|
Récupérer les eaux pluviales afin de les réutiliser pour un usage domestique voire industriel. En Belgique, en Allemagne, en Suède ou encore en Norvège, la pratique est courante. « On dénombre plus de 100 000 installations par an dans ces pays", note Willy Rohdman, co-fondateur de Skywater, une société installée à Reims qui commercialise un procédé de collecte et de stockage venant d'Allemagne. "En France, la démarche est encore balbutiante même si on peut observer un frémissement du marché ». Difficile de mesurer l’ampleur du phénomène en ce qui concerne les particuliers mais on observe, depuis un peu plus de 5 ans, une augmentation des ventes de cuves de stockage dans les grandes surfaces de bricolage. Il semble aussi que le procédé séduise de plus en plus de collectivités et d’entreprises. Depuis plus de deux ans, Bernard de Gouvello*, animateur du pôle de l’eau au Centre scientifique et technique du bâtiment, recense les opérations menées en France sur les bâtiments à usage collectif. « En 2003, nous avions trouvé une quarantaine de projets dont vingt menés à bien" explique t-il. "L’an dernier, nous en avons dénombré près de 80. Certains nous avaient sans doute échappé lors du premier recensement mais indéniablement, il y a une dynamique dans le secteur ».
Des économies significatives
Si on estime qu’il est nécessaire que les eaux utilisées soient potables les économies possibles ne sont importantes que dans moins de 10% des cas mais cela peut atteindre entre 25 et 50% de la consommation suivant les usages, le type d’installation et la pluviométrie. Le procédé est simple : les eaux récupérées, en général par le biais de la toiture, sont stockées dans une cuve au lieu d’être directement rejetées vers le réseau d’assainissement. Elles servent le plus souvent pour les toilettes, l’arrosage des espaces verts, l’entretien des sols et des voiries, le lavage des véhicules et l’industrie. La ville de Saint-Denis (93) va, par exemple, équiper son marché couvert d’un système de récupération. L’eau sera utilisée pour l’alimentation des chasses d’eau, le lavage de la voirie mais aussi l’entretien des vitres du bâtiment. La même démarche a été faite à Libourne, où l’eau de pluie est utilisée pour les véhicules de lavage de la chaussée. Le succès de la démarche Haute Qualité Environnementale (HQE) qui recommande cette pratique participe aussi du développement de ce type d’installation dans les nouvelles constructions. Parmi les projets recensés par le CSTB, les établissements scolaires et particulièrement les lycées arrivent en tête. Les immeubles de logements collectifs figurent aussi parmi les cibles privilégiées des maîtres d’œuvre publics pour l’installation de systèmes de récupération. Les promoteurs privés à l’image de Nexity qui a intégré un système de récupération pour alimenter les chasses d’eau, dans un projet de 97 logements HQE à Courbevoie (92), s’y mettent aussi, timidement.
Les entreprises s'y mettent
Les entreprises commencent, elles aussi, à expérimenter cette pratique : . « Certaines restent sur des usages classiques (chasses d’eau, arrosage…)," note Willy Rohdman de Skywater qui observe un intérêt grandissant des industriels pour cette pratique, "d’autres vont plus loin. Tout dépend du secteur d’activité, des économies envisageables, de l’objectif qu’elles se fixent. Il peut y avoir un intérêt en terme dez communication mais aussi de véritables gains de coûts.» Quelles que soient les motivations, on peut recenser ces dernières années plusieurs projets au sein de grands groupes. Renault, par exemple, a mis en place, dans son usine de Maubeuge, un système de recyclage des eaux pluviales qui permet d'alimenter la chaine de fabrication. Selon le constructeur, en 2004, le procédé a permis d’économiser 71 300 m3 d’eau potable. A Orly, les Aéroports de Paris économisent chaque année, une quantité voisine en récupérant les eaux pluviales tombées sur les plateformes. Une partie de cette eau est utilisée pour la production de la climatisation l'été. Un autre usage est possible. A la RATP, la récupération des eaux de pluie est à l’étude pour alimenter la future station de lavage des trains de l’atelier de maintenance RER de Rueil-Malmaison. La régie espère économiser 5 000 m 3 d’eau potable par an.
Pas d'encouragement institutionnel
La pratique commence à convaincre même si l’absence de doctrine des autorités sanitaires qui doivent donner leur accord pour les installations dans les bâtiments à usage collectif, freine son développement. « Pour l’instant, il n’y a pas de position établie dans ce domaine, explique Bernard De Gouvello du CSTB. Au regard des textes en vigueur, il n’est guère évident de savoir si l’utilisation d’une eau n’ayant pas fait l’objet d’un traitement comparable à l’eau distribuée par le réseau public est autorisée ou non pour certains usages intérieurs au bâtiment. La décision est laissée à la libre appréciation des ingénieurs des direction départementales des affaires sanitaires et sociales ». Les choses pourraient évoluer vers plus de clarté avec la mise en place d’un groupe de travail sous l’égide du Conseil supérieur d’hygiène public. « La législation sur les eaux de pluie est très maigre, observe James Chéron, auteur d’un livre sur le sujet*. "L’intérêt pour cette pratique est récent. Il reste encore beaucoup de choses à évaluer, y compris au niveau technique comme le vieillissement des équipements, l’entretien nécessaire" poursuit l’hydrogéologue, qui voit un réel intérêt, écologique et pédagogique, à cette pratique dans la mesure où les ressources en eau tendent à diminuer. D’autres problèmes pourraient se poser comme la facturation de l’assainissement si la récupération et la réutilisation des eaux pluviales connaissaient un succès grandissant. Un groupe de travail chargé de mutualiser les connaissances sur les expériences étrangères et d’étudier la question sous l’angle technique a été mis en place dans la cadre de l’ Association scientifique et technique eau et environnement qui regroupe, entre autres, des ingénieurs des grands groupes de distribution et des régies de gestion de l'eau .
*Contact pour le recensement des projets: bernard.degouvello@cstb.fr *Les eaux pluviales : Récupération, gestion, réutilisation Editions Johanet.
|