Demain, l'innovation ira de pair avec le développement durable

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Publié le 09-09-2003

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Désireux d'étudier en profondeur et dans le temps le discours sur l'innovation dans les entreprises, la société de conseil en stratégie et innovation Polémarque et l'institut d'études Sylab-Ypsis ont créé, en 2002, l'Innovascope, un baromètre des politiques d'innovation. Pour sa deuxième édition, en juin 2003, les rapports d'activité 2001 de 199 entreprises (françaises ou implantées en France, Nestlé, Danone, Renault, Solvay, Eramet...) de 17 secteurs d'activité, classées selon les chiffres d'affaires 1999, ont été passés au peigne fin. Et la tendance, qui montre un frémissement en faveur de l'innovation, donne surtout une large place au développement durable (DD), qui cristallise les préoccupations du moment dans les discours politiques et stratégiques.

Antinomie ou complémentarité entre les deux ? Explications et... extrapolations avec Elisabeth Thieblemont, consultante chez Polémarque.

Comment expliquez-vous que le développement durable soit le thème majeur développé en 2001 dans les rapports d'activités ?
Elisabeth Thieblemont.
En 2000, en pleine bulle Internet, le discours est tourné vers l'économique, on parle de réinventer l'innovation. En 2001, avec la fin de l'ère d'Internet, et dans un contexte difficile (inquiétudes boursières, attentats du 11 septembre, crise alimentaire... ) un climat plutôt morose s'installe. Les éditoriaux des patrons d'entreprise reflètent alors cet état d'esprit, on se réfugie vers des valeurs sûres, le discours se teinte d'éthique, aborde la sécurité, la qualité, l'environnement... le développement durable en fait, même si on se rend compte que le sujet n'est pas uniformément maîtrisé par tous. Quoiqu'il en soit, l'objectif est de rassurer, essentiellement les actionnaires, de ramener la confiance. Tout cela reste infime mais notable d'une année sur l'autre.

Vous vous intéressez à l'innovation. Cette apparition des thèmes du développement durable signifie t-elle que les entreprises accordent moins d'importance à l'innovation ?
Elisabeth Thieblemont.
Cela ne peut être interprété aussi simplement car certaines entreprises très innovantes n'en parlent tout simplement pas. Par ailleurs, pour le développement durable comme pour l'innovation, en parler dans le rapport d'activité ne signifie pas forcément que cela dépasse le simple discours politique. Il est difficile d'évaluer les budgets alloués à deux telles préoccupations, car ce sont deux thèmes transversaux, donc par définition, on peut les retrouver dans différents centres de production. On s'appliquera plutôt à regarder si la personne responsable du DD ou en charge de l'innovation est en relation directe avec la direction générale, ce qui est un bon signe car cela signifie que la stratégie de l'entreprise va dans ce sens, que le patron impulse cette politique.

Vous dites, dans votre étude, que l'innovation devrait dans les années à venir être perçue comme un enjeu majeur de compétitivité. Pensez-vous qu'il en soit ainsi pour le développement durable et que cela explique sa présence dans les rapports d'activités ?
Elisabeth Thieblemont.
Une tendance se dessine, et je pressens qu'elle va perdurer : une conscientisation des problématiques actuelles fait que l'on va de plus en plus mêler innovation et développement durable. En fait, on va se servir du DD pour valoriser l'innovation, car les préoccupations environnementales et sociales sont source d'innovation, et pour des entreprises qui se veulent de plus en plus citoyennes, le DD est un enjeu de compétitivité. On devrait dépasser le simple discours politiquement correct. Si l'on prend le malaise des cadres actuel, le DD sert de motivation, car c'est un sujet noble et les cadres, dont on dit qu'ils perdent le sens profond de leur travail, y retrouvent ce sens perdu. On constate d'ailleurs un parallèle avec l'innovation dans certaines entreprises, comme 3M, qui n'hésite pas à annoncer " chacun d'entre vous est créatif, vous allez créer sur votre temps de travail " et à déléguer un temps réel pour cela.

Donc, en extrapolant, vous pressentez que dans les prochains rapports d'activité, on verra plus aisément des discours sur une innovation au " service " d'un développement durable ?
Elisabeth Thieblemont.
Je pense que cela est particulièrement visible dans l'industrie automobile où, que ce soit chez Renault, qui se préoccupe de " mobilité urbaine " ou Peugeot, qui parle " d'écoconception ", ces sujets sont évidemment sources d'innovation. Ce sont également des laboratoires sociaux indéniables. Aujourd'hui, si l'on peut dire que le courant porteur est l'éthique et le DD, et il est intéressant de constater que certains responsables de l'innovation nouvellement nommés ont sur leur carte de visite leurs anciennes responsabilités, qualité, environnement... C'est un signe qu'innovation et développement durable devraient sur le long terme se marier de plus en plus.

Propos recueillis par Sylvie Touboul
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