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Manifestations contre Suez en Bolivie

Entreprises \Environnement \Gestion des ressources naturelles

Publié le 15-03-2005

La Paz en Bolivie
La Paz en Bolivie

Sous la pression exercée par les organisations syndicales et la population , le gouvernement bolivien a annoncé sa volonté de rompre le contrat conclu avec le groupe Suez pour la distribution d'eau. Motif : la tarification jugée excessive et la mauvaise qualité des services. Le groupe dénonce de son côté une rupture abusive de contrat et a porté plainte auprès de la Banque Mondiale.

Présent à La Paz et El Alto depuis 1997 via sa filiale Aguas del Illimani, le groupe Suez a été la cible des manifestations de la population en janvier dernier. Les Boliviens accusent le groupe de pratiquer des tarifs abusifs ainsi que des coupures d'eau intempestives. La pression exercée par les organisations sociales et par la rue a contraint le gouvernement du président Carlos Mesa d'annuler le contrat de la filiale de Suez, signé pour 30 ans. Cette " guerre de l'eau " n'est pas nouvelle en Bolivie. Depuis la privatisation des services publics de l'eau, la population réclame une re-nationalisation, estimant que les délégations au secteur privé ont entraîné une hausse des coûts trop élevée. En 2000, un mouvement identique avait conduit la ville de Cochabamba à l'annulation du contrat de concession des services de l'eau. Selon les organisations syndicales d'El Alto, banlieue de La Paz, l'arrivée de Suez en 1997 aurait entraîné la détérioration du réseau, tandis que les effectifs des services techniques ont été réduits et que le salaire des administrateurs d'Aguas de Illimani aurait été multiplié par cinq. Les frais d'accès au service ont parallèlement augmenté de 50% et le prix de l'eau a été multiplié par six. Des chiffres contestés par le groupe Suez, qui déclare au contraire que " les tarifs d'eau, fixés en dollars avant le début de la concession par le gouvernement bolivien, n'ont pas augmenté depuis 1997. Depuis le début de la concession, 92% des ressources générées par l'entreprise ont été reversés à la communauté bolivienne (...) Aucun dividende n'a été versé aux actionnaires ".

" Protestations populaires grandissantes "

Le groupe, qui s'estime victime d'une rupture abusive de contrat, a porté plainte auprès du tribunal international d'arbitrage de la Banque mondiale. En cas de procès, l'Etat bolivien  pourrait être condamné à verser jusqu'à 70 millions de dollars d'indemnisation pour ce contrat qui ne devait s'achever qu'en 2027. En effet, face à l'instabilité bolivienne, des accords bilatéraux de protection des investissements ont été signés entre la Bolivie, la France et l'Argentine. Ces accords prévoient, qu'en cas d'annulation du contrat qui lie Aguas del Illimani et la Bolivie, les investisseurs français et argentins seraient en droit de réclamer d'importantes compensations financières à l'Etat, comme ce fût déjà le cas avec la société Bechtel lors de la rupture avec la ville de Cochabamba . Le ministre bolivien des services et travaux publics assure de son côté que cette décision est motivée par le fait que Suez maintienne ses positions et refuse de réviser ses prix et tarifs... Pour Suez, c'est davantage la situation politique et sociale du pays qui serait en cause : " Depuis fin décembre 2004, l'entreprise traverse une période difficile. A la suite de l'annonce de l'augmentation des carburants, le gouvernement fait face à des protestations populaires grandissantes, explique le groupe dans un communiqué. Un mouvement populaire mené par une association de quartiers de la ville, FEJUVE d'El Alto, réclame unilatéralement la nationalisation de la gestion du service de l'eau dans cette ville. Le débat général national porte sur une possible re-nationalisation des sociétés dont les activités concernent la gestion ou exploitation des ressources naturelles. " Des négociations sont toujours en cours entre le groupe français et le gouvernement bolivien sur l'issue de contrat.
La population reste, quoi qu'il en soit, la première victime de cette instabilité politique, les dirigeants boliviens ne parvenant toujours pas à inscrire l'accès à l'eau dans la politique nationale de réduction de la pauvreté. Une situation similaire à celle que connaît l'Argentine, où plusieurs coupures d'eau touchant Buenos Aires et sa banlieue ont ravivé de vives critiques formulées depuis plus de deux ans à l'égard d'Aguas Argentinas, filiale de Suez. De fortes tensions marquent les relations entre le gouvernement argentin et le groupe français, qui réclame une hausse de tarifs, alors que la monnaie argentine a perdu près de 70 % de sa valeur, et que la moitié de la population vit sous le seuil de pauvreté. Le groupe français a également porté plainte devant le tribunal international d'arbitrage de la Banque mondiale...La population argentine réclame de son côté un retour à une gestion publique de l'eau.

Véronique Smée
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