Carrefour, certifié Green market en Chine

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Publié le 12-07-2007

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Le distributeur est le premier à avoir obtenu une certification qui garantit la sécurité alimentaire des produits qu'il distribue. Cette question est cruciale pour la Chine où les scandales dénonçant la contamination des produits par des substances toxiques défraient la chronique.

Carrefour Chine est le premier distributeur à avoir obtenu le certificat chinois Green Market pour tous ses magasins de Shanghai, Pékin, Shenzhen et Chengdu. La direction souhaite maintenant étendre la démarche à Canton, Nankin et Urumuqi dans l’ouest du pays. « Avec la certification Green Market, le gouvernement chinois est satisfait, nous avons lancé le mouvement. Depuis que nous l’avons, Auchan et E-Mart se sont manifestés pour l’obtenir » explique Nadège Claudel, directrice de la qualité et de la sécurité alimentaire de Carrefour Chine qui compte 98 hypermarchés, 270 magasins de hard discount et emploie 40 000 personnes. (La marque française est imprononçable dans l’empire du milieu et pour que les consommateurs chinois la mémorisent, elle a été rebaptisée « Jia Le Fou », signifiant "Joie et bonheur pour la famille")
« Le processus de certification green market des magasins Carrefour a duré environ 6 mois. Il se juxtapose à la démarche de contrôle qui prévalait déjà dans notre groupe »  indique Nadège Claudel. « Nous avons d’une part notre système d’audit interne qui vérifie la conformité des produits à nos propres standards. D’autre part nous sommes audités par deux entreprises extérieures : SGS et la CCIC ». Elle précise que les exigences dans les magasins chinois du groupe sont les mêmes que partout dans le monde. Le groupe a également créé, en 2004, la Fondation Carrefour Chine pour la sécurité alimentaire qui organise formations, séminaires internationaux et actions de sensibilisation auprès du public. Les habitudes d’achat, différentes selon les pays, ne sont pas toujours favorables à une bonne hygiène. En Chine la vente en vrac est encore très prisée. En grande surface les clients n’hésitent pas à saisir à la main des produits tels que poissons, crevettes et viandes pour mieux juger de leur fraîcheur.

Si l’éducation participe de la sécurité alimentaire, en Chine le problème est plus structurel. La Chine doit faire face d’abord à de sérieuses difficultés de contrôles de l’ensemble de la chaine de production. La certification Green Market a été élaborée, en 2004, par le ministère du commerce chinois et l’administration de certification et d’accréditation. Elle valide un système de sécurité alimentaire (température de conservation, conditions de stockage, certificat de l’origine et test des produits, etc.) et s’adresse aux grossistes et distributeurs de produits frais (légumes, fruits, viandes et œufs). Le processus de certification, audits compris, est géré par une organisation indépendante, la China Certification and Inspection Company (CCIC). Il s’inscrit dans un programme intitulé "Three Greens” Project, lancé en 1999, par le ministère du commerce. Ce dernier comprend le renforcement de la législation et la formulation de nouveaux standards concernant par exemple les conditions de vente sur les marchés ou le transport et le stockage des produits alimentaires. Les gouvernements locaux ne semblent pas l’avoir vraiment soutenu.

Scandales en série

Diverses affaires ont éclaté en 2006 (voir article lié). En mars 2007, la Food and Drug Administration (FDA) nord-américaine a découvert dans des aliments pour animaux domestiques importés de Chine un produit chimique utilisé dans les plastiques et comme retardant, la mélamine. En mai, l’un des directeurs de la FDA chinoise a été condamné à mort. Il a été jugé coupable d’avoir délivré des autorisations de mise sur le marché de faux médicaments ayant entraîné la mort de plusieurs malades.
Conscient que la question est critique, le gouvernement prend des mesures. Depuis 2002, des standards ont été élaborés pour plus de 525 produits et de nombreuses entreprises ont acquis des permis de mise sur le marché. Le premier plan quinquennal pour la sécurité alimentaire vient d’être publié pour améliorer le contrôle de l’administration sur les industries pharmaceutiques et agroalimentaires. Il appelle d’une part à la création d’un système de contrôle des exportations d’aliments pouvant transmettre des maladies et contenir des résidus de produits toxiques, d’autre part à un contrôle électronique des entreprises agroalimentaires. D’ici 2010, un système d’information sur la sécurité alimentaire devra couvrir 90% du pays. Une réglementation devrait en outre être publiée avant fin 2007 concernant le mécanisme de retrait du marché de produits dangereux.

Le principal reste à faire. 1 million de petits commerces de production alimentaire opèrent en Chine, dont 70% d’affaires familiales comptant moins de 10 salariés. Or un grand nombre de ces entreprises n’appliquent aucun standard et la qualité de leurs produits échappe à tout contrôle. Moins de 1% des 50 000 détaillants d’aliments du pays seraient dotés d’un laboratoire de test. Il n’existe pas de standards concernant les hormones contenues dans la viande. Il n’y a pas non plus de ministère désigné en charge du contrôle des résidus de pesticides dans l’alimentation. Les produits labellisés eux-mêmes prêtent à suspicion après divers cas avérés de fraude. Certains additifs, interdits en Europe, sont encore tolérés en Chine. Le système de qualité n’est pas unifié. Les prérogatives apparaissent enchevêtrées entre une dizaine d’institutions, entraînant une dilution des responsabilités. Certains experts appellent donc à la création d’une commission qui superviserait la sécurité alimentaire. Les autorités se sont attachées jusqu’à aujourd’hui à assurer une production suffisante pour nourrir la population. Il faudra sans doute du temps pour mettre en place un système efficace de contrôle de la qualité.
La population chinoise, en particulier urbaine, est de plus en plus sensibilisée et méfiante. Selon un sondage, réalisé en mars 2007 pour le compte de Greenpeace par la société Ipsos à Shanghai, Canton et Pékin, la moitié des 600 personnes interrogées se déclarent prêtes à payer le double du prix habituel pour des aliments dépourvus de résidus de pesticides, et près de 20% accepteraient de payer n’importe quel prix.

Vannina Pomonti
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