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Avec une production quotidienne de 2,4 millions de barils par jour en 2005, le Nigeria est le premier producteur pétrolier africain et le 11ème au monde. L’an dernier, les revenus issus de l’exploitation de l’or noir ont ainsi rapporté au gouvernement central 37,7 milliards de dollars, soit plus de 80% des revenus de l’Etat et environ 95% de ses exportations. Malgré cette rente pétrolière, le pays est l'un des plus pauvres de la planète. 66% de la population vit sous le seuil de pauvreté et le PNB par habitant est en chute libre depuis 1970. Les inégalités dans le pays sont exacerbées par les disparités régionales de la répartition de la manne pétrolière, notamment en faveur de Lagos, et par la corruption qui gangrène tous les niveaux de l’Etat. Le delta du Niger ne reçoit ainsi que 13% des revenus pétroliers terrestres du pays, un pourcentage qui est loin de pouvoir satisfaire les besoins des habitants d’une région dévastée par des décennies de négligences environnementales et économiques.
Une région secouée par les conflits ethniques
Depuis le déménagement en novembre 1996 du chef lieu de Warri-South du territoire Ijaw vers une zone dominée par l’ethnie Itsekiri, le conflit opposant les différentes ethnies peuplant le delta du Niger ne cesse de ressurgir. Cet état de rébellion endémique est motivé par des enjeux politiques et économiques mais également par la frustration des laissés-pour-compte du boom pétrolier. Les retombées économiques du secteur sont en effet relativement modestes dans la région, notamment en termes d’emplois. Le faible besoin en main d’œuvre de l’industrie pétrolière limite les opportunités d’embauche alors que le Land Use Act de 1978 a dépossédé les collectivités locales de leurs prérogatives et des compensations que leur versaient les entreprises pétrolières.
Ces frustrations ont conduit une frange de la population à radicaliser ses actions et à s’en prendre directement aux intérêts des majors. Jusqu’à récemment, il s’agissait essentiellement de dégradation des pipelines à des fins de contrebande ou dans l’espoir de toucher des dommages et intérêts, et de grèves musclées avec séquestration du personnel expatrié. Selon Shell, ces opérations de sabotage ont causé 40% des fuites observées dans son réseau en 2000. Depuis la fin 2005, les actions des rebelles Ijaw se sont toutefois radicalisées avec la prise d’assaut de plateformes pétrolières, l’enlèvement de personnels expatriés et des attentats terroristes sur les pipelines. Elles ont déjà causé la mort de dizaines de personnes, dont 3 employés expatriés de Total fin mars, et ont contribué à diminuer de plus de 25% les livraisons d’or noir nigérian sur le marché international. Outre des revendications politiques, les militants séparatistes du delta du Niger exigent le versement d’une rançon de 1,5 milliards de dollars en échange de la libération de neufs employés actuellement tenus en otage. Cette somme correspond au montant des dommages réclamés par le parlement nigérian en mars 2003 à Shell pour compenser les pertes halieutiques dues à la pollution des eaux de pêche de la communauté Ijaw.
Un environnement dévasté
Après presque 60 ans d’exploitation pétrolière, la pollution causée par les fuites d’oléoducs ou émises par les torchères de gaz brûlé à ciel ouvert est omniprésente dans le delta du niger. Elle rend les champs infertiles, l’eau impropre à la consommation, tend à favoriser la propagation d’épidémies et la formation de maladies respiratoires ou de cancers. La fréquence des fuites dans certains secteurs a notamment conduit à la disparition complète de toute espèce de poisson, incapable de vivre dans une eau perpétuellement saumâtre. Pour les organisations écologistes, ces dégradations sont la conséquence du mépris longtemps montré par les groupes pétroliers au Nigeria pour l’environnement. Elles en veulent pour preuve la poursuite extensive du torchage de gaz alors que la pratique a été formellement interdite voici plus de 25 ans. Une pratique qui contribuerait selon les Amis de la Terre à 49 morts prématurées par an et à plus de 120 000 crises d’asthme. "Aucune compensation financière ne peut rembourser les dégâts causés par Shell dans la région," considère Bukhari Bello, un représentant de la Commission nigériane des droits de l'homme, faisant référence à la pollution causée dans la province de Bayelsa.
Dans le delta du Niger, le pétrole a suscité beaucoup d’espoirs et causé de grandes déceptions. Fautes d’emplois et de compensations, il est peu probable que les membres les plus extrémistes de certaines communautés se décident à rendre les armes dans un avenir proche.
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