Quand Cahors recycle du plastique pour la Chine

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Publié le 13-05-2004

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Depuis sa conversion à l'économie de marché, la Chine est devenue la première usine du monde. Le pays est, de fait, un grand consommateur et importateur de matières premières (dont plus de 700 000 tonnes de plastiques par an). La fermeture annoncée de la filière européenne d'approvisionnement en déchets plastiques a donc conduit ERI à faire recycler sur place, dans le Sud-Ouest, la matière dont elle a besoin pour sa production. Le transit par bateau entre Midi-Pyrénées et la Chine ne représentant qu'un coût minime. Analyse de la situation.

L’implantation d’une entreprise chinoise à Cahors est un fait suffisamment rare pour ne pas passer inaperçu. La Chambre de commerce et les élus ont ainsi eu le plaisir de voir injecter 6 millions d’euros dans l’économie locale.

Matière première : plastiques usés agricoles 

La raison de l’implantation est simple : la France génère, au travers de son industrie et de son agriculture, plusieurs millions de tonnes de plastiques, dont quelque pourcents seulement sont recyclés. Or, ce matériau, issu principalement des activités de maraîchage, du travail de la vigne, de l’élevage, est très présent dans le grand Sud. Le Lot est donc apparu comme un carrefour bien situé pour faire converger les plastiques à recycler. « Cette usine va notamment permettre de récupérer sur les terres agricoles tous les films plastiques, d'habitude brûlés au bout du champ, enfouis ou passés à la charrue, mais en tous les cas rarement mis à la décharge », explique, dans une dépêche de l’AFP, Patrick Bailleau, directeur de l'Agence lotoise de développement qui a fortement contribué à l’implantation d’ERI en terre cadurcienne.

Pourquoi cette matière première n’intéresse-t-elle pas les entreprises françaises de recyclage ? « Nous sommes dans un marché où énormément d'entreprises créées en France ont été obligées de fermer, en raison notamment d'un prix très fluctuant de la matière première, indique Gérard Vilair, directeur d'ERI, cité par l’AFP. En trois à quatre mois, le prix peut subir des fluctuations de 50 % !. Il en est de même pour le coût des plastiques régénérés, très variable, tandis que le coût de régénération, lui, reste immuable ». En créant sa propre source d’approvisionnement sur place, en France, ERI est ainsi assurée de maîtriser son alimentation en matière première.

À son entrée en production, l’usine devrait traiter environ 40 000 tonnes par an de matières plastiques. Une fois broyés, nettoyés et transformés en granulats, ces matériaux prendront l’autoroute vers Bordeaux, puis, de là,  le bateau vers la Chine, où ils serviront à la fabrication d'articles en plastique, de tuyauteries, de bidons, etc. Le coût de ce transport au long cours est minime (10 centimes d’euro du kilogramme environ). Les porte-conteneurs arrivent chargés d’Asie, mais repartent souvent à moitié vide… Les affréteurs sont donc intéressés par le convoiement de produits à contre-courant du principal flux économique, et concèdent des remises tarifaires conséquentes pour remplir les bateaux de retour vers la Chine.

Pas d’impact sur l’environnement a priori

Si cette usine est une aubaine pour l’économie locale, qu’en est-il de son impact environnemental ? Initialement, ERI envisageait de s’installer à Périgueux, en Dordogne, mais la mobilisation d’associations écologiques, soucieuses des rotations de camions qu’entraînera l’activité de l’usine, a fait capoter le projet. Cahors a donc mis en avant le raccordement direct de sa zone industrielle à l’autoroute A 20, qui conduit à l’autoroute d’Aquitaine, vers Bordeaux. Sur le plan écologique, la direction affirme qu’il n’y aura aucun rejet polluant, ni par les airs ni par les eaux usées.

« L’important à nos yeux est que les réglementations en vigueur soient parfaitement respectées, sans impact sur les riverains ou sur l’environnement, déclare Brigitte Brosio, membre du bureau des Verts du Lot. Pour le moment, il n’y a pas eu de réaction d’associations ou de la population concernant cette usine ». Toutefois, la responsable du parti écologique pointe les risques éventuels d’infiltration d’eaux usées dans les sols de la zone industrielle, de nature calcaire et donc poreux. Autre facteur à surveiller selon elle : la consommation d’eau qu’entraînera l’usine, dans une région où les sols karstiques absorbent rapidement les pluies et entraînent régulièrement des sécheresses.
Laurent Campagnolle (Filigrane Press)
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