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"Tout la difficulté a consisté à mettre au point un système de note globale, intégrant les spécificités locales de nos sites, mais en restant lisible par tous," explique Michel Picard, directeur environnement chez Lafarge. Présenté par le groupe français le 22 mai dernier, à l'occasion de la journée de la biodiversité, ce premier indice de biodiversité veut formaliser la mesure scientifique de l'évolution et de la qualité écologique des carrières au fil de leur réaménagement, du début à la fin. L’idée est loin d’être saugrenue à la vue du rôle pris par les carrières dans la sauvegarde des espèces.
"Il apparaît aujourd'hui que les carrières sont le dernier refuge de la biodiversité, confirme Bernard Creyssens du WWF France. Notamment parce que la réhabilitation des carrières génère des milieux neufs, temporaires, comme des mares ou des mini-falaises, abritant une flore et une faune spécifique." Ce processus de réaménagement, mené dans 79 % des sites de Lafarge – sous forme de parcelles aux étapes annualisées, pour réduire l’emprise au sol et l’impact paysager – s’avère ainsi une réelle opportunité naturaliste, désormais inscrite dans les objectifs de la Politique Environnement de l’entreprise.
Elaborée en étroit partenariat avec le WWF, la mise en place de cette méthodologie a demandé un gros effort initial de conception. Hormis les listes d'espèces menacées dressées par l'UICN (l’Union mondial pour la nature), aucun outil mondial et applicable au domaine de l'écologie industrielle n'existait. Le terrain était vierge. "Il a fallu inventer" résume Michel Picard. Initiée en 2004 en Autriche, dans la carrière de roche de Mannersdorf, dans un milieu boisé, la formalisation de la démarche a ensuite fait en 2005 de nombreux va-et-vient entre les bureaux d'études français et allemands de façon à devenir universelle, c'est-à-dire applicable à n'importe quelle "éco-région", propre à la zone d’exploitation.
Un calcul unique pour suivre la qualité écologique des sites réaménagés
L'indice repose sur une somme d’inventaires ciblés. "La méthode consiste tout d’abord à découper le site en milieux naturels homogènes puis à vérifier la présence, dans chaque milieu, oui ou non, d’au moins trois groupes d'espèces. L'une végétale, choisie parmi les plantes vasculaires, et l'autre animale, au sein des oiseaux nicheurs. Selon le milieu, entre 1 et 3 groupes supplémentaires s’ajoutent à ce suivi : des fleurs, des coléoptères ou des amphibiens par exemple," détaille Michel Picard. A chaque espèce est associé un indice de rareté. Pondérés selon la surface des milieux identifiés, les résultats des différents inventaires délivrent une note de synthèse finale de 1 à 7, de la valeur la plus faible à la plus exceptionnelle.
"Les premiers tests montrent qu’une carrière en activité, avec un programme de réaménagement coordonné, conforme au cahier des charges, devrait avoir une note comprise entre 3 et 4. Sur le site pilote de Sandrancourt, proche de Mantes-La-Jolie, la note est d’environ 5,7," poursuit le responsable. Outil de gestion et de pilotage, supervisé par un comité scientifique composé d’experts et de parties prenantes extérieures au groupe Lafarge, cet indice expérimental est en cours de validation, grandeur nature, sur 5 sites à travers le monde. Des carrières situées aux Etats-Unis, en Angleterre, en Espagne, en France et au Kenya, où l’inventaire est déjà terminé.
"Si l'outil donne satisfaction, assure Michel Picard, nous déclinerons cet indice de la biodiversité dans au moins 25 % de nos carrières en exploitation." Soit environ 250 sites parmi les 1 000 que compte l’entreprise.
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