L'impossible bilan des impacts du télétravail sur l'environnement

Entreprises \Environnement \Emissions de gaz à effet de serre

Publié le 16-05-2005

Partagez : Partager


Le télétravail, au sens strict, ne concerne que 2% des salariés français, selon une étude de la Dares publiée par le forum des droits sur l'Internet, en décembre 2004. Le télétravail est entendu comme une activité professionnelle exercée en alternance au domicile (ou dans un bureau de proximité) et sur le lieu de travail collectif. Un avenant au contrat de travail vient cadrer les modalités du télétravail.

Pas question pour les directions d’institutionnaliser le télétravail comme mode d’organisation manageriale. « Il y a un saupoudrage qui interdit toute forme de stratégie globale. Le télétravail n’est pas considéré comme un projet d’entreprise », note Nicole Turbe Suetens, responsable de Distance Expert, cabinet spécialisé sur les nouvelles formes de travail liées aux réseaux numériques. Il n’y a donc aucune mesure des impacts du télétravail sur les émissions de gaz à effet de serre, même chez les rares entreprises comme France Telecom ou EDF qui ont mis sur pied des « missions télétravail ».
      Aux Pays-Bas, l'entreprise informatique Oracle développe,depuis plus de 5 ans, une véritable stratégie sur le télétravail. Selon une étude de cas, réalisée en 2002 dans le cadre du projet européen Sustel (Sustainable Teleworking), le télétravail concerne 27 % des 900 salariés de la filiale néerlandaise et 75 % de l’encadrement. En travaillant, en moyenne 5,3 jours par mois à domicile, 61% des télétravailleurs estiment avoir réduit de 146 kilomètres, la distance parcourue en voiture chaque semaine. 13 % annonçaient même une réduction de 255 kilomètres hebdomadaire.
L’impact de ce travail à domicile a par ailleurs permis à Oracle d'économiser 5 millions d’euros sur ses surfaces  immobilières «travaillables ». Ce bilan positif correspond, en moyenne, à une journée seulement de travail à domicile. Pour l'instant, la stratégie d'Oracle aux Pays-Bas n’est pas déclinée par sa filiale française, en tous cas officiellement. 

Télétravail officieux
      
De nombreuses entreprises accordent une grande flexibilité à leurs salariés dans l’organisation de leur temps de travail, sans que cela soit formalisé par un avenant à leur contrat. Ces salariés (principalement des cadres du tertiaire) ont la possibilité de travailler, de temps en temps, depuis leur domicile ou pendant leurs déplacements. Selon les estimations, 20 % des cadres et ingénieurs travailleraient en "nomades", 9 % des professions intermédiaires mais moins d'1% des ouvriers.
L’absence de formalisation rend impossible la réalisation d'un bilan, notamment en terme d’impact environnemental. Les entreprises, implantées en France, s’accommodent très bien de cet état de fait qui évite de remettre à plat la notion de temps de travail. Le télétravail fait malgré tout, depuis le 4 mai 2005, l'objet de négociations entre le partenaires sociaux pour définir son cadre juridique et pratique.

ST Grenoble : 50 % des salariés n'utilisent pas leurs voitures

5 ans après avoir lancé son PDE (Plan de Déplacement d’Entreprise), le site grenoblois de ST Microelectronics affiche un bilan positif. Les émissions de CO2, inhérentes aux trajets en voiture "domicile travail" représentent aujourd’hui 32 % de la consommation énergétique globale du site contre 40 %, il y a 5 ans. Or, sur la même période, l’effectif du site est passé de 1600 à 2100 salariés. Deux tiers des salariés qui ne prennent plus leurs véhicules, utilisent désormais des transports en commun et l'autre tiers le vélo. D’ici 2010, ST Microelectronics Grenoble table sur 60 % de salariés laissant leurs véhicules au garage. Pour atteindre cet objectif, l’accent sera mis sur le développement du co-voiturage . Le PDE permet à l’entreprise de ne pas augmenter le nombre de places de parking et donc de réaliser des économies. Pour Ludovic Tchoulfian, DRH du site de Grenoble, « voilà bien la preuve que les dimensions économiques et environnementales peuvent se conjuguer ».

Cette flexibilité dans l’organisation a permis, par exemple, à IBM d’intégrer 800 personnes supplémentaires dans la tour amirale du groupe, située à La Défense à Paris. Depuis juin 2004, dans le cadre d’un programme baptisé « Dynamic Workplace », les salariés n’y ont plus de bureaux attribués. Ils peuvent en réserver un, au maximum 8 demi-journées par semaine, via l’intranet ou des bornes, localisées à chaque étage. Ce projet est parti du constat que les salariés se trouvaient beaucoup plus souvent à l’extérieur de la tour que ne le pensait initialement la direction. Celle-ci a ainsi pu résilier les baux des deux immeubles proches de cette tour qu'elle occupait. Sans contractualisation officielle, le travail à domicile est par ailleurs autorisé, chaque manager devant en délimiter le périmètre. L'entreprise a mis en place des moyens supplémentaires pour faciliter les accès à l’intranet à partir de l'extérieur, et notamment du domicile. Le programme « Dynamic workplace » permet aussi aux salariés concernés de transférer le numéro de leur ligne professionnelle à leur domicile, en saisissant un simple code. Misant sur la réduction des coûts de l’immobilier, ce programme  induit mécaniquement une forme de télétravail dont IBM est incapable de mesurer les effets sur l’environnement. 
Selon Ludovic Tchoulfian, directeur des ressources humaines du site ST Microelectronics de Grenoble,  « les outils au service du télétravail existent mais le mode d’organisation des entreprise n’est pas encore adapté. Nous estimons qu’un télétravailleur ne doit pas se trouver à son domicile plus de 3 jours par semaine, afin de garantir la cohésion ». En attendant, ST Microelectronics Grenoble a préféré lancer, en 2000, un PDE (Plan de Déplacement d’Entreprise) et affiche un premier bilan environnemental (voir encadré). 

Bénéfices environnementaux relatifs

Dans l’absolu, les nouvelles technologies permettent d'étendre le télétravail à beaucoup plus que 2% des salariés, mais il convient de relativiser ses impacts sur l’environnement. « Les trajets en voiture domicile travail représentent moins de 30% de la circulation routière globale », pointe Jean-Marc Jancovici, expert à l’origine de la méthode « bilan carbone » labellisée par l’Ademe.  Alors que la distance de référence pour le déplacement domicile travail est de 15 kilomètres et que 80 % des actifs français utilisent leur voiture pour aller travailler, le télétravail pourraient entrainer des modifications de mode de vie pas toujours bénéfiques pour l’environnement. Un salarié qui quitte Paris pour télétravailler 3 jours par semaine depuis son nouveau domicile, situé à 200 km de son lieu de travail collectif, va rejeter plus de CO 2 en faisant un ou deux allers-retours en voiture que les 30 km quotidien qu’il faisait précédemment. Le projet européen Sustel 2002-2004 a mis en lumière d’autres effets collatéraux. Certains télétravailleurs en profitent pour multiplier des trajets de proximité mais, globalement, la balance est plutôt favorable à l’environnement. Ainsi, chez British Telecom, les salariés qui télétravaillent ont réduit de 450 kilomètres la distance parcourue chaque mois pour se rendre à leur travail, tout en augmentant de 96 kilomètres les trajets extra professionnels, le solde reste donc positif.

Rodolphe Helderlé
© 2005 Novethic - Tous droits réservés
Partagez : Partager

Articles sur le même thème


Liens utiles

Rendez-vous sur Facebook Suivez-nous sur Twitter Rendez-vous sur Facebook Rendez-vous sur Facebook
Le Centre de Recherche
ISR
» A propos de l'ISR
» Les études ISR
» Le Label ISR Novethic
» La liste des fonds ISR
» L'Essentiel de l'ISR
RSE
» A propos de la RSE
» Les études RSE
» Repères RSE
Conférences
» Les débats thématiques
» Le colloque annuel
English
» Studies and Events
Outils
» Formations développement    durable
» Bibliographie
» Glossaire
Presse
http://www.nicomak.eu/parties-prenantes