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L'accord signé entre le groupe Yves Rocher et ses 133 anciennes salariées du Burkina Faso restera sans aucun doute un exemple de lutte pour le respect des droits des travailleurs du Sud. Le collectif de soutien estime avoir obtenu une importante victoire dans un pays ou le droit social existant n'est presque jamais respecté par les entreprises étrangères, de surcroît au moment de leur départ. Dans cette affaire, les personnes licenciées ont obtenu six mois de salaire à titre d'indemnités, 1 067 euros par personne pour des projets éventuels (fonds gérés par une association de Promotion économique et sociale de la femme, créée sur proposition d'Yves Rocher) et un fonds dédié à l'indemnisation d'ayants-droits, de démissionnaires contraints, ou encore de sous-traitants.
Cet accord survient au terme d'une mobilisation d'une rare ampleur, organisée après que le groupe Yves Rocher ait décidé de fermer sa filiale, située au Burkina Faso, le 1er août 2005. Le groupe précise qu'il ne s'agit pas d'une filiale consolidée mais d'un partenariat, il fournissait 97 % des fonds. Pour les 133 ex-salariées, qui confectionnaient les sachets de plastique et les rouleaux de tombola offert par le groupe à ses clientes, cette cessation d'activité définitive et sans préavis, au terme de deux mois de chômage technique, était une " catastrophe ".
Depuis cette date, les anciennes ouvrières se sont battues pour obtenir le respect de leurs droits et dénoncé les "modalités" de licenciements proposées par le groupe Yves Rocher. Elles réclamaient surtout réparation pour leurs neuf années de travail dans des conditions qu'elles ont pu décrire à la coordination des groupes de femmes Egalité venues, en 2004, les rencontrer à Ouagadougou. Entrepôt mal éclairé, mal ventilé, bavardages et retards sévèrement punis, absence de congés maternité, non-prise en compte des heures d'allaitement dans le paiement des salaires, absence de visite médicale, horaires et cadences très élevés... la rémunération moyenne des femmes était de 15 € par mois, soit un tiers du salaire minimum légal au Burkina Faso. Les ouvrières de la Gacilienne ont, à cette époque, demandé à la coordination Egalité de le faire savoir au groupe Yves Rocher. Une rencontre a eu lieu quelques temps plus tard entre des représentants du groupe et le collectif français, à la suite de laquelle Yves Rocher a demandé une inspection de la Gacilienne. L'inspection, menée fin 2004, a conclu à une campagne de " dénigrement " de la part des salariées et de leurs relais. Quelques mois plus tard, la décision a été prise de fermer l'usine. Mobilisation tous azimuts La protestation, au Burkina Faso, puis en France, allait alors connaître une dimension assez impressionnante. Fédérés par la coordination des groupes de femmes Egalité, un collectif d'organisations variées (organisations de femmes, associations de solidarité, ou encore syndicats, dont la CGT Yves Rocher) se mobilisent activement dans tout l'Hexagone à l'automne 2005 : articles, conférences de presse, diffusion sur France 3 Bretagne d'un DVD après un voyage sur place organisé par la CGT Massy, pétitions, lettres ouvertes, menaces de boycott. Le 1er décembre 2005, le Réseau solidarité lance une campagne de lettres, pour " inviter Yves Rocher à assumer ses responsabilités. " 14 000 lettres ont été diffusées, dont quelques milliers ont été reçues par la marque. Interpellé, Yves Rocher décide de répondre fin décembre, via son service de relation client et individuellement, à chaque auteur de carte, pour lui faire savoir l'émotion du groupe " quant aux informations erronées qui ont été relayées en France " et donner sa version des faits. Elle est contestée quelques jours plus tard, point par point, par la CGT-B, dans une longue lettre adressée à Yves Rocher lui-même... et qui semble avoir porté ses fruits.
Du côté d'Yves Rocher, on s'estime " satisfait d'avoir mis fin à l'ensemble du désaccord ", et l'on rappelle que le groupe n'a jamais eu l'intention de "laisser tomber les ex-salariées. La création de l'association, pour accompagner des projets de commerces locaux par exemple, est la preuve que le projet de développement dans lequel s'inscrivait la création de la Gacilienne, en 1996, se poursuit". Cet argument est difficilement défendable selon le collectif de soutien français, pour qui l'accord est avant tout une victoire de la solidarité Nord-Sud : "S'il s'agissait vraiment d'un projet humanitaire au départ, interroge Ana Azaria, présidente de la Coordination des groupes de femmes Egalité, à l'origine de la mobilisation française, "Pourquoi l'argument de fermeture est-il avant tout un argument économique ? Pour nous, cette victoire est la combinaison du courage de ces femmes, qui ont osé résister et réclamer leurs droits, à travers des marches, des rencontres, des lettres, et la mobilisation française qui a permis de relayer leur lutte. Plus de la moitié d'entre elles étaient syndiquées depuis longtemps, c'est énorme pour le pays, surtout dans une usine de femmes ! "
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