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Pollution : l'industrie automobile allemande prise en faute

Entreprises \Environnement

Publié le 02-05-2005



L'industrie automobile allemande se trouve sur la sellette. Le débat sur les dépassements des normes d'émissions de particules en Allemagne n'a en effet cessé de s'intensifier depuis ces dernières années. La raison : les constructeurs allemands, Volkswagen (VW) en tête, sont accusés d'avoir sciemment bloqué l'introduction du filtre à particule pour des raisons de coûts. Or, ironie du sort, une directive européenne, qui a pris effet en janvier 2005, contraint ces derniers à faire marche arrière. Chacun cherche maintenant à équiper ses modèles du fameux filtre le plus vite possible – sous l'oeil condescendant du constructeur français Peugeot, qui, contrairement à ses concurrents allemands, est cité en exemple outre-Rhin.

« Le filtre à particule est devenu un argument de vente pour nous. Cela fait cinq ans que nous produisons des véhicules avec des filtres en série, et, avec le temps, les automobilistes allemands le savent » note Oliver Heindrich, porte-parole de Peugeot en Allemagne. «  Deux points sont importants pour eux : la sécurité et l’environnement, » ajoute-t-il. De fait, un sondage, réalisé en avril, pour l’hebdomadaire Stern montre que 89% des personnes interrogées sont favorables à une législation rendant le filtre à particule obligatoire. Outre la dimension environnementale, c'est aussi l'enjeu santé que retient l’opinion publique : selon certains experts de la santé allemands, les émissions de particules causeraient la mort de 65 000 personnes par an en Allemagne. Ces derniers se sont par ailleurs toujours étonnés du laissez-faire des constructeurs automobiles et des pouvoirs publics.

Quand une directive européenne bouscule la donne

Or, la directive européenne 1999/30/CE du 22 avril 1999, qui a pris effet en janvier 2005, a fait l’effet d’une bombe en Allemagne. Cette directive prévoit, entre autre, de limiter les émissions de particules dans l’air ambiant à 50 mg par m3 d’air pour un maximum de 35 jours par an – et laisse la voie libre à chaque habitant de zones polluées de porter plainte lorsqu’un dépassement des normes est constaté. C’est précisément ce qui s’est passé à Berlin et Munich, où des habitants ont porté plainte contre leurs villes respectives. Si les villes sont condamnées, elles pourraient avoir à payer de lourdes amendes. D’autres grandes villes allemandes sont sous le menace d'une procédure du même type, le seuil des 35 jours se rapprochant.

« La directive européenne a largement contribué à accélérer la discussion sur le filtre à particule, ce dont on peut se réjouir. Seulement, la législation allemande, dans sa transposition de la directive, n’a pas considéré la question de la responsabilité qui se trouve partagée, pour le moment, entre les communes et les Länder» regrette Gerd Rosenkranz, dont l’organisation, Deutsche Umwelthilhe (DUH), soutient les plaignants, en leur fournissant et en finançant des avocats spécialisés. « Ce n’est pas le cas de l’Italie dont les communes ferment leurs centres villes à la circulation lorsque le seuil risque d’être dépassé. Les maires italiens, à ma connaissance, sont passibles de deux ans de prison si le seuil antipollution est dépassé. »

Pressions politiques

Le battage médiatique qu'ont suscité les plaintes rend difficile la contestation de l’utilité du filtre à particule. Pris de court, les constructeurs allemands ont annoncé, un par un, l’équipement de leurs modèles diesel avec le filtre, dès l'été 2005, un engagement qu’ils avaient d’abord pris pour...2008. Seul Volkswagen (VW) a encore des problèmes pour équiper ses modèles avec le filtre. « VW a exercé des pressions politiques pour bloquer l’introduction du filtre à particules car, il serait le premier constructeur à en pâtir. Il n’est pas du tout préparé à répondre à la demande. Plus tôt le filtre sera introduit, plus avantageux cela sera pour les concurrents de VW, » note Oliver Heindrich. Il est important de savoir que le Land (région) de Basse-Saxe , où se trouve le siège du constructeur, possède une minorité de blocage (13,7%) dans l’actionnariat de l’entreprise, et que son ministre-président siège à la présidence du conseil de surveillance. Ainsi, l’actuel chancelier Gerhard Schröder fut, en sa qualité de ministre-président du Land de Basse-Saxe, membre de nombreuses années du conseil de surveillance de VW. Le président de l'entreprise, Bernd Pischetsrieder, a gagné, lui, une réputation de grand pourfendeur du filtre à particule. La presse automobile allemande rapporte ainsi qu’il le surnommait, en des cercles restreints, "le petit filtre stupide" - et n’a réalisé ses potentiels que bien tard. VW se trouva ainsi cet hiver a cours de livraison pour le modèle Golf diesel avec filtre, la demande ayant été bien supérieure aux prévisions du constructeur.

Les problèmes de livraison sont une autre conséquence cocasse du débat actuel : les équipementiers automobiles ne peuvent pourvoir à une demande aussi subite qu’importante, n’ayant reçu jusqu’à ce jour que très peu de commandes de filtres des constructeurs automobiles allemands. Peugeot ne manque pas de souligner par la voix de son porte-parole, qu'il est en mesure de proposer aux automobilistes allemands des véhicules diesel avec filtre en série, livrable immédiatement.
Selon un communiqué du constructeur français, Peugeot a vendu en Allemagne, depuis l’introduction du filtre sur le marché en 2000 jusqu’en février 2005, 118 000 véhicules. Le marché allemand arrive ainsi en troisième position derrière l’Espagne avec 121 600 véhicules et la France avec 404 000 véhicules. D’après des chiffres de l’organisme fédéral pour l’enregistrement des véhicules, le Kraftfahrt-Bundesamt, le nombre de véhicules diesel en Allemagne a augmenté de 5,4 millions en 1994 à 8,3 millions en 2004. Dans le même temps, le parc automobile allemand, comprenant tous les autres véhicules (essence, électrique, etc...) est passé de 34,4 millions à 36,7 millions.

Claire Stam
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