|
"Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme." Appliquée à la dépollution des eaux courantes, la célèbre formule de Lavoisier prend la forme de boues, dont le traitement pose problème. Outre les problèmes écologiques liés au devenir de ces résidus solides, la question économique de leur transformation ou de leur élimination a aussi son importance. La Saur estime que le coût "des filières de recyclage et d'élimination varie entre 35 et 100 euros par tonne." Jusqu'à présent, trois méthodes étaient possibles : brûler les boues, les stocker à l'air libre ou les répandre dans des champs sous forme solide ou liquide. Avec le risque, pour cette dernière solution, de polluer les terres à cause des métaux contenus dans les résidus.
null
Elimination des boues en France
- par épandage agricole : 60 % - mise en décharge : 25 % - incinération : 15%
Production des boues en millions de tonnes de matière sèche
- Europe et Suisse : 7,7 millions de tonnes (dont France : 0,85 million) - États-Unis et Canada : 8,8 millions de tonnes.
Source : ADEME et Arthur Andersen, 1999
Un procédé d'origine naturelle
Développé par la direction technique de la Saur, le procédé "MycET" -du mot mycète, qui en français signifie "champignon", mais aussi de l'acronyme anglais de "mycelium ecological traitement"- intervient en amont en s'efforçant de réduire le volume de matière à recycler. Il joue des propriétés de certaines moisissures -des souches mycéliennes vivant sous forme de micro organismes- qui, une fois injectées dans les boues, absorbent naturellement une partie de ce volume. "La matière réduite est totalement oxydée sous forme d'éléments gazeux et d'eau, ne générant aucun résidu et aucune pollution secondaire," précise l'entreprise dans sa documentation. Depuis le mois de mai 2003, ce procédé est donc à l'œuvre dans la station d'épuration de Ouistreham, dans le Calvados (Basse-Normandie). "C'est une première mondiale," souligne Gérard Michel, directeur technique du groupe Saur et responsable du projet de recherche. Un recyclage écologique
Dans les laboratoires de Biovitis, une PME du Cantal spécialisée dans les micro-organismes appliqués à l'environnement, différents champignons sont identifiés, isolés puis assemblés en un "cocktail mycélien." Le cocktail est ensuite transféré vers une station d'épuration, ajouté aux boues et stocké dans un "bio réacteur" où les espèces se développent et alimentent quotidiennement la cuve de traitement. "Entre 5 et 10 jours plus tard, 30% du volume est totalement oxydé sous forme d'éléments gazeux et d'eau," indique la Saur. Non seulement efficace et sans impact sur l'environnement, le procédé MycET présente également l'avantage de fonctionner avec les équipements standards d'une station d'épuration. Le choix du retraitement incombe aux collectivités
L'entreprise n'a pas souhaité communiquer le montant de l'investissement consenti dans ce programme de recherche qui a duré deux ans et demi et mobilise encore quatre personnes au sein de la direction technique. "Nous travaillons actuellement à un nouveau programme de réduction des boues, à Gdansk, en Pologne. Il s'agit toujours du procédé MycET, que l'on va appliquer une seconde fois aux boues déjà réduites, avec l'objectif de leur faire perdre de nouveau 10 % environ de leur volume," détaille Gérard Michel. Sur la centaine de stations d'envergure qu'exploite la Saur, cinq pourraient être équipées d'ici un an. Le choix reste cependant entre les mains des collectivités, propriétaires des installations qui se voient proposer différentes technologies pour réduire le volume des boues : par génération de chaleur, traitement à l'ozone ou à l'aide de dissolvants chimiques. "L'intérêt de MycET est d'être un procédé écologique, conçu dans une logique de développement durable, insiste le directeur technique du Groupe. Il s'agit, en utilisant des champignons, de ne pas ajouter une pollution à une autre pollution, mais d'utiliser les ressources de la nature." La Saur, dont le discours est en phase avec les préoccupations politiques du moment, espère ainsi convaincre ses clients.
|