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Allemagne : le stockage du CO2 créé la polémique

Entreprises \Environnement \Emissions de gaz à effet de serre

Publié le 16-10-2007



GFZ/Postdam/CO2Sink

Le projet expérimental européen d'enfouissement du CO2 à Ketzin, en Allemagne, vient d'entamer une étape décisive. 60 000 tonnes de CO2 vont être injectés, pendant les deux prochaines années, à 800 mètres sous terre. Si l'expérience s'avère concluante, elle stimulerait de manière significative le développement de cette technologie pourtant décriée par les organisations environnementales.

Intitulé CO2Sink, le projet est mené à Ketzin, une commune située à 30 kilomètres à l’ouest de Berlin, par le Centre de recherche de la Terre (GFZ) de Potsdam en partenariat avec neufs pays européens, dont la France. L’équipe de chercheurs européens a, dans un premier temps, foré le sol pour atteindre une nappe d’eau salée souterraine située à près de 800 mètres de profondeur. Il s’agit maintenant d’extraire l’eau salée située dans les cavités du puit pour ensuite injecter le CO2 sous forme de gaz. Le but de l’opération vise à développer et optimiser les outils de surveillance du comportement du CO2 sous terre. Plus généralement, il s’agit de démontrer que le CO2 peut être stocké sous la terre de manière durable et sans risque pour les populations et l’environnement.

Just stock it

« Le stockage de ce gaz à effet de serre peut être une option pour gagner du temps et développer des technologies sans CO2. Pour cela, on doit éclaircir plusiers points : les réactions déclenchées par le stockage souterrain de CO2 et les conséquences à moyen et long terme. C’est précisément ce que nous voulons examiner dans le cadre de notre projet, » explique Rolf Emmermann, qui dirige le GFZ. A cette fin, le site a été équipé d’une série de capteurs chargés de vérifier la pérennité d'un tel stockage. Un consortium d’entreprises, dont Shell, Statoil, RWE, E.ON et Vattenfall, participent financièrement au projet. Mais ce sont principalement l’Union européenne et l’Allemagne qui apportent le principal soutien financier à cette expérience à grande échelle dont le coût est chiffré entre 30 et 35 millions d’euros.

Le Ministère français des affaires étrangères rappelle dans une note favorable à la technologie de la capture et du stockage du CO2 (CCS) que deux opérations de séquestration industrielles de CO2 fonctionnent déjà : depuis 1996 sur le site de Sleipner au large de la Norvège, et depuis 2000 sur le champs pétrolier de Weyburn au Canada. En France, des recherches sont menées par des industriels (Total, Gaz de France, ALSTOM, Air Liquide, ARCELOR) ainsi que des organismes de recherche (BRGM, IFP, INSU) qui explorent eux aussi la faisabilité économique et technique de la séquestration du carbone(voir article lié). Le groupe pétrolier Total prévoit d’expérimenter d’ici la fin 2008 le stockage de 150 000 tonnes de CO2 en deux ans sur l’ancien gisement de gaz naturel de la Rousse, dans les Pyrénées.  Par ailleurs, des études sont en cours sur un projet pilote dans le bassin parisien qui serait opérationnel d’ici 2010.

En Allemagne, le charbon demeure une des principales sources d’énergie, et ce, alors que le gouvernement a, en 2000, signé un protocole d’accord avec les fournisseurs d’énergie pour un retrait graduel de l’énergie nucléaire. Aussi, afin d’assurer l’approvisionnement en énergie, le gouvernement prévoit la construction dans les prochaines années de 28 nouvelles centrales au charbon au moins, selon des chiffres fournis par l’ONG environnementale Bund. Or, les ONG ne manquent pas de souligner que l’Allemagne s’est fixé comme un objectif de réduction de ses émissions de 40% d’ici 2020, sans faire appel à l’énergie nucléaire. Rappelons que le géant énergétique allemand RWE produit à lui seul 127 millions de tonnes par an de CO2, ce qui en fait le plus grand émetteur européen.

La CCS, un écran de fumée ?

« La technologie du CCS n’est prévue pour aucune des nouvelles centrales. Et équiper ultérieurement ces centrales avec cette technologie se montre bien trop coûteux et techniquement difficile, » déplore Werner Neumann, de Bund. Pour cet activiste environnemental, les choses sont claires : le charbon propre n’existe pas. Si les fournisseurs d’énergie évoquent volontiers le potentiel de la technologie CCS, « c’est en premier lieu pour se donner une image propre ». Pour Gabriela von Goerne, de Greenpeace, « on ne peut parler de centrales au charbon sans CO2. Le nom induit sciemment en erreur. Car au lieu de réduire les émissions de CO2, la nouvelle technologie, au contraire, en produit plus : la capture du CO2 dans les usines fortement émettrices est très demandeuse en énergie, et provoque encore plus d’incinération de charbon. » 

Au Bund comme chez Greenpeace et Germanwatch, une ONG spécialisée sur le réchauffement climatique, la technologie du CCS soulève bien trop de questions quant à son efficacité, la sécurité pour les riverains et l’environnement (risques de fuite de gaz, transport du CO2) et la question de la responsabilité en cas d’accident. Les ONG s’accordent pour dire que les fournisseurs d’énergie s’emparent de la nouvelle technologie pour « pouvoir émettre autant de CO2 qu’actuellement » et réfutent l’argument selon lequel cette technologie serait une solution transitoire jusqu’à ce que les énergies renouvelables puissent couvrir entièrement les besoins en énergie. « La CCS va permettre de poursuivre la production d’énergie au charbon et retarder encore l’expansion des énergies renouvelables, » remarque Werner Neumann. De plus le coût de la tonne de CO2 enfouie est évaluée entre 40 et 60 euros alors que les fournisseurs d’énergie au charbon se sont vus allouer des quotas d’émission de CO2 gratuits qui leur offre une marge de maneuvre supplémentaire (voir article lié).

Claire Stam à Francfort (Allemagne)
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