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Autour de 1,25 million d'euros, c'est en moyenne ce qu'ont touché en 2002 les grands patrons allemands, un chiffre en légère progression par rapport à l'année précédente, annonce Jella Benner-Heinacher, de l'association de protection des actionnaires (DSW), lors d'une conférence de presse à Berlin. Si l'association juge les chiffres « pas (si) dramatiques », elle n'en relève pas moins que seule une faible minorité des trente entreprises cotées sur le Dax, l'indice phare de la bourse de Francfort, publie le détail des salaires de ses dirigeants et lie l'augmentation des salaires aux performances de l'entreprise. Or, la mauvaise volonté des patrons allemands risque de se heurter à la pression de la communauté financière internationale, prévient l'association. En effet, les règles de bonne gouvernance tendent à se standardiser toujours plus. En ce qui concerne les rémunérations, l'Allemagne se situe dans la moyenne internationale, juge Jella Benner-Heinacher, dont l'association a publié l'étude sur les salaires des grands patrons allemands. Cependant, la moyenne des salaires est loin de refléter un image harmonieuse : plus de 3,4 millions d'euros séparent le PDG le plus riche du plus modeste. La palme revient incontestablement à Jürgen Schrempp, du constructeur automobile Daimler-Chrysler, avec un salaire atteignant 3,7 millions d'euros, en hausse de 131% par rapport à l'année précédente. Au bas de l'échelle, le fabricant de puces électroniques Infineon avec 280,000 euros. Seulement, le chiffre a dû leur paraître si modeste par rapport aux salaires en vigueur que les membres de la direction se sont accordés un programme de stock option dont ils peuvent toucher les bénéfices dès que le cour de l'action affiche une hausse de...0,7%. « Un très mauvais exemple », commente Jella Benner-Heinacher.
Manque de transparence, non prise en compte des performances économiques
En Allemagne, la rémunération des patrons d'entreprises figure régulièrement à l'ordre du jour, une commission ayant également été nommée par le gouvernement pour fixer un ensemble de règles de bonne conduite spécifiques aux entreprises allemandes. En vain, semble-t-il. Deux points critiques dominent la discussion sur les rémunérations patronales : le manque de transparence des entreprises cotées sur le Dax - sept entreprises sur les trente que compte le Dax publiant, en détail, le salaire de leurs PDG - et la non prise en compte des performances économiques de l'équipe dirigeante dans le calcul des salaires.
En ces temps de déprime économique, un certain nombre d'actionnaires ont ainsi vu le cours de leurs actions s'effondrer et ont assisté au même moment à l'augmentation, parfois exorbitante, des salaires des membres de la direction. La DSW cite ainsi l'exemple de BASF, dont les dirigeants se sont octroyé une augmentation de 40% de leurs salaires, alors que le rendement des actions chutaient de 73,25%. Au total, sept entreprises augmentaient en 2002 le salaires de leurs dirigeants, faisant fi de la chute de l'action. A l'opposé, quatre entreprises baissaient le salaire de leurs dirigeants, et ce, alors qu'ils pouvaient afficher un cours positif. Les 19 entreprises restantes voyaient les salaires évoluer dans la même direction que le cours de l'action.
L'Allemagne, l'élève grincheux de la classe internationale
Si la DSW voit une amélioration en matière de bonne gouvernance parmi les entreprises allemandes, elle ne manque pas de souligner la médiocre performance de l'Allemagne au niveau international. « Ce qui est ici perçue comme une exigence à peine acceptable est depuis longtemps considéré comme standards reconnus », regrette Jella Benner-Heinacher. Et d'ajouter : « Aux Etats-Unis, un exemple si souvent cité, et tout particulièrement par les dirigeants de ce pays, mais aussi en Grande-Bretagne ou en France. En Hollande, une loi entrera en vigueur d'ici février, réglementant cette problématique. » Or, en dépit des transformations et discussions actuellement en cours sur la scène financière internationale, peu d'efforts sont faits en Allemagne. Pour le moment, les règles établies par la commission Cromme, du nom de l'ancien PDG du géant de l'acier ThyssenKrupp, demeurent de l'ordre de la bonne volonté, aucune législation ne vient contraindre les entreprises à faire preuve de plus de transparence. « Les entreprises allemandes ne pourront plus ne pas s'adapter », prévient Jella Benner-Heinacher. Pour autant, l'adaptation tant souhaitée tardera à venir. « Je ne suis pas très optimiste pour cette année », ajoute la représentante des actionnaires, tout en précisant le prochain ordre du jour : les programmes de pension pour dirigeants retraités. « Là encore, les dirigeants allemands sont à la traîne »...
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