EADS : une assemblée générale mouvementée
Hawa Sylla est analyste au Centre français d'information sur les entreprises (CFIE). Le 6 mai 2004, elle a assisté à l'assemblée générale d'EADS qui s'est déroulée à Amsterdam où se trouve le siège social du groupe.
L'assemblée générale 2004 d'EADS était-elle une AG ordinaire ?
Hawa Sylla : L'assemblée générale a duré environ quatre heures, ce qui est relativement long en comparaison avec les autres sociétés du CAC 40. Cela a débuté par une heure de présentation de l'entreprise au cours de laquelle les actionnaires ont pu visionner un film présentant les activités d'EADS, et notamment celles concernant l'A 380. La présentation a également souligné que le groupe avait été distingué par quatre syndicats de différents pays pour la qualité de son dialogue social. Cette première phase de l'assemblée générale est retranscrite sur le site Internet de Lagardère. En revanche, la phase des questions posées par les actionnaires ne l'est pas. Elle était pourtant aussi très instructive.
Comment s'est déroulée la phase des questions-réponses avec les actionnaires ?
Hawa Sylla : Les dirigeants d'EADS ont décidé de regrouper les questions par bloc de cinq en moyenne et tout actionnaire disposait de cinq minutes pour sa première question, puis de trois minutes pour la seconde. Cette méthode permettait aux dirigeants de répondre de manière groupée et donc généraliste à des questions qui étaient souvent très précises.
Quels ont été les principaux sujets abordés ?
Hawa Sylla : Il y a eu des questions sur l'ensemble des problématiques de la responsabilité sociale des entreprises. Un actionnaire a ainsi clairement demandé si EADS était une entreprise citoyenne et si elle respectait les droits de l'Homme. Le PDG, Philippe Camus, a répondu que le groupe est l'un des membres fondateurs du GRI (Global Reporting Initiative). Un autre actionnaire a interrogé les dirigeants d'EADS sur la corruption. Arnaud Lagardère a affirmé que sa consigne vis-à-vis des salariés est limpide : il vaut mieux perdre un contrat que de pratiquer la corruption.
Des questions ont-elles été posées au sujet de la politique sociale du groupe ?
Hawa Sylla : Un ancien salarié a demandé des précisions sur la politique de formation et la promotion de la parité au sein du groupe. Sur ce second point, Arnaud Lagardère a rappelé l'objectif de 20 % de femmes parmi les nouvelles embauches. Par ailleurs, un actionnaire a regretté qu'il n'y ait pas de représentant des salariés et des petits actionnaires au conseil d'administration et a déposé une proposition de résolution en ce sens, mais celle-ci n'a pas été retenue. Enfin, quelques salariés actionnaires étaient venus d'Espagne et d'Allemagne pour poser des questions à leurs dirigeants.
Et s'agissant des armements ?
Hawa Sylla : Ce thème a bien sûr fait l'objet des interventions les plus remarquées. Un actionnaire, se présentant comme " éthique ", a notamment posé plusieurs questions à ce sujet. Il a demandé si EADS exportait des armes vers l'Arabie Saoudite, s'il participait à la fabrication de bombes à fragmentation et s'il utilisait de l'uranium appauvri. Arnaud Lagardère a répondu que le groupe ne vendait plus d'armes à l'Arabie Saoudite, mais qu'il réalisait encore des activités de maintenance dans ce pays. Les dirigeants EADS ont également affirmé que le groupe n'avait pas recours à l'uranium appauvri et ne participait pas à la réalisation de bombe à fragmentation. Un actionnaire a pourtant regretté le manque de transparence de la part d'EADS sur ses liens avec une entreprise qui fabriquerait justement ce type d'armes.
Propos recueillis par Laurent Fargues
Mis en ligne le : 02/06/2004 © 2009 Novethic - Tous droits réservés
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