Le bâtiment face au défi climatique

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Publié le 22-04-2005

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D'après l'inventaire, publié en janvier 2005, par la Mission Interministérielle de l'Effet de Serre, les émissions françaises de gaz à effet de serre ont augmenté de 0,5% en 2003. Le secteur bâtiment fait figure de mauvais élève, en particulier le résidentiel-tertiaire (habitat et bureaux) dont les émissions ont augmenté de 6,8%, de 2002 à 2003, et de plus 14% depuis 1990. Or, dans le cadre du protocole de Kyoto et de ses engagements européens, la France doit parvenir d'ici 2010 à ramener ses émissions à leur niveau de 1990.

Les possibilités d'économie d'énergie dans l'industrie étant limitées dans la mesure où c'est un secteur qui a déjà fait beaucoup d'efforts, et très difficiles dans le secteur des transports, particulièrement rigide, le bâtiment est l'un des secteurs les plus prometteurs pour tenir les engagements français de réduction des GES. L'heure est aujourd'hui au "facteur 4" : diviser par 4 les émissions de CO2 d'ici 2050, objectif donné par l'Union Européenne.
L'augmentation des émissions du secteur bâtiment s'explique notamment par l'augmentation des surfaces des habitations qui entraîne une croissance des surfaces à chauffer mais surtout par la lenteur du renouvellement du parc. " Le parc résidentiel se renouvelle de 1% par an et le non-résidentiel aux alentours de 1,75%.  Si l'ordre de grandeur est bien de 1%, néanmoins, dans 30 ans, un tiers du parc sera renouvelé. Il faut donc accéler," explique Marc Weckstein, chargé de mission à la Direction R&D du CSTB (Centre Scientifique et technique du Bâtiment). Les objectifs de réduction des GES des constructions neuves et des bâtiments existants, ont été fixés, à moyen ou long terme, par le programme PREBAT dans le cadre du Plan Climat, adopté par le gouvernement en juillet 2004. Par ailleurs, la directive européenne, de décembre 2002, sur la performance énergétique des bâtiments implique que les états membres fassent le nécessaire pour que, "lorsque des bâtiments d'une superficie utile totale supérieure à 1000 m2 font l'objet de travaux de rénovation importants, leur performance énergétique soit améliorée (...)."

Pour un bâtiment producteur d'énergie

Les réglementations techniques se renforcent et les professionnels devront améliorer leurs performances dans ce domaine. Par exemple, la dernière réglementation thermique, RT 2000, va voir ses exigences renforcées en 2005 et, à nouveau dans 5 ans. Pour Marc Weckstein : "Le secteur a pris conscience aussi bien pour le renouvellement de l'existant que pour la construction du neuf, de l'existence d'un gisement important de progrès environnementaux." Pour passer de la prise de conscience à l'action concrète, le bâtiment va devoir relever trois défis : "œuvrer pour une modernisation durable du parc existant, faire progresser la construction du neuf et trouver des solutions pour que, à moyen et long terme, le bâtiment, soit producteur d'énergie à la fois par la maîtrise de la consommation et par la production d'énergie issue de ressources renouvelables."

Le "bâtiment à énergie positive" tel est donc l'objectif de la fondation de recherche Bâtiment-Energie, reconnue fondation d'utilité publique par le décret le 14 mars 2005. Elle réunit quatre industriels majeurs du secteur, Arcelor, EDF, GDF et Lafarge qui se sont associés au CSTB et à l'ADEME, pour imaginer de nouvelles solutions techniques, mobiliser les acteurs de la construction et les producteurs d'énergies. La finalité ambitieuse de ce programme est de rendre les bâtiments producteurs d'énergie. Cela signifie que, grâce à une faible consommation au moyen de systèmes d'eau chaude ou de chauffage efficaces et l'équipement ou le raccordement à une production d'énergies renouvelables, le bilan énergétique annuel du bâtiment devienne positif. Les prototypes sont attendus d'ici 5 ans. L'objectif est de passer à une fabrication à grande échelle à partir de 2010. "Ce n'est pas seulement une volonté. Quand on regarde ce qui se fait à l'étranger, il y a une réalité certaine pour ces bâtiments," précise Marc Weckstein. Cet objectif est d'autant plus réaliste  que nombre de parties prenantes se mobilisent et participent de cette démarche : le collectif d'industriels "Isolons la terre", le programme Bâtiment 2010, l'association HQE ou encore l'association Négawatt.

L'un des freins majeurs tient à la structure même du secteur : une très grande diversité et un grand nombre d'acteurs rendent difficile l'application concrète d'une meilleure performance des bâtiments. "D'autant que, souvent, s'il ya une intervention sur un bâtiment existant, il ne vise pas la résolution d'un problème énergétique. Il faut donc que l'environnement soit pris en compte, même concernant un autre problème de bâtiment," rappelle Marc Weckstein. Cela suppose à la fois de mieux former les professionnels de la construction et de sensibiliser les donneurs d'ordre aux premiers rangs desquels les collectivités locales et les consommateurs. Mais Marc Weckstein est confiant : " Une politique de réduction des GES fondée sur le bâtiment offre une double perspective de bénéfices : pour l'environnement et pour le dynamisme économique du secteur. Car les solutions à trouver pourront favoriser l'essor du bâtiment et de ses emplois dans une perspective qui relève pleinement du développement durable." Quant aux coûts engendrés par les évolutions techniques d'une meilleure prise en compte de l'environnement dans le bâtiment, sa réponse est claire : "le marché de l'immobilier résidentiel et non résidentiel a réussi à encaisser des hausses de prix considérables qui ont largement été captées par le foncier et n'ont servi en rien à l'amélioration des bâtiments. Un rééquilibrage entre la rente foncière et le coût de la construction offrirait une marge de manoeuvre non négligeable."

Christophe Brunella
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