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Pour être exhaustif, et contrairement à la méthode généralement retenue par les entreprises, le calcul choisi pour l’étude Vigeo/WWF* comprend toute la chaîne de production et l’ensemble du cycle de vie des produits. L’étude estime donc les émissions directes et indirectes pour dix secteurs d’activités parmi les plus émetteurs de CO2, en montrant combien cette vision globale peut changer les idées reçues… Et comment elle doit influencer les politiques de réduction à mettre en œuvre. Car bien entendu, les stratégies sont différentes selon que les émissions d’une entreprise sont en majorité directes ou indirectes. Dans le premier cas, c’est plutôt le mode de production lui-même qui est en cause. Dans le second, les politiques concernent l’usage des biens et services produits, le transport, les clients, les sous-traitants. Agir sur les usages des produits et services Le cas du secteur bancaire reste à cet égard le meilleur exemple : les émissions directes (bâtiments, flotte…) ne comptent même pas pour 1% dans le bilan global ! Les émissions du secteur sont à chercher en réalité dans les projets « fossiles » (financement de centrales à charbon par exemple, mais également prêts aux particuliers dans l’habitat et les véhicules), comptés comme émissions indirectes. Développer des services et prêts « verts » fait donc partie des solutions, mais moins de 30% des banques (en Europe) ont développé aujourd’hui ce type d’offre, indique Vigeo. Par ailleurs, 40% d’entre elles ne publient pas d’engagements sur leurs politiques d’investissements…et continuent à financer des projets très émetteurs. Seules 4 banques européennes sur les 56 étudiées fournissent des objectifs quantifiés sur leurs financements de projets. Autre exemple parlant, celui de la grande distribution, qui émet 140 MteqCo2 et affiche plus de 90% d’émissions indirectes dans son bilan. C’est donc auprès des fournisseurs que le secteur doit agir (30% des émissions sont liées à l’agriculture, 29% à l’élevage, 9% à la transformation des produits) et sur le transport (7% des émissions sont dues au transport routier). Enfin, le consommateur final représente 2% des émissions liées au transport, 8% liées à la préparation et cuisson des aliments ainsi qu’au lavage…Orienter les choix de consommation fait donc partie, en théorie, de la stratégie à mettre en œuvre, à travers l’étiquetage carbone, mais aussi l’achat de produits de saison, et l’abandon du gaspillage encouragé par les pratiques de type « deux produits pour le prix d’un »…Mais pour l’heure, Vigeo souligne que « si les entreprises s’engagent à réduire les impacts environnementaux de leurs produits, aucune d’elles ne fournit d’objectifs quantifiés à ce sujet ». Le bilan de l’étude fait ainsi apparaître le secteur banques assurances comme le plus émetteur dans un périmètre global (émissions directes et indirectes), avec 3680 millions de tonnes équivalent CO2. Il est suivi par le secteur aérien (925 MteqCO2), le pétrole (565 MteqCo2) et le gaz (280 MteqCo2). Des secteurs comme celui des mines et métaux affichent en revanche d’importantes émissions, mais essentiellement pour leurs activités de production. Ainsi les mines et métaux comptent 65% d’émissions directes dans leur bilan global (280 MteqCo2), tout comme l’électricité (plus de 70% des 230 MteqCo2), ou les matériaux de construction (81% des 140 MteqCo2).
| Les dix secteurs retenus |
| Pétrole et gaz, Electricité, Automobile, Aviation, Chimie Matériaux de construction, Mines et métaux BTP et promoteurs fonciers, Banques et assurances, Grande distribution et agro-alimentaire. |
Pétrole et gaz : l’absence d’engagements Avec 40% des émissions mondiales de GES et une demande d’énergie croissante, les entreprises du secteur pétrole/gaz sont au cœur des questions climatiques. Pourtant, seules 20% d’entre elles ont publié des objectifs de réduction de leurs émissions et 15% se sont engagés à réduire la pratique du torchage, procédé particulièrement émetteur. Surtout, leurs émissions augmentent, en raison de l’exploitation de sables bitumeux (procédé 3 fois plus émetteur que l’extraction conventionnelle) et de gisements de plus en plus difficiles d’accès, entraînant une augmentation des consommations d’énergie pour l’extraction. Eviter le torchage et développer les techniques de capture/stockage du CO2 sont certes des voies recommandées par l’étude, mais la priorité reste bien la réduction de la consommation mondiale d’énergies fossiles. Ce qui signifie, pour les entreprises du secteur, privilégier les investissements dans les énergies renouvelables, les biocarburants de 2ème et 3ème génération, et les technologies à l’hydrogène. On en est encore loin. Selon Vigeo, « la moitié des entreprises [européennes] du secteur ne s’engagent pas à développer ces énergies alternatives. Parmi celles qui le font, seules un quart publient des objectifs chiffrés ». Même pour celles qui semblent s’impliquer, «les investissements dans ces domaines représentent une part mineure de leur chiffre d’affaires ». Autre défi majeur pour les années à venir, celui de l’aviation. Le secteur aérien a certes amélioré l’efficience énergétique des avions depuis 1990, mais sans parvenir à compenser la très forte croissance du trafic. Or, sans réglementation -de type taxe sur le kérosène- il pourrait devenir l’une des principales sources d’émission de GES. L’enjeu pour les entreprises est d’agir sur les 86% de leurs émissions liées à l’usage des avions, et donc d’agir sur la demande…A ce stade, seule une stratégie de diversification de leurs activités semble envisageable. L’étude suggère des « partenariats avec le secteur ferroviaire », ou encore le développement d’activités de « video-conférences », comme alternatives aux déplacements de court-courrier. Cependant, selon les analyses de Vigeo, la moitié d’entre elles n’a pas fourni d’information significative sur ses engagements. Sur 7 entreprises européennes, « une seule publie la part des produits éco-conçus dans son chiffre d’affaires ». Le WWF et Vigeo annoncent une étude sur les performances des entreprises elles-mêmes pour l’année prochaine… La route sera probablement encore longue après Copenhague. *www.wwf.fr et sur www.vigeo.com
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