Rio+20 : quel avenir veulent-ils ?

Planète \Rio+20

Publié le 21-06-2012

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Un texte qui se contente de lancer des processus mais ne prend aucune décision ni engagement précis, et en recul sur certains points par rapport au sommet de 1992. C'est en substance l'analyse de nombreux observateurs, tandis que les ONG évoquent de leur côté l'échec d'une négociation sans vision pour l'avenir de la planète.

Economie verte développée grâce à des partenariats public/privé et s’appuyant sur les initiatives volontaires des entreprises via le Global Compact, avec tout de même un paragraphe encourageant le reporting extrafinancier des entreprises et reconnaissant l’intérêt d’évaluer les pratiques responsables des entreprises… Le texte présenté par le Brésil est jugé par beaucoup comme « assez faible », voire « totalement en faveur du marché » comme le déplore le CCFD. A Rio, les débats portent davantage sur le développement économique que sur la préservation des ressources naturelles… Si les pays émergents sont venus témoigner dans les nombreux side events sur leurs innovations en faveur de l’environnement, ils refusent toute contrainte multilatérale, la lutte contre la pauvreté justifiant selon eux l’approche centrée sur la croissance. L’Europe semble par ailleurs isolée, seule à défendre des convictions, et affaiblie par le contexte de crise financière évoqué mardi lors du G20 qui s’est déroulé au Mexique. Elle a dans un premier temps  bloqué le processus de négociations pour dénoncer le manque de références aux Objectifs du développement durable et à la gouvernance mondiale de l’environnement.

L'Europe isolée

 Pour Tancrède Voituriez, directeur du programme gouvernance de l’IDDRI, « l’Europe a perdu la bataille conceptuelle sur l’économie verte et a fédéré – jusqu'à la dernière minute – les oppositions contre elle. Elle est devenue l’ennemi ».  A l’opposé de la vision européenne, le Canada a retiré ses engagements, tandis que les Etats-Unis ont cherché eux aussi à obtenir une version a minima du texte. De fait le nouveau texte n’est pas satisfaisant pour l’Europe. La réforme institutionnelle défendue par la France notamment, qui souhaite la création d’une « Organisation mondiale de l’environnement » n’a pas trouvé d’écho auprès des pays émergents, qui craignent une perte de souveraineté et une forme de dumping environnemental.

C’est finalement un renforcement du Programme des Nations Unies pour l'Environnement qui a été acté, dont le nombre de pays participants passerait à 153, au lieu d'une vingtaine aujourd'hui. S’agissant des financements de la croissance verte et des transferts de technologies nord/sud, ils sont renvoyés à des négociations ultérieures. La définition des nouveaux objectifs de développement durable, qui doivent succéder aux Objectifs du millénaire pour le développement dont l'échéance arrive en 2015, constituent en revanche une avancée, même si le contenu n'est pas encore défini. Enfin le déploiement de « systèmes de production et consommation durables », déjà inscrit dans le texte du Sommet de Johannesbourg en 2002, bénéficie d'une décennie supplémentaire pour permettre aux Etats de remplir ces objectifs...


Jean Pierre Thébault, ambassadeur délégué à l’Environnement, chef de la délégation française à Rio, livre une analyse plus optimiste du texte final : le concept d’une économie verte et équitable est reconnu, de même que les objectifs de développement durable, et l'affirmation qu’il n’y a pas de développement économique possible sans prise en compte de critères de durabilité. Par ailleurs Jean Pierre Thébault souligne que la représentation de la société civile dans la gouvernance figure dans le texte, une mesure obtenue grâce à l'Europe. De même le pilier social a été repris en mentionnant la notion de "socle de protection sociale", défendu par l’OPIT et l’OMS – socle qui signifie l’accès aux services essentiels et aux transferts sociaux pour les plus pauvres et les plus vulnérables-.

Mercredi soir, François Hollande soulignait « les avancées réelles du sommet » : une feuille de route pour les objectifs de développement durable, le renforcement du PNUE, la protection des océans, l’économie verte et l’accent mis sur la pauvreté et le social. Il a néanmoins pointé les insuffisances du texte, « en dessous de nos responsabilités et de nos attentes », notamment sur l'échec des discussions concernant la création de l'Organisation mondiale de l'environnement. Le président a également évoqué « trois objectifs pour Rio » : l’accès plus équitable et plus universel aux énergies renouvelables, la sécurité alimentaire et la lutte contre l’accaparement des terres dans les pays du sud et le soutien à l’économie verte et à l’économie sociale et solidaire.

Le droit à l'eau supprimé

Parmi les deceptions des ONG, la référence à la résolution onusienne de Juillet 2010, qui consacrait l’accès à l’eau et à l’assainissement comme un « droit humain », (cinq paragraphes étaient consacrés au droit à l’eau dans la version initiale) a été supprimée du texte. Dans ce domaine comme dans d’autres touchant aux services essentiels, deux approches, celle du bien commun et celle de la privatisation, continuent à s’affronter. Déjà, lors du Forum mondial de l’eau qui s’est déroulé à Marseille en mars dernier, les ONG se félicitaient que l'accès à l'eau potable et à l'assainissement ait été reconnu comme un droit de l'homme par l'ONU, mais doutaient des volontés politiques pour permette concrètement la mise en œuvre de ce droit.


Un accord trouvé sur les océans

L’avenir des océans est un des thèmes retenus pour Rio+20. La question figurait dans le draft zéro et la version finale a conservé la nécessité de mettre en place une gouvernance internationale de la haute mer. Cette structure doit servir de base de coopération nationale, régionale et internationale pour encourager la préservation et l’utilisation durable de la biodiversité marine dans les zones au-delà des juridictions nationales. L’importance d’une économie bleue a été reconnue comme un moyen d’atteindre les objectifs de l’économie verte (éradication de la pauvreté et développement durable) : croissance économique durable, sécurité alimentaire, emploi et conditions de travail décentes, protection de la biodiversité et adaptation au changement climatique.

Le marché et la croissance

Pour Antonio Manganella, chargé de plaidoyer pour la responsabilité des multinationales au CCFD-Terre Solidaire et membre de la délégation française, le texte en négociation « fait l’apologie du marché et de la croissance comme seule voie de développement ». « On y présente l’inclusion du secteur privé dans la gouvernance et dans la coopération internationale comme une solution miracle, et le partenariat public-privé est mis en avant avec arrogance, même par des pays, comme la France, qui en ont déjà constaté les limites ».
Les ONG déplorent également le fait que la responsabilité des entreprises ne soit évoquée que sous forme d’encouragement aux initiatives volontaires telles qu’elles existent au sein du Pacte Mondial. Le CCFD rappelle que l'ONU a publié un rapport d'évaluation sur le rôle et le fonctionnement du Pacte mondial, dix ans après sa création. Le bilan n’était pas bon, puisque le rapport faisait état de « résultats peu clairs et de risques sérieux » et d’un processus d'adhésion « pas assez sélectif ».« La mention au Pacte Mondial est d’autant plus étonnante que les Nations unies ont adopté en 2011 les Principes directeurs relatifs aux droits de l’Homme et aux sociétés transnationales», souligne Antonio Manganella.

La faiblesse du texte tient également au « langage diplomatique » utilisé  et à l’emploi de  formules telles que « nous encourageons », « nous soutenons », etc. « Alors que des mots plutôt faibles ont été supprimés, les diplomates pratiquent maintenant la langue de bois… Et utilisent des formules alambiquées comme ‘engagés à réaliser progressivement’ ou font de nombreuses promesses de ‘reconnaître’ les problèmes et leurs solutions », observe Jim Leape, Directeur général du WWF International, qui ajoute : « Il est maintenant temps pour les leaders mondiaux de prendre le développement durable au sérieux et surtout de sauver ce processus de négociation. S’ils approuvent ce qui est actuellement sur la table sans y apporter de changements significatifs, ils condamnent la conférence Rio+20 au ridicule. »
Le document, intitulé « L’avenir que nous voulons », doit maintenant être ratifié par les 193 pays membres des Nations unies, le 22 juin. Jean Pierre Thébault estime qu'il "reflète les positions de la communauté mondiale et qu'il constitue un nouveau départ pour relancer la dynamique du développement durable, trop peu soutenue par les Etats".


Véronique Smée
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