|
L'implantation des "Umweltzonen" (zones environnementales) continue : huit agglomérations du Land de Bade-Wurtemberg, le Land où Mercedes a son siège, ont rejoint Berlin, Hanovre et Cologne dans la lutte contre la pollution aux particules fines. Une pollution qui, selon l'Organisation mondiale de la santé et la Commission européenne, est à l'origine de 75 000 décès prématurés par an en Allemagne. Et la liste des communes s'apprêtant à introduire de nouvelles zones est longue. On envisage même d'introduire une zone comprenant toute la Ruhr, une région où le réseau routier est particulièrement dense. L'organisation environnementale Deutsche Umwelthilfe (DUH) et l'ONG Bund ont envoyé des équipes de contrôle sur les lieux, chargées d'observer la mise en application de ces zones aux trois couleurs. Le bilan s'avère positif. " La plupart des automobilistes jouent le jeu, rapporte la DUH. Tout comme c'était le cas à Berlin, Cologne et Hanovre, la grande majorité des citoyens dans les huit communes du Bade-Wurtemberg montre une grande acceptation de ces zones environnementales. " Les chiffres montrent qu'entre 70,5% et 92,8% des automobilistes affichaient, dès le premier jour, leurs plaquettes rouges, vertes ou jaunes sur leurs pare-brise. Les macarons catégorisent les véhicules selon leurs niveaux d'émission de particules: vert pour les véhicules les moins polluants, jaunes pour les moyennement polluants et rouges pour les plus polluants. Les conducteurs de véhicules trop anciens en son dispensés. Plusieurs critères sont pris en compte dans l'attribution de ces nouvelles plaquettes : le modèle de la voiture, diesel ou essence, la présence ou non de filtre à particule (une technologie contre laquelle l'industrie automobile allemande s'est violemment opposée, voir article lié). D'ici 2010, seuls les véhicules disposant d'un macaron vert auront l'autorisation de circuler dans la zone environnementale. Ces mesures concernent tous les automobilistes : résidents comme visiteurs, allemands ou étrangers. Aussi, les visiteurs français souhaitant se rendre par exemple à Berlin en voiture doivent se renseigner au préalable auprès des autorités de la ville. Il en coûte 40 euros et un point en moins sur le permis si le conducteur n'affiche pas son macaron. Bataille de chiffres C'est peu de dire que l'introduction des zones environnementales fait sourciller les influents représentants de l'industrie automobile allemande. Ainsi, la puissante ADAC (Allgemeiner Deutscher Automobil Club) dénigre l'impact positif de ces zones, et n'y voit que des mesures destinées à réduire toujours plus le droit de chaque citoyen allemand à la mobilité. Rappelons que l'ADAC compte plus de 15 millions de membres payants, avec un montant total des cotisations qui s'élève à près de 600 millions d'euros. Pour appuyer son argumentation, l'ADAC brandit une étude commandée auprès d'un universitaire, le professeur Detlev Möller, qui préside la chaire sur la pollution atmosphérique à l'université de Cottbus. Résultat : la zone environnementale de Berlin " ne contribue en rien à la baisse des émissions de particules fines ", selon l'universitaire. Sourde aux appels de l'ADAC à suspendre l'introduction de la zone verte, la ville de Berlin joue la carte de la pédagogie auprès des riverains en publiant ses propres chiffres. Ainsi, la zone concernée est particulièrement dense puisque ce sont un million de personnes sur les 3,4 millions que compte la capitale qui vivent sur 88 kilomètres carrés (pour rappel, la ville de Paris compte 105 km2). D'après les autorités de la ville, la circulation automobile est responsable à 40% de l'émission de particules et à 80% de dioxyde d'azote (NO2) dans la zone délimitée. Or, l'introduction de la zone environnementale contribue à réduire d'un quart leurs émissions. Bataille juridique L'apparition de ces zones peut étonner au pays des grosses cylindrées. Mais le contexte évolue, le gouvernement allemand s'étant lui-même doté d'une législation lui permettant de contrer les puissants lobbys automobiles. Ainsi le tribunal de Leipzig a -t-il récemment prononcé un jugement faisant jurisprudence qui renforce la protection de la santé des citadins vivant dans des zones à grande circulation. " Le citoyen concerné peut exiger des autorités de sa commune qu'elles prennent les mesures nécessaires lorsque les taux d'émissions autorisés sont dépassés, " relève-t-on au Ministère de l'environnement. " Le tribunal a clairement statué que l'absence de mesures sur la protection de la santé ne dispensait en rien les communes de faire respecter le droit des citoyens à un air propre. " De son coté, l'ADAC ne s'avoue pas vaincue et annonce son soutien aux automobilistes voulant porter plainte contre ce qu'elle perçoit comme une atteinte à la libre circulation. Si la véhémence contre les " Umweltzonen " ne fléchit pas, c'est que l'industrie automobile allemande, comme le relève l'Association allemande de l'industrie automobile (VDA), se trouve également confrontée à d'autres problématiques : hausse des prix du carburant, hausse des prix de la TVA, suppression des avantages fiscaux pour les automobilistes se rendant au travail avec leur voiture, auquel il faut ajouter le projet du gouvernement de taxer les véhicules selon le taux d'émissions de CO2. Un scénario catastrophe pour les fabricants de grosses cylindrés.
|