Gouvernance : Adecco dans la tourmente

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Publié le 13-01-2004

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Initialement prévue pour le 4 février, le report, sans précisions, de la publication des comptes du groupe Adecco a déclenché une véritable psychose boursière. La communauté financière redoute un nouveau scandale, quelques semaines seulement après l'affaire Parmalat. Les analystes financiers de Standard & Poor's et de Moody's ont abaissé, dès lundi, les notes d'Adecco, peu convaincus par les explications des dirigeants destinées à rassurer le marché. De fait, peu de précisions ont été apportées  sur les " faiblesses du contrôle interne " du groupe ni sur les problèmes de " comptabilité et de respect de la réglementation  dans certains pays "  évoqués par la direction. Les interrogations persistent donc sur l'ampleur et la nature des problèmes comptables du leader mondial du travail temporaire. Ces difficultés concernent notamment la filiale américaine du groupe, qui représente le quart de ses activités. A Zurich, l'action Adecco (qui a fait plus de 240 millions d'euros de bénéfice net l'an dernier) a plongé de 47,8% en séance avant de remonter de 35,5% en clôture. Le groupe helvétique a perdu 3,3 milliards d'euros de capitalisation en une journée.


Irrégularités comptables

LVMH fait condamner Morgan Stanley
La banque d'affaires Morgan Stanley a été condamnée en France dans une affaire de conflit d'intérêt entre son service d'investissement et son service d'analyse financière. Selon le tribunal de commerce de Paris, l'absence de séparation des deux services a "manifestement crée un manque d'objectivité des analyses de la banque" au détriment du groupe LVMH. Un analyste de la banque aurait en effet "massacré" délibérément les actions LVMH pour favoriser celles de son concurrent GUCCI. La banque est par conséquent condamnée à verser 30 millions d'euros de dommages et intérêts au leader mondial du luxe. Là encore, l'application de la loi française de sécurité financière, inspirée de la loi Sarbanes-Oxley et qui exige une séparation entre les départements placements et analyse des banques, semble encore théorique...



Selon le Wall Street Journal Europe, le parquet de Manhattan et la commission américaine des opérations de Bourse, la Securities and Exchange Commission (SEC), ont ouvert une enquête après l'annonce d'Adecco lundi. Le quotidien américain précise que les problèmes comptables avaient été découverts en décembre 2003 par Ernst & Young, le cabinet d'expertise comptable d'Adecco, dans le cadre d'un audit approfondi des comptes, conformément aux exigences de la loi Sarbanes-Oxley de 2002, qui a modifié la législation applicable aux entreprises. " Cela ne signifie pas qu'il y ait des irrégularités comptables, mais que l'environnement de contrôle n'est pas si bon que cela", a déclaré au  New York Times Felix Weber, le directeur financier d'Adecco.  "Ce n'est pas une question d'erreur, mais une question de jugement ", a-t-il ajouté. Votée par le Congrès en juillet 2002 suite aux scandales des affaires Enron et Worldcom, la loi Sarbanes-Oxley implique que les présidents des entreprises cotées aux Etats-Unis certifient leurs comptes auprès de la Securities and Exchanges Commission (SEC), l'organisme de régulation des marchés financiers. 3 principes fondent cette loi : l'exactitude et l'accessibilité de l'information, la responsabilité des gestionnaires et l'indépendance des vérificateurs/auditeurs. La loi Sarbanes-Oxley vise à mieux protéger les investisseurs afin de rétablir leur confiance dans le marché, sérieusement mise à mal depuis la faillite, historique, d'Enron. Si la plupart des entreprises ont réagi favorablement à ces mesures et se sont mises rapidement en conformité avec les nouvelles règles de transparence financière, les contrôles sont encore peu effectifs et rien ne garantit que la loi Sarbanes-Oxley soit appliquée avec toute la rigueur qu'elle exige. Et quand bien même le groupe Adecco a-t-il toujours bénéficié d'une bonne réputation sur le marché, l'incertitude et les expériences passées en matière de gouvernance frauduleuse ont  réussi à semer la panique en une seule journée...
Rappelons qu'Adecco emploie  28000 salariés dans le monde et compte 5800 agences implantées dans 65 pays, représentant 650000 intérimaires.

Véronique Smée
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