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La France a-t-elle sur l’affichage environnemental un « quart d’heure d’avance » comme le déclarait la déléguée interministérielle au développement durable, Michèle Pappalardo, lors d’un colloque de l’Ademe sur le sujet ? Cet étiquetage, initialement prévu pour être obligatoire au 1er janvier 2011, doit finalement être expérimenté – de manière volontaire- six mois plus tard selon les termes du Grenelle 2 (voir encadré). Le point d’avancement du 8 juin a en effet insisté sur l’ « originalité » de la démarche française par rapport aux autres initiatives prises en Europe et ailleurs dans le monde. Mais s’agira-t-il d’une originalité payante ?
Une initiative qui séduit de plus en plus de pays
L’affichage environnemental dans le Grenelle
Pour le moment, il est fait référence à l’affichage environnemental dans l’article 85 du Grenelle 2, comme suit : « À partir du 1er juillet 2011, et après concertation avec l'ensemble des acteurs des filières concernées, une expérimentation est menée, pour une durée minimale d'une année, afin d'informer progressivement le consommateur par tout procédé approprié, du contenu en équivalent carbone des produits et de leur emballage, ainsi que de la consommation des ressources naturelles ou de l'impact sur les milieux naturels qui sont imputables à ces produits au cours de leur cycle de vie. » La commission mixte paritaire sur le Grenelle 2 qui se tiendra la semaine prochaine devrait toutefois apporter davantage de précisions sur la définition et les modalités de l’expérimentation.
Aujourd’hui en effet, plusieurs pays tels que le Japon, le Royaume-Uni, la Suède, l’Allemagne, la Hongrie, la Belgique ou les Etats-Unis, ont mis en place un affichage environnemental ou du moins y réfléchissent avec attention. Certains d’entre eux utilisent ainsi depuis une dizaine d’années un référentiel international : la « déclaration environnementale du produit » (« EPD system ») qui s’appuie sur la norme Iso 14025. Elle fournit des « informations facilement accessible, de qualité et comparables sur les performances environnementales » des biens et services « Une centaine d’entreprises l’utilisent en Suède », affirme ainsi Joakim Thorneus, du Conseil suédois de gestion environnementale. Mais les initiatives plus récentes semblent s’orienter vers un indicateur des émissions carbone des biens ou services. C’est le cas du Royaume-Uni, qui a mis en place en juin 2008 un outil méthodologique destiné à évaluer les émissions de GES du cycle de vie du produit, le « PAS 2050 » (Publicly Available Specification 2050), avec le Carbon trust et l’Institut britannique de normalisation (BSI). Il « permet aux entreprises d’identifier les étapes très émettrices de carbone dans le cycle de vie de leurs produits », explique Maureen Nowak, du département britannique de l’environnement, de l’alimentation et des affaires rurales. Venues sur la base du volontariat, les entreprises, telles que Tesco, Unilever, Boots, Innocent, Coca-Cola, Kimberly Clark ou Pepsico qui font partie du programme, doivent s’engager à mesurer leurs émissions de gaz à effets de serre et les réduire dans les deux ans. Concrètement, le consommateur retrouve alors sur l’emballage un logo en forme d’empreinte de pas, le « Carbon reducing label », qui mentionne les émissions de Co2 du produit. Des divergences méthodologiques à résoudre Mais la France veut aller plus loin en utilisant plusieurs critères environnementaux : « la dimension carbone est très importante mais si elle est prise seule, elle peut aussi conduire à faire des mauvais choix », estime Michèle Pappalardo. Prenons un shampoing bio par exemple : si l’on prend la seule indication des émissions carbone, il pourra avoir un mauvais résultat car d’une part, comme dans un shampoing traditionnel, 80% de ses émissions proviennent de l’eau chaude utilisée pour se rincer et, d’autre part, certains de ses ingrédients, à l’image de l’huile d’argan, peuvent avoir une provenance lointaine…De même, le groupe de travail qui élabore le référentiel sur le secteur de la chaussure va-t-il comprendre des indicateurs sur l’épuisement des ressources naturelles non renouvelables ou l’eutrophisation… « L’initiative française est très intéressante, mais elle semble difficile à mettre en place au niveau européen d’un point de vue méthodologique, commente ainsi Pavel Misiga, responsable de l’unité Environnement et Industrie de la commission européenne qui organise depuis 2008 des réunions entre Etats membres sur le sujet. Or nos comparaisons au niveau européen, montrent que pour bien des produits, il y a une forte corrélation entre l’empreinte carbone et l’empreinte écologique. Il faut d’abord développer la convergence carbone, ensuite nous verrons s’il faut compléter par d’autres critères. » Dans ce cadre, même si ses arguments sont convaincants, la France ne risque-t-elle pas d’être isolée par sa démarche multicritères, voire accusée de pratiques discriminantes par l’UE? De fait, au niveau international, la norme Iso sur laquelle travaillent 45 pays depuis deux ans, n’est elle aussi centrée que sur l’empreinte carbone des produits (quantification des émissions des biens et service et communication). « Elle s’inspire beaucoup du PAS 2050 britannique. Nous sommes restés sur le seul critère de l’indicateur carbone car il s’agit de la majorité des approches adoptées dans le monde. Mais une annexe devrait expliquer qu’il faut rester vigilant sur les autres impacts », précise Laurence Thomas, de l’Afnor. La publication de la norme n’est cependant pas attendue avant le printemps ou l’automne 2012.
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