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"La fin ne justifie pas les moyens." C'est le nouveau leitmotiv de Colette Neuville, la présidente de l'Association de défense des actionnaires minoritaires (Adam). Il faut dire que les deux offres publiques successives menées par l'opérateur pour racheter ses filiales Orange et Wanadoo lui en donnent l'occasion. Car, dans les deux cas, si France Télécom semble bien réaliser des opérations parfaitement fondées du point de vue économique, il le fait chaque fois au mépris des intérêts des actionnaires. Colette Neuville a d'ailleurs reçu un courrier abondant de petits porteurs se montrant très sévères vis-à-vis de l'offre de France Télécom. Pour eux, les comptes sont vite faits : on leur propose aujourd'hui de leur racheter des titres à un prix dérisoire par rapport à la somme qu'ils ont souvent dû débourser pour les acquérir. Exemple : une action Wanadoo valait 19 euros au moment de son introduction en Bourse, France Télécom en propose aujourd'hui 8,86 euros.
C'est d'ailleurs en partie sur ce scandale que s'appuie Colette Neuville pour interpeller l'Autorité des marchés financiers (AMF). Dans une lettre datée du 6 mars, la présidente de l'Adam attire l'attention du gendarme boursier sur le fait que "l'opération compromettrait le succès des futures introductions" puisque "la menace permanente d'expropriation à vil prix sur des titres venant d'être introduits créerait un climat d'insécurité évidemment très défavorable à l'investissement à long terme". D'autant plus que les deux filiales de France Télécom commençaient tout juste à renouer avec les bénéfices. Or, selon tout bon manuel d'économie, le principal intérêt de détenir une action est justement d'en retirer des dividendes lorsque la société dégage des bénéfices. Si les opérations du type de celles de Wanadoo et Orange se multipliaient, "qui serait encore candidat à participer à l'introduction d'une société en Bourse ?", s'interroge Colette Neuville.
Des titres récemment dépréciés dans les comptes de France Télécom
La présidente de l'Adam note en outre que la valeur des titres tels qu'ils apparaissent dans les comptes de l'entreprise a longtemps été largement supérieure à celle offerte aujourd'hui aux actionnaires. Les actions d'Orange et Wanadoo valaient ainsi respectivement 11,8 euros, le 30 juin 2003, et 10,27 euros, le 31 décembre 2003, dans les comptes de France Télécom. L'opérateur en propose aujourd'hui 9,5 et 8,86 euros aux actionnaires. Dans le cas de Wanadoo, France Télécom justifie cette dépréciation par le fait que sa filiale Internet a perdu près de 20 % de parts de marché et que les prix des offres haut débit ont été divisés par deux. L'opérateur remarque aussi que l'action valait moins de sept euros sur le marché avant le lancement de l'offre.
Pourtant, ces arguments n'empêcheront pas Colette Neuville de déposer un recours de la décision de l'AMF concernant Wanadoo devant la cour d'appel de Paris comme elle l'a déjà fait d'ailleurs lors de l'offre de retrait d'Orange. Pour gagner le bras de fer avec France Télécom, elle compte sur la jurisprudence qui a défini que le prix proposé, lors d'une offre publique de retrait obligatoire, doit être "juste et équitable". Toute la difficulté reste de savoir ce que le juge entend par cette expression et si, comme l'atteste France Télécom, "les règles comptables offrent à cet égard une grande latitude aux sociétés et à leurs commissaires aux comptes". Pour définir les prix d'Orange et Wanadoo, l'opérateur affirme avoir appliqué une méthode d'évaluation basée sur plusieurs critères comprenant le cours de Bourse, les comparables boursiers ou encore l'actualisation des cash-flows. Le seul problème est que l'Adam dénonce un manque de transparence de France Télécom dès qu'on lui pose des questions trop précises sur ses calculs.
De son côté, l'AMF préfère pour l'instant ne pas commenter les deux opérations, soulignant que son rôle n'est pas de juger si le prix est "juste", mais seulement de vérifier si l'offre respecte les règles de bon fonctionnement du marché. "Les recours quant à nos décisions se font devant la justice et la procédure est très rapide", note une responsable de l'AMF. Dans le cas d'Orange, la décision du tribunal sera rendue le 6 avril. Selon le quotidien La Tribune pourtant, la question de la dépréciation des titres Orange et Wanadoo dans les comptes de France Télécom a provoqué des débats au sein de l'AMF. Les conséquences pour l'opérateur ne seraient pas négligeables puisque cela réduirait ses fonds propres de 9 milliards d'euros.
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