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Carrefour mise sur une filière « pêche responsable » pour le poisson surgelé

Entreprises \Environnement \Gestion des ressources naturelles

Publié le 28-09-2005



Commercialiser des filets de poisson surgelés, pêchés dans des conditions qui ne menacent pas la reproduction de l'espèce. Pour tenir ce pari de pêche responsable, le groupe Carrefour a pris exemple sur l'Islande. Il a organisé cinq filières : cabillaud, flétan, dorade, limande et loup de mer. Cette initiative relayée, pour l'essentiel par un logo maison sur les emballages, permet d'offrir aux consommateurs un produit destiné à le sensibiliser sur la disparition progressive des réserves de poisson.

Quid des réserves de poisson ?
La notion de pêche responsable est liée à celle de la mesure des stocks de poisson. C’est en fonction de cela que les autorités compétentes déterminent les quotas de poissons autorisés à être pêchés. Les chiffres qui font référence dans le monde sont ceux de la FAO (Food and Agricultural Organisation) pour qui 3 quarts des principales espèces de poisson sont aujourd’hui exploitées au maximum, voire surexploitées. Or les chercheurs de l’IRD (Institut de recherche pour le développement) ont, en août 2005, mis en cause les méthodes utilisées par la FAO qui pourraient surestimer l’état des stocks. Ils soulignent qu’elle se base sur les chiffres de capture annuelle communiqués par les pêcheries. Or si on regarde ces statistiques sur 50 ans (1950-2000) il s’avère que chaque effondrement des stocks est précédé d’une période de production stable qui n’est pas forcément synonyme de pêche responsable. Elle peut cacher un effondrement à terme des ressources parce qu’elle ne permet pas la reproduction des espèces, en réalité en sous-effectif.
« Nous voulions appliquer à l’environnement les méthodes de la sécurité alimentaire, c’est à dire une traçabilité maximale » Lors de la présentation de sa gamme de poissons surgelés issus de la pêche responsable, le groupe Carrefour a longuement détaillé la méthodologie qui lui permet d’afficher sur ses paquets de filets de poissons surgelés en marques propres, son logo pêche responsable (voir illustration). Le modèle choisi a été celui de l’Islande, pays où les stocks de poissons sont étroitement contrôlés et où, comme l’a rappelé son ambassadeur, les pêcheurs ne reçoivent pas de subventions mais paient une redevance pour être autorisés à pêcher des quotas d’espèces limités.
Le groupe Carrefour s’approvisionne auprès de pêcheurs islandais en cabillaud, deuxième poisson le plus vendu dans sesmagasins, mais aussi en loup de mer ou en limande. Tous ces poissons sont pêchés à la ligne, ce qui permet d’éviter d’endommager les fonds marins et  de calibrer le volume des poissons pour épargner les plus jeunes. Carrefour applique la même démarche pour le flétan mais il se fournit, pour cette espèce, auprès des pêcheurs du Groënland qui utilisent des modes de pêche traditionnels Inuit (petits bateaux l’été et trous dans la glace l’hiver). A l’exception du cabillaud commercialisé aussi en Belgique, tous ces produits ne sont pour l’instant proposés que dans les magasins français du groupe mais en quantité significative (en tout plus de 500 tonnes). «Nous avons choisi des produits moyenne gamme sur des volumes importants, pour que les consommateurs aient vraiment le choix» explique Hélène Discours-Buhot, en charge du développement durable pour le groupe Carrefour, « et nous travaillons actuellement sur d’autres produits de la mer, dans le même esprit.» Lors de la présentation, Bernard Cressens du WWF, ONG partenaire de  Carrefour, a expliqué pourquoi son organisation soutenait la démarche. «Nous nous associons à cette opération parce que cela participe de l’information des consommateurs sur la disparition progressive des stocks de pêche et qu’il ne s’agit pas de produits hauts de gamme, inaccessibles au plus grand nombre. Enfin, les efforts réels de traçabilité sont déterminants dans un contexte mondial qui pousse au développement de la contrebande» a-t-il ajouté.

Interrogée sur le choix d’une filière propre plutôt que du recours à une certification existante comme le MSC (Marine StewardShip Council), Hélène Discours-Buhot explique ainsi le choix de son groupe « D’une part, le MSC n'est pas très connu en France. D’autre part nous ne désirons pas faire la promotion de certification privée, même en provenance d’ONG. Nous privilégions les labels publics et nous appelons de nos vœux l’émergence d’une norme européenne sur le sujet. Nous faisons d’ailleurs du lobbying dans ce sens»,  ajoute-t-elle.
A.C.Husson
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