|
Environ deux millions de personnes ont participé, le 20 janvier, à la cérémonie d’investiture du nouveau président des Etats-Unis. Organisé avec le concours de l'Environmental Protection Agency, l’évènement symbolisait la nouvelle politique américaine en matière d’environnement. Nourriture bio, voituriers chargés de récupérer les vélos des participants, ampoules basse consommation, vaisselle jetable, compostable ou biodégradable…. Même les deux bals ont été rebaptisés "Green Inaugural Balls", en raison de leur empreinte « zéro carbone ». Au-delà de l’aspect symbolique, cette investiture marque un véritable tournant dans la prise en compte de l’environnement par la présidence américaine. Dans son plan de relance de l’économie présenté le 8 janvier dernier, Barack Obama a annoncé plusieurs mesures d’envergure, que certains qualifient déjà de « new deal vert », en référence à la crise de 1929. Lors de la campagne, le candidat démocrate s’était déjà engagé à mettre en place un marché carbone, promettant qu’une partie des revenus dégagés seraient prélevés pour financer le développement de nouvelles technologies vertes pour la production d'énergie. « Au cours des 10 prochaines années, nous investiront 150 milliards de dollars dans les énergies renouvelables et dans l’ébauche d’un nouveau réseau électrique », pouvait on lire dans son programme. A l’instar de l’Union européenne, le nouveau président s’est engagé à fixer un objectif de 25% de production d’électricité d’origine renouvelable d’ici 2025, et à améliorer l’efficacité énergétique du pays de 50% avant 2030. Depuis son élection, d’autres mesures ont été annoncées : doubler d'ici à trois ans la production d'énergies renouvelables et améliorer l'efficacité énergétique de deux millions de logements (sur les 110 millions que comptent les Etats-Unis). Par ailleurs, 75 % des immeubles occupés par son gouvernement seront rénovés pour améliorer leur performance énergétique. Ces mesures manquent cependant d’ambition pour le camp démocrate, qui a demandé de porter de 2000 à 5000 dollars le crédit d'impôt accordé aux constructions neuves , sur des critères de performance écologique, et de se concentrer sur les foyers les plus modestes.
Annulation des certaines décisions prises par Bush
Le futur président pourrait annuler une mesure prise par le gouvernement Bush qui empêche la Californie de demander aux constructeurs automobiles de réduire les émissions de CO2 de leurs véhicules. Les mesures visant à autoriser des forages gaziers et pétroliers dans l’Utah pourraient aussi être remises en cause.
Soutien des entreprises
S'agissant du marché carbone, le nouveau président devrait avoir le soutien de certaines grandes entreprises. L'US Climate Action Partnership, (branche américaine de l'International Carbon Action Partnership), qui regroupe notamment General Electric, BP America, et les trois grands fabricants automobiles, s'est prononcé en faveur d'une réduction de 80% des émissions de GES par rapport aux niveaux de 2005 d’ici 2050, grâce à la mise en place d'un marché carbone. Ces entreprises ont proposé au Congrès une loi comprenant des objectifs plus ambitieux que ceux annoncés par Barack Obama, qui propose ue réduction de 80% par rapport à 1990. Les émissions de GES aux Etats-Unis ont en effet augmenté de 15% entre 1990 et 2005.
D'autres entreprises américaines ont appelé à de nouvelles réglementations environnementales : Nike, Sun Microsystems, Starbucks, Timberland et Levi Strauss se sont associés au Ceres (réseau d'investisseurs responsables), pour demander une législation plus stricte en matière de climat. Appelé "Business for innovative climate and energy policy" (BICEP), ce groupe défendra auprès de la Maison blanche huit mesures (fixer un objectif de réduction des gaz à effet de serre de 25% en 2020 et 80% en 2050, développer les énergies renouvelables et les technologies de stockage du carbone, supprimer les subventions aux énergies fossiles, mise en place d’un marché carbone, suppression des centrales à charbon d'ici 2030…). Les entreprises du BICEP soulignent en effet que « le réchauffement climatique nuira à leur activité économique ». Création d'emplois verts
Outre l'impact climatique, Barak Obama attend de son plan et des investissements dans les technologies vertes la création de 3,5 millions de nouveaux emplois, dont il assure qu’ils seront « bien mieux payés que le salaire moyen ». En récession depuis un an, les Etats-Unis ont perdu plus de 2 millions d’emplois et connaissent un taux de chômage officiel de 6,7 %, certainement plus élevé en réalité. La croissance verte, qui s’appuie aussi sur des économies d’énergie, constitue l’un des leviers principaux du plan Obama, qui, au-delà des attentes du pays, envoie un signal à la scène internationale. La position des Etats-Unis sur le réchauffement climatique sera en effet déterminante lors des prochaines négociations, prévues en décembre 2009 à Copenhague. Lors de la conférence de Poznan, en décembre dernier, le président a pour la première fois évoqué des objectifs chiffrés, envisageant une réduction des émissions de GES pour son pays de 15% en 2020 et de 80% en 2050.
|