Se "chauffer" à la plume de canard. L'idée n'est pas née dans l'esprit des membres d'une communauté baba-cool du Larzac, mais dans les bureaux d'études d'un industriel du bocage vendéen. Il y a trois ans l'entreprise Interplume - spécialisée dans la collecte et le traitement des plumes et peaux - se lance dans la mise au point d'un isolant phonique à base de plumes de canard. Il s'agit de répondre aux attentes de l'industrie automobile, pressée par la réglementation européenne d'introduire des éléments recyclables dans les véhicules de série. Interplume imagine en fait un " nappage ", sorte d'aggloméré de plumes de canards, de coton et de fibre recyclée. De fil en aiguille et moyennant quelques adaptations, ce nappage trouve des applications dans des secteurs aussi variés que le rembourrage de matelas, la doublure de vêtements ou l'isolation thermique.
Le produit étant finalisé, sa recette inédite déposée, une société est créée : Nap'tural produira et commercialisera le nappage à base de plumes de canards, à Sainte-Hermine (Vendée). Cyril Meyer, un jeune ingénieur à la carrure de rugbyman, prend la direction des opérations. " Nos produits sont en phase de test chez de grandes marques spécialistes des sports d'hiver, nous serons prêts pour la prochaine collection, dit-il. Mais nous pensons que notre principal marché sera celui du bâtiment ". Le plus sérieusement du monde, l'homme énumère les points forts du nappage maison. Naturel, il fournit un débouché aux éleveurs de volatiles, dont le plumage échappe ainsi à l'incinération ou à l'enfouissement. Isolant thermique et phonique, il offre une alternative à l'utilisation de la laine de verre, dont la conception fait appel à des produits toxiques. Sûre de son fait, Nap'tural a installé à un battement d'aile de sa ligne de production, deux cabanons de contre-plaqué, dont la température intérieure est maintenue à une température identique de 18 degrés. En un peu plus d'un mois, l'écart de consommation électrique est de 8% en faveur du cabanon isolé à la plume de canard.
Pour le moment, Nap'tural travaille au compte-goutte avec des artisans, particuliers, architectes, ainsi qu'avec quelques magasins régionaux spécialisés dans les fournitures écologiques. Mais ses dirigeants voient grand. " Ici c'est une usine pilote. Le but du jeu est de la dupliquer aux Etats-Unis, en Allemagne, en Europe de l'Est et en Asie ", annonce Cyril Meyer. Si le coût du produit apparaît élevé - 5 euros le mètre carré contre 2 à 3 pour la laine de verre - Nap'tural entend insister sur les qualités naturelles et sur les économies d'énergie liées à l'utilisation de ses produits. " Par ailleurs, notre procédé est en cours de certification au Centre scientifique et technique du bâtiment. Dès que nous l'aurons obtenue, nous bénéficieront de la garantie décennale des matériaux de construction ", assure Cyril Meyer, qui entrevoit un potentiel de production d'un million de mètres carrés par an, soit 1500 tonnes de plumes recyclées. La facette " recyclage " du projet intéresse d'ailleurs l'Ademe, qui aimerait voir en Nap'tural un nouveau débouché pour les plumes... de poulet.
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