Les entreprises allemandes mettent le cap à l'Est

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Publié le 07-05-2004

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Siège de Siemens à Prague
Siège de Siemens à Prague

Il se passe rarement une semaine sans qu'une entreprise allemande annonce une délocalisation prochaine de ses activités. L'ampleur du phénomène est tel qu'il touche également les petites et moyennes entreprises, véritable épine dorsale de l'économie allemande. Elles veulent profiter du personnel qualifié meilleur marché qu'offrent les nouveaux pays de l'Est en délocalisant des pans entiers de l'entreprise. Or, au pays du compromis, le ton est devenu très dur entre syndicats, politiques et patronats. Il est question de dumping social, d'antipatriotisme des entreprises allemandes, de mobbing des salariés.

« Antipatriotique ». C'est ainsi qu'a qualifié le Chancelier allemand, Gerhard Schröder, l’appel du président de la chambre de commerce et d’industrie allemande, Ludwig Georg Braun. Ce dernier pressait les entreprises allemandes, notamment les PME, de saisir l’opportunité qu’offre l’élargissement de l'U.E.à l’Est pour y délocaliser leurs activités. Mais les PME allemandes avaiant déjà fait le voyage vers l’est, comme le montre l’exemple du fabricant de jouet Pfaff ou de l'entreprise textile Steilmann, qui délocalise son dernier atelier de couture allemand pour la Roumanie. « Cette tendance prend des allures de sport national» ironise un journaliste allemand. Or, ces entreprises sont vitales pour le tissu social et industriel allemand. Les PME fournissent près de 70% des emplois et offrent près de 80% des formations professionnelles.

Des délocalisations qui ne profitent pas à tous

Salaires moins élevés, charges sociales et taux d’imposition minimes, personnel qualifié, les raisons pour lesquelles les délocalisations à l’Est ont le vent en poupe en Allemagne ne manquent pas. Au grand dam des syndicats. « Du point de vue des syndicats, il ne s’agit ni plus ni moins que de dumping, » s’insurge Harald Flassbeck, président de la section bavaroise du puissant syndicat IG Metall. « Il ne s’agit pas pour nous de refuser l’accès aux emplois aux européens de l’est, seulement, il faut que les conditions soient équitables. » Or, continue le syndicaliste, à coté des bas salaires, il faut ajouter la gratuité des terrains mis à disposition ainsi qu’une série de subventions diverses offerts par les gouvernement des pays de l’Est.

De fait, une heure de travail coûtait en moyenne, en 2002, en Allemagne, 28,50 euros contre 5,40 euros en Pologne et...1,70 euros en Roumanie. Cependant, si les entreprises étrangères peuvent se réjouir des bas salaires, les délocalisations ne signifient pas pour autant des retombées équitables pour les habitants des pays en question : « Prenez l’exemple de la Hongrie. La TVA se situe à 25%. Cette taxe ne s’appliquent pas aux produits à l’exportation, c’est la population hongroise qui doit la payer alors que les salaires sont moins élevés qu’en Allemagne », note Harald Flassbeck.

« 12 000 ingénieurs chinois coûtent autant que 2 000 ingénieurs allemands. » La remarque laminante de Heinrich von Pierer, patron de Siemens, le géant de l’électronique allemand, donne le ton du débat. De fait, les syndicats allemands, dont IG Metall, soupçonne Siemens de vouloir amplifier ses délocalisations vers l’Est. Si la direction a démenti vouloir transférer plus de 10 000 emplois, elle a quand même invoqué la nécessité du retour à la semaine de 40 heures, sans compensations salariales, afin de préserver la compétitivité de l’entreprise. Les syndicats entendent combattre ces pressions du patronat. « En fait, le débat actuel sur les délocalisations représente une menace latente sur les salariés et les syndicats. Le patronat presse pour défaire le tissu de protection des salariés mis en place depuis des années, » résume Hans Flassbeck.

Des solutions européennes à des problèmes européens

Du coté des syndicats allemands, on se prépare à une campagne de sensibilisation auprès de l’ensemble de la population européenne, en revendiquant notamment un taux d’imposition minimum applicable pour tous les pays européens. Il s’agirait par exemple d’établir un impôt sur les bénéfices des sociétés de 25 à 30% (contre 19% par exemple en Lettonie, ou encore 15% en Lituanie), explique Harald Flassbeck.

Dans le même temps, il s’agit également de plaider au niveau européen en faveur de la responsabilité sociale des entreprises telle qu’elle a été défini dans la Loi fondamentale allemande : « Propriété oblige. Son usage doit contribuer en même temps au bien de la collectivité ». Le deuxième paragraphe de l’article 14 de Loi fondamentale relatif à la propriété détermine clairement le lien social des entreprises en Allemagne, explique le syndicaliste. Tout propriétaire, ce qui inclut les entreprises, ne peut aller à l’encontre de l’intérêt général sur sa propriété et se doit d’accepter toutes restrictions nécessaires à l’intérêt général. Or le projet de traité de Constitution européenne prévoit une version européenne de la clause sociale allemande (« L’usage des biens peut être réglementé par la loi dans la mesure nécessaire à l’intérêt général » - Article II-17, Droit de Propriété), mais il n'est pas encore ratifié. 

Claire Stam
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