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Le secteur aérien reste opposé aux quotas de CO2

Entreprises \Environnement \Emissions de gaz à effet de serre

Publié le 25-11-2008



Justifiant sa position par la crise financière et économique actuelle, le secteur aérien s'oppose toujours à la réglementation européenne qui le soumet aux quotas de CO2 à partir de 2012. Les compagnies mettent en avant leurs propres initiatives environnementales.

La décision de Bruxelles est prise : tous les vols inter-Europe, mais également les vols internationaux à l’arrivée ou au départ de l’Union européenne, seront soumis au système européen d’échange des quotas d’émissions (Emissions Trading Scheme) à partir de 2012. Pourtant, bien que 85% de ces quotas leurs soient alloués gratuitement, les compagnies estiment inacceptable de devoir payer pour les 15% restants. Contestée depuis le début, cette décision ne fait toujours pas l’unanimité au sein des compagnies ariennes, qui réclament 100% de quotas gratuits… Dans le cadre du récent Sommet européen de l’aviation, Jean-Cyril Spinetta, PDG d’Air France-KLM, a ainsi expliqué  que « dans le contexte actuel de dégradation et d’instabilité économique », la compagnie « s'inquiète » du « durcissement des conditions pour la période 2013-2020 ». Autrement dit, de devoir payer une partie de ses quotas de CO2. Le secteur a ainsi publié en 2007 une étude estimant à plus de 40 milliards d'euros la perte de profits, entre 2011 et 2022, pour les compagnies soumises au marché carbone européen. Selon elles, leur intégration au système de quotas ne doit pas intervenir avant que « le secteur se soit remis sur pied, après la débâcle économique ». 

"Performance énergétique"

Autre argument du secteur : le transport aérien ne représente que 2 à 3% des émissions de gaz à effet de serre en Europe. Une vérité aujourd’hui, mais une erreur à court terme : elles pourraient en effet augmenter de 150% d’ici 2012 pour les vols internationaux, au rythme de croissance actuel du trafic aérien. La croissance cumulée des émissions de CO2 de l'aviation atteint en effet 87% depuis 1990, en dépit des efforts réalisés pour augmenter la performance énergétique du secteur.
Une performance qui constitue néanmoins l’argument majeur des compagnies face au marché carbone. « L'impact financier [du marché carbone] ne doit pas détruire la capacité des entreprises à investir dans la modernisation de leurs flottes, qui constitue la première réponse au besoin de réduction des émissions » déclare Jean-Cyril Spinetta, qui met en avant la « démarche volontariste » d’Air France.
Face à la "menace" du marché carbone, les compagnies aériennes s’organisent, à l'image du « Sustainable Aviation Fuel Users Group », crée par Boeing en association avec plusieurs grandes compagnies et l’UOP (Universal Oil Products). Objectif : développer les agrocarburants, avec l’appui du WWF et du Conseil pour la Défense des Ressources Naturelles (NRDC). La charte, élaborée avec les deux ONG, a pris soin d’intégrer les vives critiques faites aux agrocarburants. Ne seront ainsi considérés que les carburants issus de sources renouvelables, dont la production nécessite peu de terre, d’eau ou d’énergie et qui, notamment, « ne rentrent pas en concurrence avec la filière agroalimentaire, ne mettent pas en péril les réserves d’eau potable et améliorent les conditions économiques des populations locales ».

Autre initiative récente, les compagnies européennes ont signé des accords le 18 novembre dernier sur la « Clean Sky Joint Technological Initiative », un vaste partenariat de recherche public-privé de 1,6 milliard d’euros, visant à améliorer l’efficacité énergétique du transport aérien. L’objectif de cette collaboration entre industriels et chercheurs est de permettre à l’aviation d’atteindre à l’horizon 2020, une réduction de 50% des émissions de CO2, et de 80% pour les émissions d’oxyde d’azote.

Réduire les kilomètres inutiles

Enfin, le projet de « ciel unique européen » vient de connaître une avancée. Adopté en 2004, ce règlement doit permettre de « rationaliser » l’espace aérien, actuellement divisé en 27 espaces différents et contrôlés par les gouvernements nationaux. Cette fragmentation contraint les compagnies à zigzaguer entre 27 espaces aériens différents et à parcourir des kilomètres supplémentaires –en moyenne 49 km par vol- augmentant ainsi les émissions de GES et le coût des vols. Selon la Commission, cette réforme permettrait de réduire les émissions de CO2 de 16 millions de tonnes -soit 10%-, et les coûts pour les compagnies de deux à trois milliards d'euros par an. La Belgique, la France, l’Allemagne, le Luxembourg, les Pays-Bas et la Suisse, dont les vols représentent 55% du trafic européen, viennent donc d’unir leurs espaces aériens pour mieux gérer ces vols, dont la croissance prévue est de 50 % entre 2005 et 2018. La mise oeuvre de ce projet n’est toutefois pas attendue avant 2011.

Véronique Smée
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