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« Défendre une génération d’artistes impliqués dans des enjeux sociaux et environnementaux », tel est l’objectif de l’association Coal (Coalition pour l’art et le développement durable), créée en 2008 par des professionnels de l’art contemporain, du développement durable et de la recherche. Coal se revendique comme « l’alternative au discours actuel sur le développement durable », comme en témoigne Alice Audouin, membre co-fondatrice : « il s’agit de proposer d’autres formes de pédagogie, d’en finir avec la vision alarmiste de l’environnement que certains véhiculent ». Et pour offrir une plus grande visibilité à cette jeune scène artistique française, l’association a crée cette année le Prix Coal Art et Environnement. Sur les 150 projets déposés, dix ont été sélectionnés pour figurer parmi les finalistes. Chacun brouille les frontières entre arts et sciences, dénonce et tente de comprendre le divorce entre l’Homme et la Nature. Parmi eux, Pascal Bircher a élaboré son projet autour du cratère de Darvaza, dans le désert turkmène. Baptisé « Porte de l’Enfer » par les populations locales, ce puits de feu résulte d’un accident de forage provoqué en 1971 par des géologues soviétiques et brûle depuis plus de quarante ans. Pascal Brichner, à travers un ensemble de photos, cartes topographiques, sculptures et témoignages sonores, tente ainsi d’explorer « le lien entre environnement et construction de l’imaginaire, sous pression des rapports de pouvoirs politiques et économiques. » Plus ludique, le projet d’Olivier Leroi consiste en l’élaboration d’un drapeau pour l’Antarctique, continent sur lequel plusieurs gouvernements ont installé des bases de recherches scientifiques, mais qui n’appartient à aucune nation. L’artiste propose donc de concevoir un drapeau aux couleurs de l’animal emblématique de l’Antarctique, le manchot empereur, et de réunir sous cette bannière les scientifiques qui travaillent sur le territoire. À leurs côtés, étaient également en lice pour le titre le duo Art Orienté Objet, pour un travail au fusain sur la biodiversité, le collectif Héhé, pour une projection au laser sur les fumées de l’incinérateur de Saint-Ouen, Thierry Boutonnier, pour un programme d’assolement d’un quartier lyonnais, Valère Coste, pour la création d’une résidence d’artistes au cœur de la forêt équatorienne, Frédéric Pradeau, pour un purificateur d’eau de mer en céramique, Momoko Seko pour la reconstitution filmographique du cycle de vie d’une planète, Philippe Terrier-Hermann pour l’élaboration d’une mappemonde fondée sur des projections écologiques et politiques, le duo Piguet & Daniau, pour une chaîne de télé retransmettant en direct la fonte de la calotte glacière, et enfin, Marie Velardi, pour son label éco-publication. Un projet primé pour son implication sociale C’est finalement le lyonnais Thierry Boutonnier qui a reçu les faveurs du jury. Si la délibération semble avoir été difficile, Jean-Pierre Sicard, directeur de CDC Climat et co-président du jury explique ce choix par la forte dimension sociétale de ce projet d’assolement. Il s’inscrit en effet dans le cadre du réaménagement de l’entrée Est du Grand Lyon, au cœur du quartier Mermoz. L’idée : réaliser, en concertation avec les habitants, une pépinière urbaine, un pigeonnier, une riche et une bergerie. Comme l’explique le lauréat, « j’ai voulu prendre au mot les pouvoirs publics qui souhaitaient que la population s’enracine davantage dans le territoire. Chaque arbre que nous planterons sera donc parrainé par un habitant. Alors forcément, ce programme dépend de l’interaction avec les habitants. L’idée n’est pas d’amuser la galerie, mais vraiment, d’apporter une écoute différente. » Diplômé des Beaux-arts de Lyon, Thierry Boutonnier est un artiste polyvalent, « non spécialiste », qui observe son monde avec beaucoup d’ironie. Il s’est notamment mis en scène dans certaines de ses performances, en expliquant les objectifs de la production laitière aux vaches, la prévention de la grippe aviaire aux poules, ou encore la chaîne de transformation du porc aux cochons. Connaissant ses subtiles impertinences, Lorenzo Fiaschi, le directeur des galeries d’art Galleria Continua et membre du jury, l’avoue : « nous sommes curieux de voir comment son projet se concrétisera. »
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