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Que faire des bateaux de plaisance en fin de vie ? Si « on ne trébuche pas sur les carcasses abandonnées », précise la Fédération des industries nautiques (FIN), ses adhérents souhaitent anticiper une éventuelle réglementation en faveur d’une responsabilité élargie du producteur. Depuis 2002, la FIN planche donc sur la mise en place d’une filière réglementée de déconstruction de bateaux de plaisance hors d’usage (BPHU). Le programme d’étude et d’expérimentation BPHU va s’achever fin 2005. Il pourrait aboutir à la construction du premier centre français (et européen) de traitement des bateaux en fin de vie. Plusieurs constats expliquent cette mobilisation : un tiers de la flotte a plus de 20 ans, les matériaux composites utilisés vont constituer dans l’avenir des "déchets" complexes à traiter, le parc historique compte 700 000 unités immatriculées (dont 450 000 seulement sont actives) et enregistre chaque année 5 000 nouveaux bateaux. Les bateaux de plaisance en fin de vie pèseraient, en 2005, 5 000 tonnes, 10 000 tonnes en 2010 et 20 000 tonnes à l’horizon 2025. Actuellement, ils sont soit coulés en mer, soit abandonnés, soit brûlés, avec des impacts évidents sur l’environnement.
Filière spécialisée Même si la durée de vie d’un bateau est longue, il doit, à un moment donné, renoncer à la navigation. La FIN a donc décidé d’étudier les aspects techniques, industriels, juridiques et financiers préalables à la création d’un centre spécialisé dans la déconstruction de bateaux de plaisance. Pour ce projet unique à ce jour en France, elle a obtenu le soutien des ministères de l’Equipement, de l’Industrie, de l’Ecologie et du Développement durable, de L’Ademe et la communauté d’agglomérations Caen la mer. Elle rassemble 28 communes autour de Caen et souhaiterait accueillir, en 2006, le futur centre sur un pôle d’éco-entreprises qu’elle veut créer. Depuis début 2005, le bureau d’études d’ingénierie grenoblois TECSEN a étudié la faisabilité technique de cette nouvelle filière. Des tests, menés au printemps dernier, sur une douzaine de bateaux hors d’usage, amenés à Caen la Mer, ont démontré que le projet était faisable dans ses différentes phases : désarmement (dématage, deboulonnnage de la quille…), dépollution (huiles de cuve, produits toxiques…), déconstruction et récupération des matériaux par filière (bois, métaux, matériels électriques), mise à nue de la coque… Cette dernière, en matériau composite, broyée, a subi un essai de valorisation énergétique dans une cimenterie proche. La FIN, satisfaite de l’essai, précise que le taux de pollution final émanant de cette incinération est conforme aux normes en vigueur. Les conclusions définitives de l’expérimentation ne seront connues qu’à fin décembre mais, en l'état, un premier centre pourrait être créé à Caen la mer et traiter 1 500 bateaux de plaisance, voile et moteur, d’une taille de 6 à 10 mètres. D’ici 2012, trois ou quatre autres pourraient être créés dans des régions littorales pour couvrir les besoins.
A la recherche de financement
Il va maintenant falloir convaincre les intéressés de contribuer au financement du projet. « Actuellement, la déconstruction des bateaux n’est qu’un coût pour la profession" explique Philippe Fourrier, délégué général adjoint de la FIN. Différents acteurs doivent donc être mobilisés pour partager cette responsabilité. Ainsi, au-delà des fabricants et des équipementiers, ce sont les assureurs, les société de crédit-bail, les revendeurs, les ports d’accueil, les collectivités destinataires des prochains centres générateurs d’activités, mais aussi les futurs acquéreurs qu’il va falloir impliquer. Quel est le degré d eprise en compte actuel de l’environnement par l'industrie de la plaisance ? Pour Philippe Fourrier, on parle déjà d’écoconception puisque l'évolution des réglementations européennes et l'apparition de nouvelles normes obligent les constructeurs à penser à ce type de solutions. La FIN a créé son label « Bateau bleu ». Il indique la conformité à un cahier des charges plus respectueux de l'environnement qui concerne près de 80 types de bateaux et une trentaine d’équipement. Au prochain Salon nautique international de Paris qui se déroulera du 2 au 12 décembre, un prix sera remis au meilleur « système embarqué pour le traitement des eaux noires (rejet des toilettes) ». En 2006, le concours portera sur des solutions permettant des économies d’énergie à bord… car la technologie embarquée est de plus en plus consommatrice.
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