Une usine de recyclage abandonne piles et clients

Entreprises \Gouvernance

Publié le 14-02-2003

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C'est une situation qui commence à devenir tristement répétitive qu'a révélée il y a peu de temps l'association de protection de l'Homme et de l'Environnement, Robin des Bois. En liquidation judiciaire depuis décembre 2002, une usine spécialisée dans le recyclage des piles, Zimaval, a purement et simplement abandonné 3 500 tonnes de piles et déchets. Des dizaines de fûts corrodés, des "big-bags" éventrés sur des palettes approximatives, un auvent délibérément manquant, exposant aux pluies et donc au risque de pollution en zinc et mercure un bassin de rétention voisin... Le tableau décrit par l'association et la presse locale est inquiétant.

Des débuts prometteurs sur un marché porteur

Zimaval était pourtant censée recycler ces piles collectées depuis plus d'un an auprès de 500 clients, dont 300 communes, de grands distributeurs comme la Fnac, Surcouf, Boulanger, Natures et Découvertes, et même des clients taiwanais. Depuis le 1er janvier 2001, la collecte de tout type de piles et d'accumulateurs est obligatoire pour les producteurs et les distributeurs français, mais l'hexagone reste à la traîne des pays européens, avec 10 % seulement de ce qui est mis en vente collecté actuellement. Cala représente environ 30 000 tonnes par an. L'importation de piles usagées en provenance de l'étranger permet donc de compenser les faibles tonnages fournis en France et de rentabiliser les installations d'usine telles que Zimaval. Le service commercial de cette dernière semble bien avoir été " hyperperformant ", comme ironise Jean-Pierre Edin, de Robin des bois, qui fait remarquer que Zimaval a même réussi " à faire payer en amont une prestation reposant sur un procédé non encore... opérationnel ".

Une supercherie technologique

Les clients ne sont pas les seuls à s'être fait berner. Tout avait pourtant bien commencé pour Zimaval. Avec son processus d'hydrométallurgie présenté en version 1/10e, au stade laboratoire, elle est rapidement qualifiée d'" entreprise leader " à la technologie " révolutionnaire " dans le recyclage des piles et accumulateurs. Elle décroche de nombreuses récompenses, Prix Life environnement 1999 (Union européenne), prix Anvar 1999, Ester d'or 1998 (Technopole de Limoges), de multiples éloges d'associations environnementales, et bien sûr des subventions (françaises et européennes). Mais le passage au stade industriel ne se fera jamais. " Ils ont rapidement rencontré des difficultés techniques, comme la pureté de la poudre de zinc obtenue qui n'était pas parfaite, et qui remettait en cause les recettes escomptées sur la vente de ce produit. Par ailleurs, les techniciens ont pris du retard sur le projet, explique Claire Mellier, de Robin des bois. " Des éléments qui auraient du attirer l'attention ou être contrôlés par la Drire ou de l'Ademe, jugées " trop occupées à faire la promotion de la collecte sans se soucier de ce qu'il y a derrière ", dénonce Robin des Bois. Pour l'association, des mésaventures similairesl ont eu lieu avec le recyclage des pneus, " la législation est trop en avance, soucieuse de répondre à de multiples pressions et oublie le principe de précaution minimum qui consiste à vérifier la fiabilité de la filière et des acteurs concernés. "

Une péripétie légale qui arrange tout le monde

Aujourd'hui, afin d'évacuer au plus vite ces stocks polluants, la Drire est en train de rechercher les propriétaires des déchets entreposés sur l'ancien site de Zimaval. Le 30 janvier 2003, un courrier de la préfecture du Calvados a été envoyé aux anciens clients du prestataire défaillant, en vertu de ce que Robin des bois qualifie de " péripétie légale " : jusqu'à l'élimination complète des déchets, le producteur comme le distributeur sont responsables de leurs stocks. Ils doivent donc les récupérer, et payer une nouvelle fois pour les faire recycler. Pour l'association, "la Drire joue sur l'image des principaux clients distributeurs pour achever de les convaincre, image qui vaut bien un surcoût, plutôt qu'une association peu flatteuse avec celle de piles dégoulinantes de produits nocifs ".

L'image du recyclage des piles ternie

Une autre image risque d'être ternie, celle de la filière toute récente du recyclage des piles, et au-delà, de l'utilité de déposer ses piles usagées dans les lieux et réceptacles dédiés. Une crainte que la Screlec, regroupement de producteurs créé en 1999 pour répondre à l'obligation de collecte et retraitement, entend rapidement dissiper, dans un communiqué à paraître. " Nous allons expliquer comment nous fonctionnons, qui sont nos sous-traitants et partenaires pour le recyclage et la valorisation, nos audits techniques et financiers, décrit son patron Philippe Oudeyer, rappeler que dès le départ, nous avions des doutes financiers et sur la personnalité du patron de Zimaval, avec qui nous n'avons pas voulu nous associer. " L'affaire Zimaval pourrait du reste être profitable à Screlec, qui pourrait bien récupérer des distributeurs échaudés par le système dit " individuel ", et désireux de rejoindre un réseau se présentant comme plus soucieux de contrôles...
Sylvie Touboul
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