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Publié en mars 2007, le rapport "Banques françaises, banques fossiles ?", des Amis de la Terre dénonçait le retard du monde bancaire sur les risques climatiques. L’ONG avait en effet évalué, pour les dix principales banques françaises, les émissions directes et indirectes de gaz à effet de serre, générées par les activités qu’elles financent, notamment dans le domaine des énergies fossiles. Ces émissions indirectes sont en effet considérables. Elles représentent « 3,2 fois les émissions totales de la France" selon le rapport qui s’est appuyé sur l'estimation de l'actif bancaire mondial (65 070 milliards d'euros) et français (4389 milliards d'euros en 2004) qu’il a comparé aux émissions globales de CO2 et au volume d'activité mondiale financé par les banques commerciales. L'ONG avait alors noté les dix banques françaises selon trois enjeux : politique globale de lutte contre le changement climatique (10% de la note), financements et investissements dans le secteur énergétique (80% de la note) et impacts climatiques et énergétiques directs (10% de la note). Le Crédit Coopératif, Dexia et Banque populaire sont arrivées en tête du classement, avec respectivement 4,5/10, 4,3/10 et 3,7/10. Aucune n’a atteint la moyenne. Bien classée, Dexia est aujourd’hui la première banque à s’engager sur des objectifs climatiques pour ses financements de projets dans le domaine énergétique. La banque s’est dotée d’un objectif quantitatif portant sur l’intensité carbone (quantité de CO2 émise par la production d’une unité d’énergie) de son portefeuille de financements de projets, équivalent à 30% de moins que les préconisations de l’Agence Internationale de l’Energie. Au plan mondial, l’AIE demande une réduction de l’intensité carbone de 3,5% par an, à partir de son niveau de 2005 (soit 0.6 tonnes de CO2 par MWh). Zones et activités exclues Par ailleurs, les nouveaux critères de financement de Dexia ne concernent pas uniquement le risque climatique. Les projets du secteur énergétique devront comporter des garanties en matière de droits humains et de préservation de la biodiversité. Des zones « où la banque s’interdit de financer des projets dans le domaine de l’énergie en raison des impacts environnementaux et sociaux » sont définies. Outre les zones de conflit et de guerre, les sites classés au Patrimoine Mondial de l’UNESCO, les réserves classées Man and Biosphère, ou les zones protégées par l’UICN (Union Internationale pour la Conservation de la Nature) sont exclues. La banque n’apportera pas non plus son soutien aux projets pétroliers liés à l’exploitation de sables bitumineux, qui ont un impact particulièrement nocif et irréversible sur des habitats naturels critiques ou sur les ressources en eau potable. D’une manière générale, les « projets qui n’auront pas développé de plan de management environnemental » sont exclus, tout comme les entreprises à l’origine d’un « accident environnemental majeur dans les cinq dernières années », sauf si elles peuvent démontrer avoir pris les mesures nécessaires pour éviter un nouvel incident. Initiative suivie? Les Amis de la Terre reconnaissent dans ces mesures des « avancées importantes, comme l’objectif quantitatif de réduction des émissions de gaz à effet de serre des projets (…) ». « Les émissions induites par les activités financées par les banques sont environ 1000 fois plus importantes que leurs émissions directes, issues de leur consommation d’électricité ou du transport de leurs employés, rappelle l’ONG. C’est pourquoi nous accueillons aujourd’hui favorablement l’adoption d’une première politique dans le domaine par Dexia. Elle confirme l’orientation de cette banque qui consacre plus de 40% de ses financements énergétiques aux énergies renouvelables, alors que la moyenne des banques françaises est à 10% seulement ». Les Amis de le Terre regrettent cependant les choix de la banque en matière de nucléaire et d’agrocarburants, ou encore le captage et le stockage du carbone, en l’absence de consensus scientifique international. L’initiative de Dexia sera-t-elle suivie par ses concurrentes ? Signe des temps, BNP Paribas a adopté le 23 octobre dernier les Principes d’Equateur pour son activité de financement de projets, impliquant le respect de critères sociaux et environnementaux . "Ces principes seront appliqués au plan mondial, tous secteurs confondus, pour toute nouvelle opération, que ce soit sous forme de financement ou de conseil pour des projets dont le coût total dépasse 10 millions de dollars », a précisé un responsable du groupe BNP Paribas. Les Amis de la Terre déclarent quant à eux « attendre avec impatience les politiques à venir des autres banques de financement et d’investissement françaises, notamment BNP Paribas, Société Générale et Crédit Agricole qui sont des financeurs majeurs de l’énergie impliqués aujourd’hui dans de nombreux projets très controversés ».
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