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Au centre, l'usine STMicroelectronics de Rennes, enclavée dans un quartier HLM
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ST Microelectronics, chronique d'une délocalisation annoncée

Le 22 octobre 2003, Pasquale Pistorio, le PDG du fabricant franco-italien de semi-conducteurs STMicroelectronics, a confirmé l’arrêt de la production du site de Rennes. La centaine de salariés intérimaires qui travaillaient sur le site ont déjà quitté les lieux. Les 465 salariés permanents se voient proposer des solutions de reclassement, pour la plupart au sein du groupe à Crolles (Isère) ou à Rousset (Bouches-du-Rhône). Plusieurs motifs justifient, aux yeux de la direction, cette décision.
En premier lieu, les chaînes de l’usine de Rennes produisent des plaques de 6 pouces, technologie jugée obsolète, au regard des procédés 8 et 12 pouces plus récents. Or « ST », premier producteur européen et troisième mondial, a annoncé cet été un plan de restructuration touchant plusieurs de ses implantations dans le monde. Motif : « sauvegarder et accroître la compétitivité ». Le groupe dont le siège est à Genève, envisage, pour une partie de ses lignes de production, le passage de la technologie 6 pouces aux procédés 8 ou 12 pouces. Pour l’autre partie, un transfert pur et simple de la production a été décidé vers Singapour, où les coûts de main d’œuvre sont moins élevés. Cette dernière mesure s’applique au site STMicro de Rennes, qui est donc appelé à fermer ses portes, en mars 2004. « En réalité notre usine est profitable, objecte Jean-Marie Michel, le représentant CFDT du personnel. A Singapour, le coût d’une plaque 6 pouces coûte 200 dollars de main d’œuvre. Ici à Rennes, lorsque les lignes de production tournent à leur vitesse de croisière, il se situe autour de 250 dollars. A ce prix, c’est rentable. Evidemment, à Singapour, ça l’est un peu plus. La conclusion, c’est que nous ne sommes pas confrontés à un plan de licenciement économique, mais à un plan financier ». « L’usine de Rennes n’est plus stratégique pour le groupe, il ne faut pas se raconter d’histoires », résume Benoît Parnet, vice-président de DML, le cabinet chargé d’explorer des pistes de reconversion pour le site rennais.

La mutation ou le licenciement ?

Deuxième raison invoquée pour fermer Rennes, l’usine est enclavée dans une zone urbaine d’habitations, sans possibilité d’extension. Cette situation fait du site le plus petit par la taille, au sein du groupe STMicroelectronics. Et, de l’aveu de plusieurs spécialistes, le condamnait à la fermeture. L’annonce de celle-ci n’en a pas moins choqué, à tous les niveaux de la vie économique et politique bretonne. Premiers concernés, les salariés rennais, « les ST » comme on les appelle, ne comprennent pas la brutalité de cette décision, alors que la multinationale, qui emploie 43 000 personnes dans le monde, a réalisé, au premier semestre 2003, un bénéfice de près de 160 millions de dollars, après 429,4 millions de dollars pour l’ensemble de l’année 2002. Pour ceux-là, ouvriers, techniciens, ingénieurs, 384 propositions de reclassement dans les unités de Tours, Rousset et Crolles ont été faites. « C’est vrai qu’à Crolles il y a du travail, mais cela ne répond qu’à une partie du problème car nombreux sont ceux qui ne peuvent ou ne veulent quitter Rennes », insiste Jean-Marie Michel. Selon ses estimations, 15 à 50 personnes seulement devraient ainsi choisir la mutation à Crolles.

Pour l’Etat, Crolles est prioritaire

Dans l’attente d’un plan social qu’ils devinent inévitable, les représentants des salariés et les élus locaux pointent les contradictions de l’Etat. Ce dernier est détenteur d’une participation dans STMicroelectronics, via France Telecom et Areva, qui contrôlent, à eux deux, 17,44% du capital. A ce titre Nicole Fontaine, la ministre déléguée à l’industrie, a bien demandé à la direction de geler la procédure de fermeture du site pour une période de deux mois. En vain. « C’était de toute façon un discours de façade », estiment plusieurs responsables locaux. Du reste, personne n’ignore ici que l’Etat soutient le développement du site industriel de Crolles, engagé dans la production des toutes nouvelles plaques de 12 pouces. Crolles est également le creuset des nanotechnologies, sur le berceau desquelles STMicro, Motorola et Philips se sont alliées récemment. D’ici à 2007, Crolles aura bénéficié d’un montant colossal de 3 milliards d’euros d’investissements, dont 543 millions d’euros de subventions versées par les collectivités locales, l’Union européenne et l’Etat.

Des élus quasi-impuissants

Pris entre les choix industriels de l’Etat et l’opportunisme financier du groupe qui les emploie, les salariés se sont tournés vers les élus locaux qui se sont emparés du dossier, pas toujours sans arrière-pensées à cinq mois des élections régionales. En aparté, ceux-ci reconnaissent une forme d’impuissance face aux décisions de multinationales comme STMicroelectronics, mais refusent d’être taxés de passivité. Les collectivités locales n’ont en effet pas ménagé leur peine pour accompagner le développement de l’entreprise, sortie de terre en 1966 et longtemps restée la propriété des Etats italien et français (via SGS Thomson). Sous forme d’avances remboursables ou d’acquisition de matériels, elles ont notamment apporté plus de 15% du montant des travaux d’extension réalisés sur le site, en 1989 et 1993. Cela n’a pas empêché la direction, dès la fin de l’hiver dernier, de venir trouver ces mêmes élus pour leur annoncer la fermeture définitive et non négociable du site. Dans un sursaut, les élus de droite et de gauche, réunis autour de la préfète de région Bernadette Malgorn, se sont réunis le 27 octobre 2003 pour une table ronde consacrée à la crise de la filière électronique et télécoms en Bretagne. Parmi les pistes évoquées pour « les ST », les élus demanderaient à la direction de l’entreprise de maintenir une activité de production de composants spatiaux et microélectroniques. Mais il faudrait pour cela trouver au moins un investisseur, voire un repreneur. Muni de ce fragile espoir, Jean-Marie Michel témoigne du découragement de ses collègues de travail. Et, en un dernier trait d’ironie mêlé de stoïcisme, se risque à un peu de prospective. « Il y a peu, dit-il, la direction a annoncé la création d’une usine de 12 pouces en Chine d’ici à 2005. Je crains qu’en 2010 on ne dise aux salariés de Crolles que leur usine n’est plus rentable, à l’image de ce qui se passe à Rennes aujourd’hui. Et je ne parle même pas de Tours ou de Rousset ».

W.B.
Mis en ligne le : 29/10/2003
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