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L'audiovisuel s'intéresse à ses impacts écologiques

Entreprises \Environnement

Publié le 29-04-2009



Alors que l'environnement est le sujet d'un nombre croissant de programmes audiovisuels et cinématographiques, la profession s'interroge sur son propre impact écologique. Organisés au sein d'une nouvelle structure baptisée « Ecoprod », producteurs, diffuseurs et autres organisations de la branche s'engagent donc à trouver des outils pour mesurer et améliorer leurs pratiques.

En mars dernier, « 24 heures chrono » frappait fort : après deux ans de travail, la série culte annonçait être devenue « neutre en carbone ». Une première dans le monde audiovisuel, d’autant plus surprenante que la série est loin d’être économe en explosions de 4X4 et autres bâtiments…La nouvelle prouesse de Jack Bauer devrait d’ailleurs faire des émules en France. Du moins d’ici quelques mois. Le 28 avril en effet, après un premier séminaire en mars, la filière audiovisuelle et cinématographique a lancé « Ecoprod », association créée à l’initiative de TF1, France 5, la commission du film d’Ile-de-France, la Drire, l’Ademe et Audiens (groupe de protection sociale pour les professionnels de l'audiovisuel). Doté d’un budget de 200 000 euros, apportés par l’ensemble des 6 membres fondateurs, le projet doit permettre la création d’outils pour mesurer l’impact environnemental de la filière,  sensibiliser les acteurs et surtout mettre en place des solutions alternatives, adaptées à la production audiovisuelle.
« On ne peut pas jouer notre rôle de sensibilisation du grand public en tant que media sans nous préoccuper de la façon dont sont fabriqués nos programmes », avoue Gilles Maugars, directeur des technologies et des systèmes d’information, en charge du développement durable à TF1. Mais après la vague des bilans carbone réalisés dans les grands groupes medias, le travail reste énorme. Pour le moment, seul le film Lady Blood (Alterego films), tourné en tenant compte de critères environnementaux en début d’année, fait figure de pionnier dans l’Hexagone. Par manque d’information et de solutions alternatives surtout, se défendent les producteurs. Ainsi, après avoir fait le bilan environnemental des 1000 épisodes tournés, Pascal Tomasini, chargé de la production de Plus Belle la Vie (voir encadré) s’est senti démuni : « nous n’avons pas su quoi faire, explique-t-il. Les voitures propres ne sont pas encore commercialisées, on ne peut pas réduire la lumière sans buter à des problèmes artistiques…Nous avons besoin d’experts pour prendre du recul sur notre activité et nous proposer des alternatives ».

Plus verte la vie ?
Récemment, l’ASEF (association santé environnement France) se félicitait de la diffusion d’un épisode de Plus Belle la Vie construit atour de la pollution de l’eau par les PCB. Une préoccupation environnementale qui ne concerne pas seulement les personnages de la série à succès de France 3. A l’occasion de la diffusion du 1000ème épisode l’an dernier, la production s’est en effet intéressée à l’impact environnemental de ses tournages. Résultat : 70 000 litres d’essence et un million de kWh consommés, plus d’un million de kilomètres parcourus… « Notre impact était évident », conclut Pascal Tomasini, chargé de la production de la série pour France 3. Seul problème : Plus Belle La Vie n’a pas encore trouvé les moyens de s’améliorer…

Une boîte à outils collaborative
C’est donc ce que proposera Ecoprod. D’abord par le biais de son site internet - aujourd’hui en ligne mais définitivement complet en juin - avec des fiches pratiques dispensant des conseils sur les problèmes de transport, de restauration, de post production, d’énergie ou de décors mais aussi des études et des exemples français ou étrangers. « Ce site a été pensé comme une plateforme de partage pour un travail collaboratif où chacun pourra expliquer ce qu’il fait en terme de développement durable », précise Catherine Puiseux, coordinatrice RSE de TF1.
Parallèlement, des groupes de travail sont ou vont être mis en place pour apporter des alternatives ou des éléments d’améliorations environnementales. « Nous pouvons par exemple demander à EDF d’installer des branchements forains sur les lieux de tournage fréquents comme le Trocadéro pour éviter les groupes électrogènes très énergivores. Nous pouvons aussi élaborer des règles de bonnes conduite environnementales avec les collectivités locales qui hésitent aujourd’hui à accueillir des tournages pas toujours très propres », avance Monica Fossati, éco-consultante et fondatrice d’Ekwo.
Mais avant cela, à l’image de ce qu’on pu mettre en place d’autres professions, dans la communication ou le marketing notamment, des outils devraient être développés pour calculer l’impact écologique d’une fiction, d’un programme ou d’un JT. Même si l’Ademe prévient : « aujourd’hui, il est encore difficile d’avoir accès à toutes les données nécessaires pour établir un bilan carbone. » De plus, le chiffrage du coût des solutions proposées s’avère indispensable pour faire adhérer l’ensemble des acteurs à l’heure où les budgets se font de plus en plus serrés.
Restera enfin à mobiliser une profession particulièrement atomisée, constituée de plus de 6000 entreprises (dont les ¿ sont implantées en Ile-de-France) et dont la grande majorité compte moins de 10 salariés. Cela devrait passer par la formation, des campagnes de sensibilisation et de communication et, pourquoi pas, par l’insertion du critère de développement durable dans les subventions aux productions, comme le suggère Corinne Rufet, la présidente de la commission du film d’Ile-de-France. Pragmatique toutefois, Ecoprod ne s’avance sur aucun calendrier pour la mise en place de tous ces outils.

Béatrice Héraud
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