En France, des initiatives éco-industrielles existent, aussi bien au sein de PMI/PME que de grands groupes. Dans la première catégorie, l’entreprise de charcuterie AT France, à Troyes, dans l’Aube, produit sa propre vapeur en brûlant ses déchets graisseux. Non seulement cela supprime le coût du recyclage, mais cela procure également une économie directe sur la facture énergétique.
Si l’on regarde du côté des grands comptes, EDF Recherche & Développement a nommé un responsable « écologie industrielle » depuis l’an 2000, dans le cadre de son engagement pour le développement durable. En France, « EDF se préoccupe d’écologie industrielle depuis longtemps, même si cela n'était pas nommé ainsi », souligne en préambule Arnaud Ansart, ingénieur au sein du département R&D de l’entreprise publique. « Ainsi, des centrales thermiques valorisent par exemple leur gypse et leurs cendres volantes en cimenterie, et des fermes horticoles et aquacoles utilisent les eaux tièdes des centrales nucléaires. Le terme écologie industrielle est explicitement mentionné dans la stratégie de développement durable d'EDF, illustrée par la signature de son Agenda 2, en décembre 2001 ».
En Europe
Le port de Kalundborg, au Danemark, est sans doute le précurseur en matière d’« éco-parc ». Cette zone a su mettre à profit depuis les années 1980 la symbiose qui existait « naturellement » entre les diverses industries que compte la ville. Au cœur du dispositif, la centrale électrique locale exploite, en amont, les surplus de gaz et les eaux de refroidissement fournis par une raffinerie. En aval, elle fournit de l’eau tiède à une entreprise aquacole, du gypse à une société qui fabrique des panneaux de plâtre, de l’eau chaude à la ville de Kalundborg qui s’en sert pour son réseau collectif, de la chaleur et de la vapeur pour une usine pharmaceutique, et des cendres pour une cimenterie.
L’entreprise pharmaceutique valorise les boues qu’elle génère en les vendant aux fermiers de la région ou à des pays étrangers. Même sort pour ses eaux résiduelles, qu’elle destine à l’entreprise de panneaux de plâtre déjà évoquée... Au total, les édiles locaux estiment que la vingtaine de processus d’échanges ainsi établis réduisent de 20 000 tonnes par an la consommation de pétrole, de 200 000 tonnes celle de gypse et de près de 3 millions de mètres cubes celle d’eau.
« Le danger, bien sûr, pour ces entreprises actives dans une même zone est que l’une d’entre elles disparaisse subitement, mettant à mal le cycle de production des autres », fait remarquer Dominique Bourg, de l’université de Troyes. Aux Pays-Bas tout proche, un autre port – et pas n’importe lequel, le premier d’Europe : Rotterdam ! – étudie la façon de mettre en symbiose la multitude d’industries présentes sur place.
En Autriche, comme le résumait, en 2002, Christelle Pain dans une étude réalisée lors de son DESS d’écologie industrielle, des chercheurs ont analysé les entrées et les sorties d’énergie et de matières de deux grandes entreprises dans la province de Styrie, mettant à jour un réseau complexe d’échanges impliquant plus de 50 entreprises différents secteurs industriels, et concernant le recyclage du papier, de l’huile usagée mais aussi d’autres sous-produits. « Les responsables de ce réseau ne se sont pas rendus compte de l’étendue de leurs échanges, mis en place spontanément avant que les chercheurs ne les en informent », souligne Christelle Pain.
À noter qu’il existe en Europe des projets de parcs éco-industriels, notamment en Espagne (Catalogne), en Allemagne ou encore en Angleterre.
En Amérique du Nord
Politique initiée du temps du président démocrate Clinton, l’écologie industrielle pâtirait de l’arrivée aux commandes de l’administration Bush junior. Des réseaux industriels n’en continuent pas moins de se tisser, sous forme d’initiatives privées : dans les zones technologiques de la Côte Est (Boston) ou Ouest (Silicon Valley), des réseaux spécialisés dans le textile et dans le mobilier en Caroline du Nord, des industries aérospatiales à Seattle et dans le sud de la Californie.
Parmi les principales néanmoins actives dans ce pays figurent : « le Vermont, [où] la chaleur dégagée par la biomasse des déchets d’une centrale électrique est utilisée pour accélérer le compostage et la croissance des végétaux, ce qui a des conséquences sur diverses activités alimentaires et potagères. L’effort de Red Hills Mississippi a consisté à mettre en relation une nouvelle centrale fonctionnant au charbon et utilisant une technologie propre, une mine de lignite et des industries en rapport. A Chattanooga, le système énergétique qui appartient au district et alimente plusieurs clients commerciaux et industriels est un élément central du projet SMART Park. A Dallas, au Texas, un nouveau projet a pour ambition de créer un parc autour d’une décharge, afin d’en détourner et d’en extraire les ressources », résume, dans son étude, l’étudiante en DESS.
Au Canada, plusieurs initiatives se sont créées dans la région de Montréal (Bas-Richelieu), en Colombie Britannique ou à Halifax, avec le parc industriel de Burnside.
Au Japon
Dans le cadre d’un projet « d’émission zéro », l’industriel Ebara a décidé de transformer 35 hectares dans la ville de Fujisawa en un parc éco-industriel comprenant également 700 habitations et des commerces. À Kokubo, la zone industrielle est progressivement devenue un parc éco-industriel sous l’impulsion des patrons locaux qui voulaient améliorer le traitement des déchets. Enfin, la ville de Kawasaki a crée des synergies écologiques entre une cinquantaine d’entreprises lourdes (raffinerie d’huile, usine d’acier, centrale énergétique, usine chimique).
En Chine
La cité de Guigang entend se transformer en »éco-ville » en incitant les petits producteurs à vendre leurs sous-produits au parc éco-industriel de Guigang, en optimisant l’utilisation des sous-produits et en formant les industriels locaux aux principes de « production propre ». De plus, dans cette ville dont l’économie dépend pour moitié de la production de sucre, polluante, le groupe Guigang Group a élaboré un réseau d’échange des sous-produits pour réduire les rejets.
Dans d’autres pays d’Asie
L’un des premiers parcs éco-industriels est situé au Sud de Manille aux Philippines. Depuis 1998, et avec le soutien du Programme de développement des Nations Unies, cinq zones industrielles ainsi qu’une usine pétrochimique sont impliquées.
En Thaïlande, 28 zones industrielles doivent devenir, à terme, des parcs éco-industriels. Les premiers projets ont ainsi pris corps dans la zone industrielle de Map Ta Phut, dans un parc pétrochimique, une zone industrielle de la côte Est qui comprend des usines d'électroniques et dans deux zones industrielles construites dans les années 1980.
En savoir plus :
Le site Web du port de Kalundborg (Danemark) : www.portofkalundborg.dk