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Les industriels de l'aéronautique ont beau clamer à qui veut l'entendre que leurs avions ne sont responsables que de 3% des gaz à effet de serre, le secteur est de plus en plus stigmatisé, notamment du fait de sa croissance exceptionnelle (entre 4 et 5% par an) et quelque peu provocatrice en regard du reste de l'économie et du réchauffement de la planète. Or cette tendance se confirme pour les années à venir. On prévoit le doublement du nombre de passagers d'ici 2020. Ils sont déjà plus 2 milliards annuellement... Alors que le Conseil des ministres européen a décidé, le 20 décembre dernier, d'inclure les compagnies aériennes dans le système des quotas d'émissions de CO2 dès 2011, le secteur prend des mesures, avec l'aide de l'Union européenne, pour " déconnecter [cette] croissance de son empreinte environnementale".
Diviser par 2 les émissions de CO2 et le bruit
Tel est l'objectif annoncé par le commissaire européen pour la science et la recherche Janez Potocnik, mardi 5 décembre, lors du lancement du programme de recherche technologique commun Clean Sky. Celui-ci vise à réduire l'impact environnemental du transport aérien, à hauteur de 50% pour le CO2, de 80% pour les oxydes d'azote (NOx) et 50% pour le bruit perçu par les riverains d'aéroports. Il s'agit d'un programme privé-public de 1,6 milliard d'euros, financé à moitié par la Communauté, à moitié par les industriels. 86 organisations de 16 pays sont impliquées dont 54 entreprises, 15 centres de recherche et 17 universités... La liste des participants étant ouverte. Un tel défi lancé à elle-même par l'aéronautique européenne vise autant à faire face aux impératifs du changement climatique qu'à ceux de la compétitivité internationale. " L'âge moyen de la flotte commerciale américaine est actuellement de 18 ans [...] consommant 10 à 20% de carburant de plus que les modèles récents. Autrement dit, les compagnies aériennes américaines devront renouveler leur parc pour pouvoir réduire leurs niveaux d'émissions et de bruit. Ce marché potentiel est donc énorme " anticipait Louis Gallois, président d'EADS le 29 janvier, à Brême, lors d'un vol d'essai de l'A380 au GTL, un carburant alternatif, dérivé du gaz. Sur ce plan, Airbus a déjà devancé son concurrent Boeing avec une consommation de 2,9 litres aux 100 Km par passager contre 4 litres pour la dernière version des Boeing 747. Et si ni le réchauffement atmosphérique, ni la perspective des quotas d'émissions, auxquels ils sont réfractaires, ne motive les Américains, la seule montée des prix du pétrole devrait être une pression économique suffisante pour aller dans ce sens.
FNE s'interroge sur les engagements du secteur
De réelles contraintes climatiques ou des paroles en l'air ? s'interroge France Nature Environnement au sujet de la convention signée le 28 janvier au Ministère de l'écologie. L'association " s'inquiète du secteur aérien ", en constante évolution, qui " prend des engagements environnementaux non contraignants. " Dans le même temps, l'autorisation de construction de l'Aéroport de Notre Dame des Landes est imminente, et la volonté de développement des compagnies low-cost est évoquée dans les conclusions du rapport Attali, souligne FNE. Pierre Delacroix, responsable des questions Energie Climat de France Nature Environnement,ajoute que " toute activité supplémentaire de l'aviation crée des gaz à effet de serre. Donc toute incitation à la multiplication des transports aériens est actuellement un crime contre le climat ".
Une génération d'avions tous les 30 ans
Clean Sky entend aboutir à de nouvelles ruptures technologiques, pour la prochaine génération d'avions, dès 2014, à temps pour le remplacement des Airbus A320 et Boeing 737. La capacité d'innovation du secteur a déjà permis de réduire de 40% la consommation des avions de transport en trente ans. Trente ans, c'est justement le délai de renouvellement de la flotte et donc la périodicité pour révolutionner la conception des aéronefs. Les pistes, pour la prochaine génération prennent le nom de " Smart Wing " une aile intelligente, capable de restreindre d'au minimum 12% la consommation, d'un " Open Rotor " un moteur à hélices non carénées, par Rolls-Royce et Safran, qui pourrait entraîner un bond de 30% de carburant en moins. On allègerait aussi les structures avec les matériaux composites comme la fibre de carbone, en remplacement de l'aluminium et par l'emploi généralisé de l'électricité à bord, moins lourde que les systèmes hydrauliques. " Les avions doivent au moins baisser de 25% leur consommation en 2020 " estime Ake Svensson, président de SAAB et de l'Association européenne espace et défense (ASD). Mais on attend aussi entre 10 et 20% d'économie d'énergie dans l'optimisation des plans de vols et dans l'approche et la descente sur la piste. C'est l'objet d'un autre programme européen, baptisé SESAR. En effet, cesser de faire tourner les avions au-dessus des aéroports et les faire descendre en continue plutôt que par paliers serait possible avec les nouveaux systèmes de contrôle aérien et les moyens modernes de navigation satellitaires. Enfin, Clean Sky a prévu un volet éco-conception. Airbus déclare avoir déjà expérimenté des procédures de gestion de fin de vie des appareils, permettant de " valoriser ou recycler de manière appropriée et écologique 85% des composants d'un avion ". Quelque 6000 avions devraient être retirés du marché au cours des vingt prochaines années. Le projet européen s'adosse à des programmes nationaux. Ainsi la France a doublé ses aides à la recherche aéronautique en 2008 et entend poursuivre cet effort dans les années à venir. Jean-Louis Borloo a signé le 28 janvier une convention engageant l'ensemble des acteurs du secteur aérien français sur la voie de l'écologie. Le groupe Air France-KLM, notamment, s'engage à investir 2 milliards d'euros par an dans la modernisation de sa flotte, pour atteindre la consommation de 3,7 litres aux 100 Km par passager en 2012. Aéroport de Paris entend quant à lui stabiliser sa consommation énergétique jusqu'en 2020 grâce à un projet de géothermie à Orly et de biomasse à Roissy. Le projet Clean Sky, qui s'apprête à donner un coup d'accélérateur à l'innovation sur toute la chaîne du secteur, PME comprises, n'est qu'une première étape. Déjà, les acteurs pensent à 2050 et comment aboutir à un ciel " vraiment propre ". A deux reprises, le 5 janvier à Bruxelles, le commissaire européen Janez Potocnik a suggéré que " la technologie n'est pas la seule réponse ".
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