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Les blocages de l'écologie industrielle

Entreprises \Environnement \Recyclage

Publié le 17-09-2003



Il y a parfois loin de la coupe aux lèvres. Touchant à une matière aussi sensible que les déchets, et à un enjeu aussi délicat que leur valorisation, l'écologie industrielle achoppe encore souvent sur des questions d'ordre réglementaire, technique, mais aussi psychologique.

Comment expliquer que plus de 15 ans après sa formulation, l’éco-industrie n’ait suscité que si peu de réalisations concrètes ? Et d’où viennent les freins ? Sont-ils plutôt d’origine interne au modèle lui-même, ou extérieurs ? Interrogé sur la question, Dominique Bourg, professeur d’université à Troyes, estime que les blocages liés à l’écologie industrielle sont de diverses natures.

Psychologiques tout d’abord, la façon de penser et d’agir des décideurs industriels devant évoluer, passer à une logique de mise en réseau des informations et des pratiques liés aux déchets avant, éventuellement, de pouvoir collaborer. « Il faut passer de pratiques écologiques individualistes – dépollution, production à l’aide de techniques propres -, à une pratique en réseau, collective », pointe Arnaud Ansart, ingénieur à EDF, au sein du département de la recherche et du développement.

Réglementaires ensuite, avec les problèmes de l’impact sur l’environnement, voire le risque de nouveaux effets boomerang tels que celui des farines animales qui ont abouti au scandale de la « vache folle ». Car, selon ce chercheur, si « l’écologie industrielle réduit bien les risques globaux, elle en crée aussi de nouveaux ».

Pratiques enfin, notamment avec la rigidité de fonctionnement entraînée par les éco-parcs, et la difficulté à créer acheminer les déchets sans recourir au transport routier. « L’idéal serait de démultiplier des écosystèmes de taille moyenne. Or, dans nos sociétés, la tendance est à l’hyper concentration, ou au contraire à l’hyper délocalisation », constate Dominique Bourg.

« La communication et la réglementation représentent les deux principaux freins à la mise en oeuvre de l'écologie industrielle », estime pour sa part Arnaud Ansart. « Sans la première, on ne peut faire travailler ensemble des industriels. Et si la seconde est trop rigide, il devient alors très difficile de valoriser les déchets ». Et ce responsable de citer la contrainte que représente en particulier une loi européenne de 1975, qui fait de toute substance destinée à l'abandon, un déchet. De plus, en France, toute entreprise souhaitant revendre ses déchets doit préalablement obtenir une autorisation préfectorale dont la procédure s’étale de 8 à 18 mois. De quoi décourager nombre de patrons, surtout si le gain financier espéré de la revente des résidus est faible. 

Des difficultés similaires à celles du développement durable

De façon plus générale, l’écologie industrielle pâtit des mêmes entraves que le développement durable. Le principe de réduction des flux de matières et d’énergies va à l’encontre de ce qui se pratique actuellement : « Dans l’économie contemporaine, le coût du transport est presque marginal. Le credo techniciste et productiviste s’oppose aussi à la volonté de faire mieux avec moins prôné par l’éco-industrie. "

Qu’en est-il de l’action du gouvernement français en la matière, dans un pays où l’action de l’État joue un rôle moteur sans équivalent ? Pour le moment, le ministère de l’écologie et du développement durable n’a pas désigné de chef de projet ou de spécialiste maison. Dominique Bourg attend toujours une réunion promise par Roselyne Bachelot, ministre de l’écologie, avec son homologue de l’économie et des finances, Francis Mer, ministre, et dont l’objet serait de réfléchir aux moyens de développer plus rapidement en France les projets éco-industriels. Un attentisme sans doute révélateur de la difficulté à promouvoir cette notion dans un pays où la sensibilisation au développement durable est toute récente.
Laurent Campagnolle (Filigrane Press)
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