Le syndicat allemand Ver.di part en guerre contre les hard discounters

Entreprises \Gouvernance

Publié le 13-01-2004

Partagez : Partager
Grève des salariés de Schlecker,
Grève des salariés de Schlecker,
Ver.di

Piliers du hard discount allemand, Aldi, Lidl et Schlecker sont devenus la cible du puissant syndicat Ver.di. Si le succès de ces entreprises est devenu légendaire, leur pingrerie l'est tout autant. Les patriarches de la distribution discount ont acquis la réputation tenace de regarder non pas à deux mais à trois fois au moins, à la dépense. Fuyant toute publicité, leur fortune s'est faite dans la plus grande discrétion. Or, au yeux du syndicat, les salariés sont loin de pouvoir partager les fruits du succès.
" Les entreprises veulent s'occuper elles-mêmes de leurs propres affaires et ne s'en tiennent pas aux règles du jeu démocratiques ", dénonce Hans-Martin Poschmann, chargé du secteur de la distribution chez ver.di. De fait, la structure mise en place dans les supermarchés est organisée de telle manière qu'elle permet de contourner les aspects les plus contraignants de la législation du travail. Ainsi, la nomination de délégués du personnel est rendue impossible par le saucissonnage systématique de l'entreprise en petites unités, relève le syndicaliste.


La chasse aux salariés jugés récalcitrants


Mais il y a pire, selon Hans-Martin Poschmann. Dans une note de synthèse, le syndicat cite des exemples de cas de harcèlement moral de salariés jugés récalcitrants. "Les managers se mettent de mèche pour aller là où ca bouge et faire en sorte de provoquer des situations menant à des renvois", s'insurge-t-il. De fait, la note cite l'exemple d'une salariée dont le renvoi fut provoqué par des contrôles systématiques à la caisse, contrôles qui ont dû être en partie menés par ses propres collègues. Elle avait demandé une augmentation de salaire.

A ce harcèlement moral s'ajoute dans certain cas la surveillance, à leur insu, des délégués du personnel -quand ils ont pu être élus. Hans-Martin Poschmann cite ainsi le cas de son collègue Christian Paulowitsch, ancien délégué du personnel pour Lidl, qui s'est vu filé par un détective privé. La direction de l'entreprise incriminée n'a pas souhaité réagir face aux critiques faite à ces pratiques salariales d'un autre âge.


Des campagnes pour une démocratisation de la distribution hard discount


La chaîne de droguerie Schlecker, numéro un en Europe, se trouve tout particulièrement dans le collimateur du syndicat. Les conditions de travail sont éprouvantes. Sans téléphone, la direction refusant de les installer au motif du moindre coût,  les salariés travaillant seuls dans le magasin, en majorité des femmes, sont régulièrement victimes de cambriolages. Déjà condamné par la justice il y a cinq ans pour payer des salaires inférieurs au salaire minimum légal de branche, Schlecker se distingue encore par le fait que les deux-tiers des 48 000 salariés que compte la chaîne ne sont pas représenté par des délégués du personnel. Résultat : une surveillance tatillonne est omniprésente, défavorable tout particulièrement aux salariés malades et aux femmes enceintes qui ne fournissent pas le rendement attendu. Salaires en dessous du minimum légal, absence de réprésentation des salariés... des pratiques inhabituelles en Allemagne où le consensus demeure la règle.

Afin de contrer cette situation, ver.di a organisé sa première campagne anti-mobbing. Lancée à Munich, les plaintes étant tout particulièrement élevées dans la capitale bavaroise, le syndicat a fait distribuer un set « anti-mobbing » où se trouvent noté les numéros de téléphone d'avocats, des délégués du personnel ainsi que du syndicat. A cela s'ajoutent des conseils sur comment se comporter face à des situations de harcèlement moral et aussi un journal où les salariés peuvent rédiger un compte-rendu précis des visites effectuées par la direction.

En ce qui concerne Lidl, éternel deuxième derrière son concurrent Aldi, ver.di entend faire jouer la pression du public sur le fondateur Dieter Schwarz, qui soigne son image de mécène discret mais généreux, pour amener une  "démocratisation" des pratiques salariales, explique Hans-Martin Poschmann. Et le syndicat de citer dans son rapport une ancienne salariée de Lidl : " On se crevait chaque jour au travail et il joue les bienfaiteurs. " L'expérience fut positive pour Aldi Nord, qui a commencé à changer ses pratiques, elle peut s'avérer également fructueuse pour Lidl et Aldi Sud, conclut le syndicaliste.

Claire Stam
© 2004 Novethic - Tous droits réservés
Partagez : Partager
Rendez-vous sur Facebook Suivez-nous sur Twitter Rendez-vous sur Facebook Rendez-vous sur Facebook
Le Centre de Recherche
ISR
» A propos de l'ISR
» Les études ISR
» Le Label ISR Novethic
» La liste des fonds ISR
» L'Essentiel de l'ISR
RSE
» A propos de la RSE
» Les études RSE
» Repères RSE
Conférences
» Les débats thématiques
» Le colloque annuel
English
» Studies and Events
Outils
» Formations développement    durable
» Bibliographie
» Glossaire
Presse
http://www.novethic.fr/novethic/upload/misc/offre_stage_colloque.pdf