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![]() Le site Otor de Rouen
Le groupe Otor, numéro un français du papier recyclé et numéro deux de l’emballage, est l’objet d’une bataille d’actionnaires serrée. D’un côté, le fond d’investissement américain Carlyle, au sujet duquel une multitude d’articles ont fleuri ces dernières semaines dans la presse française. De l’autre, les actionnaires historiques du spécialiste du carton ondulé. Cette bataille trouve sa source au tournant de 1999-2000, lorsque des difficultés de trésorerie contraignent les dirigeants d’Otor à trouver un partenaire financier pour Otor Finance, holding qui contrôle 80% du capital de la société Otor. Un pacte d’actionnaires est signé avec Carlyle, qui souscrit une augmentation de capital sous la forme d’obligations convertibles en actions à l’échéance 2006. Une clause du document stipule que le fond d’investissement peut, à certaines conditions, demander la conversion anticipée de ces obligations en action, et ainsi prendre le contrôle du papetier. Ce que Carlyle décide de faire au vu des résultats de l’année 2001. Tandis qu’une la bataille juridique est engagée sur plusieurs fronts (tribunal arbitral, tribunal de Grande instance), une partie des 3000 salariés d’Otor fait part de ses craintes, au sein du réseau informel SOS Otor. Sur le plan social, tout d’abord, ceux-ci redoutent un démantèlement pur et simple des activités du groupe. « Carlyle est un fonds qui vise une rentabilité maximale à trois ou cinq ans, observe l’un de ces salariés. Sa vocation n’est pas rester au capital du groupe, mais de revendre sa participation sans se préoccuper des intentions de l’acheteur ». Cinq sites français sur 25 seraient directement menacés, représentant plusieurs centaines d’emplois, assure SOS Otor. Parmi eux, les usines de la Vienne, du Doubs, de Cognac et de Rouen (en partie). La direction confirme qu’au moins deux sites seraient menacés. Préoccupations environnementales « Tout ceci n’est que de la propagande organisée par nos associés, qui veulent peindre le diable sur nos intentions, rétorque Jean-Pierre Millet, le directeur général de Carlyle Europe, également administrateur du groupe Otor. Notre métier est de réaliser des investissements en vue de plus-values. Un démantèlement d’Otor morceau par morceau lui enlèverait toute valeur. Or notre métier n’est pas de détruire de la valeur mais d’en créer ». Jean-Pierre Millet précise toutefois que la sortie de Carlyle du capital d’Otor est bien programmée, « vraisemblablement dans deux ans, soit par la Bourse, soit par la vente à des financiers ou des industriels ». La politique environnementale du groupe est également un sujet de préoccupation pour SOS Otor. « Notre activité est plutôt respectueuse de l’environnement », disent-ils, redoutant un abandon de cette politique par d’éventuels futurs actionnaires. De fait, les activités de papeterie du groupe sont alimentées à 98% par du papier recyclé, dont Otor « consomme » 700000 tonnes annuelles. Dans le domaine du carton ondulé, Otor a choisi d’axer son développement sur des produits de plus en plus légers, moins consommateurs en matières premières et moins polluants. Plusieurs sites bénéficient d’une certification environnementale ISO 14000. Sur le site de Rouen, une station d’épuration nouvellement construite devrait permettre d’assurer l’autonomie de l’activité en eau. Les installations de Novillars (Doubs) sont adossées à une station d’épuration « par rhizosphère », permettant de filtrer naturellement les eaux usées, avant réutilisation. « Nous voulons obtenir l’assurance du fonds Carlyle, dont ce n’est pas la politique, des engagements clairs sur le maintien de cette exigence environnementale, sur celui des emplois et sur le développement des sites de production », concluent les salariés de SOS Otor. Pour sa part, Michèle Bouvier, la directrice générale d’Otor, assure qu’aucune mesure n’est à craindre pendant le déroulement de la bataille pour le contrôle d’Otor Finance. « Du reste, ajoute-t-elle, nous explorons la piste d’un accord consistant par exemple à trouver un partenaire industriel qui reprenne la participation de Carlyle ».
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