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Aujourd’hui environ 60 000 m3 d’algues vertes sont ramassées chaque année en Bretagne. Comment sont-elles utilisées ? Jean-François Sassi. Pour l’instant, 80% est utilisé en épandage et 20% en compost. L’épandage est cependant un peu difficile à gérer car on doit fonctionner en flux tendu : le transport vers les terres agricoles doit être fait très rapidement - la décomposition commence dans les 2 jours- et cela demande beaucoup de terres car on ne peut pas mettre plus de 20 à 30 tonnes d’algues à l’hectare, avec rotation des parcelles sur 3-4 ans, sinon cela entraîne trop de salinité et de pH. Sans compter les kilomètres qui sont réalisés pour transporter ces algues sur des champs. Le compostage présente plus d’intérêt car il permet une utilisation dans le temps plus étendue que l’épandage même s’il nécessite un apport de sources fibreuses, comme la paille et d’autres déchets verts riches en lignocellulose, et qu’il n’est pas toujours facile de prévoir le stock de ces autres substances par rapport à l’afflux d’algues… Pourquoi cette solution n’est-elle pas plus développée ? Jean-François Sassi. Dans la baie d’Hillion, qui est le plus gros site de marées vertes, cela représente 100% de l’utilisation des algues ramassées. Mais si le compostage fait partie des solutions les moins coûteuses, elle n’est pas forcément économiquement viable. La Bretagne est déjà excédentaire en matière organique donc le compost, à grande échelle, représente un intérêt limité pour les agriculteurs de la région. Il faudrait pouvoir l’exporter vers d’autres régions déficitaires proches de la Bretagne, en Anjou par exemple. De nombreuses collectivités s’y intéressent mais aucune n’a franchi le pas. D’autres pistes, plus expérimentales sont à l’étude comme la méthanisation… Jean-François Sassi. Oui mais techniquement, cela est plus difficile, du fait de la composition de l’algue verte, riche en souffre mais pas assez en carbone. Il faut que l’on arrive à séparer les espèces soufrées, ce qui est techniquement possible mais nous n’avons pas actuellement les infrastructures industrielles pour le faire. Et peu s’y intéressent (voir encadré). La co-méthanisation, réalisée avec des effluents d’élevage, fonctionne en revanche assez bien mais, alors que cette méthanisation de ferme est très bien implanté en Allemagne, elle ne se développe pas en France, notamment parce que l’on se heurte de nouveau au problème de gestion logistique des flux d'algues. Au Danemark, un laboratoire travaille sérieusement sur la fabrication de bioéthanol mais il reste là encore des difficultés techniques.
Le mirage Olmix
Avec son « amadéite », un nanomatériau à base d’argile et d’algues vertes (voir article lié) et son projet de raffinerie fonctionnant au lisier et aux algues vertes qui devait voir le jour en début d’année à Ploërmel, dans le Morbihan, Olmix avait suscité beaucoup d’espoirs et surtout l’intérêt des médias et des investisseurs. Pourtant, début 2009, la société a dû procéder à des mesures de restructuration et des licenciements, « les investissements dans le développement commercial de l’amadéite®, hors des marchés traditionnels du groupe (nutrition animale, ndlr), n’ayant, à ce jour, pas abouti et ce malgré des efforts important », explique-t-elle dans un communiqué. Résultat, les développements industriels et commerciaux du matériau sont « mis en sommeil » tout comme le projet de raffinerie, totalement abandonné. Pour Jean-François Sassi, du Centre de valorisation des algues qui a travaillé un temps avec la société, Olmix « vivait dans une bulle. La raffinerie était une vue d’artistes : les écueils techniques comme la question du transport par exemple avaient été soigneusement laissés de côté pour leur permettre de séduire les investisseurs et de bénéficier d’un bon niveau d’introduction en bourse ». Jointe par téléphone, Olmix n’a pas souhaité s’exprimer sur l’abandon de ces activités.
Quels projets paraissent donc réalisables à court terme ? Jean-François Sassi. Le projet le plus abouti est orienté sur les matériaux, particulièrement le papier-carton. Les papeteries sont en effet parfaitement dimensionnées pour déshydrater rapidement les éléments or c’est une dimension technique qui pose souvent problème pour l’utilisation des algues. Cette solution a été utilisée un temps avec succès par une papeterie à Venise quand la lagune était envahie par les algues vertes. Nous, nous avons décidé d’utiliser ces procédés papiers pour des godets destinés à l’horticulture, en partenariat avec l’IUT de Saint Brieuc. Des entreprises se sont-elles déjà montrées intéressées ? Jean-François Sassi. Oui, nous sommes actuellement en phase d’expérimentation avec une grosse entreprise du secteur. La demande de la part des industriels est réelle car actuellement ces godets sont réalisés à partir de tourbe, qui est une ressource fossile en baisse. De plus, nous avons remarqué que l’incorporation de l’algue verte dans le godet permet un re-largage d’éléments minéraux dans la plante, ce qui évite son jaunissement, problème actuellement rencontré par les horticulteurs. Reste à résoudre l’écueil de la qualité de l’algue ramassée mais nous avons trouvé un point de rencontre avec le compostage qui, mélangeant l’algue et la paille, permet de conserver le mix assez longtemps pour être exporté. Cette solution est en plus totalement compétitive avec la tourbe. Surtout, nous avons calculé que la création de cette filière permettrait d’utiliser 20% des quantités ramassées sur la baie d’Hillion (15 000 tonnes environ ramassées par an, ndlr), ce qui est déjà significatif. Les algues vertes sont aussi utilisées par la cosmétique, non ? Jean-François Sassi. Pour le moment, l’intégration de l’algue verte dans la cosmétique porte sur de très petites quantités, ce qui ne permet pas de répondre au problème des marées vertes. Il faudrait pour cela qu’elles soient utilisées en agent de texture et donc entrer dans la composition de plusieurs formules. Là, on aurait un tonnage intéressant mais, si les industriels regardent nos travaux avec intérêt, là encore, aucun pas n’a été fait plus avant. D’autres matériaux moins cher ou moins difficiles à exploiter existent…De plus la collecte des algues est traitée par les collectivités et les industriels ont du mal à traiter avec eux ; la logique est différente. Et dans l’alimentation ? Jean-François Sassi. En Occident, l'algue n'est pas un aliment traditionnel et souffre d'un déficit d'image auprès du grand public. Il n’est donc hélas pas question de nous faire manger à tous des salades d’algues, comme c'est le cas en Asie... même si l'algue a de nombreux apports bénéfiques pour la santé humaine. En revanche, nous travaillons sur l’alimentation pour animaux car c’est un bon apport d'éléments de compléments nutritionnels, notamment pour les poissons. Le problème cette fois est qu’il faut pouvoir aller ramasser les algues dans la mer pour garantir une certaine qualité or, avec les marées et les vagues, il faut des machines spécifiques. Des matériels prototypes éventuellement utilisables sur nos plages existent ailleurs dans le monde (aux USA, en Finlande). Il faut trouver les moyens de les tester en vraie grandeur sur nos plages, pour vérifier s'ils sont adaptés. Ce projet que l’on porte depuis des années vient toutefois de recevoir un furieux coup de pouce avec les annonces du Premier ministre le 20 août dernier (voir article lié). Car si l’on va chercher l’algue en mer, en début de saison, cela permettra de diminuer les marées vertes et donc la pression d’échouage…
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