Les consommateurs français soldent leur confiance envers les grandes entreprises

Entreprises \Gouvernance

Publié le 06-02-2003

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En quinze ans, la confiance accordée par les Français aux entreprises en général, et aux multinationales en particulier, aurait baissé de façon régulière et sensible. Plus d'un consommateur sur deux se défierait désormais des entreprises commerciales, à en croire l'étude présentée par l'institut TNS Sofres lors du salon Top Com, à Paris.

Plus de 15 ans d'études synthétisées
Comme l'explique Anne Courtois, responsable de la communication de TNS Sofres, " cette enquête sur la gouvernance d'entreprise est issue des observations que nous avons réalisées sur une dizaine de nos études, parues entre 1985 et 2002. Ces études sondaient aussi bien des décideurs, en entreprise, que des personnes du grand public, selon la méthode classique des quotas, avec des échantillons variant de 1 000 à 4 000 personnes ".
Reste que si chaque sondage s'expose déjà, en soi, à des critiques légitimes sur la pertinence des questions posées et celle de l'échantillon, mêler les résultats d'enquêtes aussi diverses et étalées dans le temps pose la question de la fiabilité de telles sources qui servent, la plupart du temps, à soutenir une manifestation publique - en l'occurrence le Top Com, salon des professionnels de la communication - , commanditaire de cette synthèse bien dans l'air du temps.
Les relations entre les citoyens et les entreprises, comme celles entre les consommateurs et les marques, semblent toujours aussi ambivalentes. De la dizaine d'études conduites par TNS Sofres entre 1985 et 2002, synthétisée dans le document " L'opinion française en attente d'une nouvelle gouvernance d'entreprise ", ressort la contradiction suivante : l'individu se sait dépendant des politiques d'emploi ou de licenciement menées par les entreprises, et se méfie de plus en plus d'elles ; dans le même temps, le consommateur oublie ces considérations morales ou sa défiance apparente, ne pratiquant que peu le rejet des multinationales et de leurs marques.

Les grandes entreprises en crise de légitimité

En 1985, 25% des personnes sondées déclaraient ne pas faire confiance aux entreprises. Elles étaient 54% en 2002. De plus, les grandes entreprises sont jugées comme " surtout attentives : aux intérêts de leurs dirigeants (à 93%) et à leur réputation (à 92%). " Seuls 21% des personnes interrogées pensent que ces multinationales sont attentives à la satisfaction de leurs clients, et 18% les jugent soucieuses de l'environnement. Le mal est moindre concernant les petites entreprises, 71% des sondés leur accordant toujours leur confiance.
La situation économique et les angoisses qu'elle engendre se lisent aussi dans les réponses apportées à la question suivante : " Qui a trop d'influence sur l'économie mondiale ? ". 59% des personnes désignent les marchés financiers, tandis que 58% pointent du doigt les multinationales. La perception négative, ou à tout le moins dubitative, de la " globalisation " serait donc bien ancrée dans l'esprit des citoyens français.
C'est l'analyse que fait en tous les cas Jean-Louis Missika, PDG du cabinet JLM Conseil (Groupe Altedia) : " Je pense que la principale raison de cette baisse de confiance provient de la crise économique, et d'une perception de la mondialisation comme une perte de maîtrise dans sa vie personnelle. A cela s'ajoutent les catastrophes écologiques, qui révèlent un écart important entre une recherche du profit immédiat ou le contournement des règles sociales, et la protection de l'environnement et des salariés. Et les affaires du type Enron, voire Vivendi Universal, donnent au grand public le sentiment que les grands patrons sont plus attachés à leur intérêt personnel qu'au bien collectif des entreprises qu'ils dirigent. L'écart est donc de plus en plus grand entre ces dirigeants et les salariés : en termes de rémunération et de pouvoir, mais aussi de préoccupations. Il y a une absence d'intérêts communs. "

Dénoncer... sans renoncer à consommer

Cette lecture est vite tempérée par les autres chiffres mis en exergue par l'étude de la Sofres. En effet, seuls 20% des différents échantillons interrogés précisent " avoir 'puni' une entreprise jugée irresponsable en boycottant ses produits ou en en disant du mal ", contre 58% des Américains et des Allemands, et 52% des Anglais.
" Cela signifie bien qu'en France, il n'y a pas encore vraiment de mise en relation entre le jugement global porté sur les grandes entreprises et l'attitude des consommateurs ", constate Jean-Louis Missika. " On reste en cela dans la tradition nationale, celle d'une réflexion générale qui ne se traduit pas ensuite dans le particulier, le concret ".
La prépondérance de l'Etat comme garde-fou aux dérégulations économiques reste affirmée dans notre pays, 76% des personnes estimant qu'il n'y a pas suffisamment de règles dans l'économie pour protéger les individus (ils étaient 60% en 2000).

Laurent Campagnolle (Filigrane Press)
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