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Entreprises \Environnement \Recyclage

Le lent cheminement de l'écologie industrielle

Modèle imaginé aux Etats-Unis à la fin des années 1980, l'écologie industrielle propose d'adapter le principe des écosystèmes naturels à la sphère économique. Des entreprises aux activités complémentaires sont ainsi censées se développer de façon complémentaire, les rejets et déchets des unes fournissant matières premières ou énergie aux autres. Seul hic, mais de taille : hormis quelques sites « éco-industriels » en activité en Asie, aux Etats-Unis, aux Pays-Bas ou au Danemark, les problèmes techniques, financiers et légaux à résoudre sont de telle ampleur que la théorie, malgré sa pertinence, peine à se concrétiser.

Profiter de ce que produisent ou rejettent les autres plantes ou animaux pour mieux se développer : les écosystèmes naturels ont poli ce modèle de chaîne « symbiotique », jusqu'à la perfection. Tentés d'appliquer le même principe au monde industriel, deux responsables du constructeur automobile General Motors publièrent, en 1989, un article dans la revue Scientific American. Ils y affirmaient qu'il fallait œuvrer pour optimiser la consommation d'énergie et de matériaux, tout en minimisant les déchets et les rejets de chaque transformation. Dans la foulée de cet article se tint aux Etats-Unis, en 1990, le premier symposium dédié au sujet, à l'initiative de l'Académie nationale des sciences. L'idée était alors lancée : ne plus envisager les déchets comme des résidus, mais comme des ressources !

Un même principe, décliné selon trois niveaux

Selon Dominique Bourg, spécialiste français de la question et fondateur du DESS Ecologie industrielle et territoires urbanisés durables à l'université de technologie de Troyes, la notion d'écologie industrielle se décompose en trois niveaux.

Le premier a déjà été énoncé : une entreprise utilise ses propres rejets comme source d’énergie, ou bien des industries se relient entre elles afin que les rejets et déchets des unes deviennent les matériaux de base des autres. Situation idéale : les entreprises se trouvent dans la même zone géographique ; faute de quoi l'échange des résidus implique la mise en place de navettes ou de moyens d'acheminement par conduits dédiés. En termes économiques, et par une soudaine alchimie, l'intérêt est tel que les déchets se mettent soudain à valoir de l'or… Plus raisonnablement, le coût de recyclage disparaît, tandis qu'un nouveau centre de recettes naît de la revente des déchets à des industriels tiers.

Sur un deuxième plan, plus large, l'écologie industrielle décrit une société dans laquelle tous les flux de matières et les cycles de production, d'échange et de consommation sont repensés, en vue d'utiliser au minimum les ressources premières et de valoriser au maximum les déchets générés. La vision de valeur d'usage, de service, primant désormais sur la traditionnelle course au productivisme. Conséquence directe : le but n'est plus de vendre des produits, mais de les louer ! L'industriel a donc tout intérêt à fabriquer des produits d'une durée de vie la plus longue possible, tirant ensuite ses ressources de leur location et de leur maintenance. « Aujourd'hui, 99 % des ressources utilisées pour les biens produits, deviennent des déchets au bout de six mois », affirme ainsi Dominique Bourg, laissant entrevoir l'ampleur du phénomène. Aux Etats-Unis, Interface, un pionnier en la matière, propose à ses clients des tapis et des moquettes de bureau en location. L'entreprise en assure la pose et

Informations complémentaires

« Vers une écologie industrielle », dernier livre de Suren Erkman, principal vulgarisateur de l’écologie industrielle en France et en Suisse : www.icast.org/livre.html

Le journal du Massachussets Institute of Technology (MIT) consacré à l’écologie industrielle : www.mitpress.mit.edu/catalog/item/default.asp?sid=2E510C6F-A210-4BAE-AF75-E8F9DE2E8311&ttype=4&tid=32

Le DESS de l’université de Troyes : www.utt.fr/dess-ei

Une association rassemblant industriels et élus sur le thème de la gestion environnementale : www.oree.org
l'entretien, ainsi que leur remplacement et leur recyclage au fil de leur usure. Mais ce programme n’aurait donné, pour le moment, que des résultats en demi-teinte.

Enfin, à un troisième niveau, plus prospectif, Dominique Bourg estimait dans un entretien, paru en avril 2001 dans le Bulletin de l’ILEC, que de nouveaux procédés de fabrication pourraient fonctionner un jour prochain par « addition » plutôt que par « extraction » de matière. En s'appuyant sur le génie génétique et les nanotechnologies, l'universitaire estime qu'il est possible de créer des équivalents artificiels des insectes ou des champignons qui, dans la nature, recyclent tissus morts et excréments pour les réintroduire dans la chaîne alimentaire. Transplantés dans l’univers industriel, ces composants d'un nouveau genre aideraient à dissoudre les matériaux de base, pour faciliter ensuite leur ré-injection dans le système de production !
Laurent Campagnolle (Filigrane Press)
Mis en ligne le : 17/09/2003
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