Les rémunérations des dirigeants américains de plus en plus contestées

Entreprises \Gouvernance \Rémunération des dirigeants

Publié le 09-04-2003

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Alors que la rémunération des dirigeants constitue l'un des sujets de préoccupation des investisseurs socialement responsables européens depuis plusieurs années, elle l'était beaucoup moins aux Etats-Unis jusqu'ici. L'affaire Enron a marqué le début d'un changement d'attitude des investisseurs, qui analysent désormais le lien entre les performances de l'entreprise et le niveau de rémunération de ses dirigeants. Ainsi, plus de la moitié des résolutions proposées par des actionnaires sur 2000 entreprises cotées portent sur les rémunérations jugées excessives des dirigeants, et certaines d'entre elles lient leur rémunération à la performance environnementale et sociale de l'entreprise, selon l'Investor Responsability Research Center (IRRC). Des entreprises comme Pfizer, Johnson & Johnson ou Wal-Mart doivent ainsi rendre compte aux actionnaires du ratio entre la rémunération des " top-dirigeants " et leur résultats en matière de responsabilité sociale. Une résolution présentée à l'assemblée générale des actionnaires du groupe informatique EMC va même jusqu'à exiger un gel de la rémunération des dirigeants lorsque l'entreprise procède à des licenciements économiques à grande échelle. Rappelons qu'en 2002, les résolutions portant sur les enjeux sociaux ont reçu 9.4% des votes en moyenne, le plus haut niveau depuis dix ans.

Restaurer la confiance
Cette pression sur la rémunération des dirigeants est également exercée par l'influente commission " pour le retour de la confiance dans les entreprises privées ", dirigée par Peter Peterson, président du fonds d'investissement Blackstone et du conseil d'administration de la Réserve fédérale de New York. Mise en place à l'été 2002 après les différents scandales financiers aux Etats-Unis, cette commission a pour objectif d'élaborer des recommandations en direction des chefs d'entreprises afin de restaurer la confiance des américains, qui selon Peter Peterson " déclarent à 74% n'avoir plus confiance dans les patrons de grandes entreprises ". Selon lui, cette crise de légitimité est due essentiellement à l'enrichissement personnel de certains dirigeants alors que leur entreprise faisait faillite pour cause de mauvaise gestion. Le président de la commission demande par conséquent aux membres des conseils d'administration de lier leur rémunération à la performance de l'entreprise, et non à son cours en bourse, et rappelle que les stock-options doivent être détenus sur le long terme, à l'instar des salariés. Seul le partage des risques financiers avec les investisseurs permettrait, selon Peter Peterson, de restaurer la confiance des marchés. D'ores et déjà, un certain nombre de présidents de grandes entreprises (Cisco, Citigroup, General Electric entre autres) ont renoncé à faire valoir leurs stock-options pour l'année 2002.

Véronique Smée
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