean-Claude Duvalier, je suis revenu ici avec une vision bien claire de l'avantage que l'on pouvait avoir dans ce secteur compte tenu de fait nous avons de la main d'œuvre et aussi capacité de mettre sur pied une organisation.
Sur le modèle asiatique ?
Hans Garoute : Sur le modèle asiatique. En prenant des leçons de l'Asie qui a des petites industries éparpillées, des petits ateliers en réseau avec un bureau central. En Haïti, nous avons travaillé d'abord à motiver les artisans, à faire prendre conscience de la nécessité de se mettre ensemble et ensuite nous avons bénéficié de certains contrats gouvernementaux qui nous ont permis de faire l'expérience. On a produit près d'un  demi-million d'uniformes scolaires pour le compte de l'Etat haïtien en cinq an.
Quel est le but de l'Institut national pour le développement et la promotion de la couture, Indepco ?
Hans Garoute:
L'industrie de l'assemblage est le seul secteur qui amène des devises. La formation y est donc indispensable. Indepco est aussi un outil pour s'aider mutuellement et promouvoir notre production. Les ateliers se prêtent des machines quand il y a des problèmes. L'union du réseau fait la force de production. Notre méthode, c'est d'utiliser des techniques d'industrielles de coupe dans des bureaux puis d'éparpiller la production dans environ 400 ateliers. Le réseau Indepco sert à créer de l'emploi, de la richesse en prenant une position grandissante dans un secteur qui a servi de pilier économique à beaucoup de pays. L'Ile Maurice, la Tunisie sont des modèles : avoir des ateliers performants qui peuvent exporter. J'ai toujours souhaité rencontrer des investisseurs français pour faire des joints venture ici et travailler sur le marché américain où les produits français sont trop chers. Avec la main d'œuvre haïtienne et le savoir-faire français, on pourrait dans le cadre de coopération, monter des vêtements haïtiano-français, stylés et compétitifs. La dégringolade de notre monnaie, la gourde, nous aidera à devenir plus compétitif encore. C'est dur mais, c'est une des retombées positives.
Quels sont vos investisseurs ?
Hans Garoute : La Banque inter-américaine de développement qui détache deux personnes : l'une pour d'assurer la formation et l'autre pour la gestion. La Société d'investissement et de développement international avec qui nous avons pu réaliser un de nos rêves réalistes : attaquer le marché privé des uniformes, en gagnant la compétion grâce à l'achat de tissu importé par nous-même. Nous souhaitons obtenir de l'Union Européenne des financements pour des machines avec le fameux système informatisé de patronage afin d'élargir nos possibilités de partenariat d'exportation et ... de création pourquoi pas ?
Quels sont les projets à long terme de l'Indepco ?
Hans Garoute : La tradition artistique m'a motivé depuis le début, elle n'est pas encore exprimée dans la production vestimentaire sur le marché mondiale. Nos tableaux pourraient être de beaux vêtements avec une " flavour " haïtienne ! Donc le projet à long terme serait de trouver des partenaires pour les mettre en application avec Indepco et le secteur privé afin de fabriquer du  tissu.
L'esprit d'entreprise suffira-t-il à garantir le développement ?
Hans Garoute : Il faut qu'il y ait d'abord une harmonie entre le secteur privé traditionnel qui détient les capitaux et l'Etat. En même temps, les organismes telle que la Chambre de commerce, beaucoup trop élitiste, devrait faire un effort pour s'ouvrir à  toutes les composantes sociales comme le secteur informel. Un vrai leadership du privé serait de se lier, d'harmoniser les besoins, avant de faire face aux organisations internationales comme le Caricom  (communauté des Caraïbes) et la prochaine Zone de libre-échanges des Amériques.

Propos recueillis par Gwénaël le Morzellec
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