Les nouvelles voies du mécénat français
Les prochaines statistiques d'Admical sur le mécénat en France ne sortiront qu'à l'été, alors que les dernières portaient sur l'année 2000. Mais, selon les experts, le paysage du mécénat français serait plutôt morose : en particulier, on s'attend à un véritable tassement du mécénat culturel. Les entreprises semblent privilégier de plus en plus des thèmes proches de leurs métiers...
Marianne Eshet, la déléguée générale d'Admical constate que 70 % de ses adhérents investissent dans d'autres domaines que celui de la culture. Cette dernière, qui représentait encore la majeure partie des investissements en mécénat en 2000 (58 %), voit de plus en plus ses soutiens disparaître (comme la fondation CIC pour le livre)... au profit de la solidarité. D'ailleurs, si le mécénat culturel vient, récemment, de recevoir un " renfort " significatif du groupe Vinci qui a conclu un partenariat très important (10 millions d'euros sur 5 ans) avec le Château de Versailles, il faut analyser cette opération comme un mécénat de compétences plutôt qu'une stratégie basée sur la culture : Vinci va, en effet, apporter le savoir-faire de ses filiales spécialisées pour restaurer la galerie des Glaces.
Certains observateurs, comme la Fondation de France, craignent que ce tassement s'accentue avec le développement du mécénat vert, lié à la montée du thème du développement durable. Une crainte peut-être exagérée : en 2000, l'environnement ne représentait que 4 % du mécénat des entreprises françaises. Il n'intéressait que des entreprises réputées polluantes (Total, EDF, Procter & Gamble...) ou au contraire " militantes " (Nature et découvertes, Yves Rocher...). Mais, s'il est évident que beaucoup d'entreprises risquent d'avoir envie d'investir dans un mécénat environnemental, à l'avenir, on rappellera que les partenariats sont particulièrement difficiles à mettre en place avec les ONG du secteur (voir article " Partenariats ONG/entreprises : vers un " new deal " ? ").
Volontariat salarié
Le grand gagnant de ces dernières années, dans le secteur du mécénat, est donc le social. Beaucoup d'entreprises y voient un excellent outil de motivation interne, surfant sur une grande appétence de leurs salariés pour le bénévolat. Une mode venue des USA où une " armée " croissante de bénévoles, vêtus de T-shirts ornés de l'emblème de leur société, effacent les graffiti, collectent de la nourriture qu'ils distribuent à ceux qui ont faim, construisent des logements pour les pauvres, coordonnent des compétitions sportives pour handicapés ou enseignent la lecture aux enfants qui connaissent des difficultés d'apprentissage. En France, par exemple, Sodexho vient de recevoir le trophée Éthique et
Gouvernance pour son programme de lutte contre la malnutrition " Stop hunger ", dans lequel des cuisiniers et serveurs acceptent de travailler bénévolement l'été pour permettre aux cantines scolaires de rester ouvertes aux enfants défavorisés. Une opération exemplaire des nouvelles tendances du mécénat français qui essaye de combiner préoccupations sociales, bénévolat des salariés et apport de compétences.
Enfin, on notera également, dans les nouvelles voies, l'apparition de partenariats avec l'État. Deux " premières " ont été conclues récemment : le 13 mars 2002, un accord-cadre visant à prévenir les pratiques discriminatoires, a été signé, entre le Ministère de l'emploi et de la solidarité, la Direction de la population et des migrations (DPM), le Fonds d'action et de soutien pour l'intégration et la lutte contre les discriminations (Falsid) et le groupe d'intérim, Adecco ; le week-end du 1er février 2003, alors qu'une nouvelle période de froid s'abattait sur l'Hexagone, les téléspectateurs français ont pu revoir le spot sur le numéro d'appel urgent destiné aux sans-abri, diffusé une première fois début janvier, et signé par le laboratoire pharmaceutique Aventis ("avec le soutien d'Aventis") qui en a payé les frais techniques.
Ce type de participation financière des entreprises est amenée à se développer, selon Françoise Miquel, la directrice du service d'information du gouvernement : "Etant donnée la conjoncture actuelle, ce sera de plus en plus le cas." Elle affirme que cette forme d'association "permet aussi de dire que le problème de l'exclusion n'est pas seulement le problème de l'Etat mais celui de l'ensemble des acteurs sociaux".
Peut-être la version française de la fameuse idée des partenariats de Type II du Sommet de Johannesburg pour résoudre les problèmes de développement durable ?
Alain Chauveau
Mis en ligne le : 25/02/2003 © 2009 Novethic - Tous droits réservés
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