Ce qui se joue à Rio

Planète \Rio+20

Publié le 11-06-2012

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A quelques jours de la Conférence des Nations Unies sur le Développement Durable, l'ambiance n'est pas à l'optimisme. « Rio+20 va être difficile » et il existe un « risque d'échec », a admis François Hollande lors de la réunion du Club France Rio+20 le 8 juin. Un scepticisme partagé par les observateurs et ONG. Faut-il pour autant déjà dénoncer un sommet pour rien ? Décryptage de ce qui se trame à Rio.

Les sujets

L’Economie verte

C’est LE sujet qui fâche et pourtant il est au centre des négociations de ce sommet qui doit discuter de l’économie verte « dans le cadre du développement durable et de l’éradication de la pauvreté ». Problème : le concept n’a pas de réelle définition. Les rapports se sont multipliés sur le sujet (PNUE, OCDE, Banque mondiale, etc.) mais « il y a autant de définitions que d’institutions » déplore Maxime Combes, membre d’Attac. Dans le dernier document sorti des négociations préparatoires, aucun accord n’a d’ailleurs été trouvé concernant le paragraphe sur l’économie verte.
Le concept, poussé par les pays occidentaux et notamment l’Europe qui y voit une possibilité de solution à la crise, est regardé avec méfiance -voire défiance- par les pays du Sud qui y voient, eux, un concept impérialiste, une façon détournée d’établir de nouvelles barrières commerciales en leur défaveur. En octobre, le Brésil a d’ailleurs voulu abandonner le thème de l’économie verte…« Derrière l’économie verte se cache le sujet commerce », souligne ainsi l’IDDRI. Car qui dit politique développement durable dit soutien public. Et conflits potentiels devant l’OMC…
Pour les altermondialistes, l’économie verte n’est également que le cheval de Troie d’une marchandisation plus poussée de la nature, comme le dénonce Attac dans son récent livre « La nature n’a pas de prix ; les méprises de l’économie verte ». Le sujet sera largement débattu au Sommet des peuples qui se déroule en marge du Sommet officiel.
Pour mieux rendre compte d’un nouveau modèle économique, de nouveaux indicateurs de richesses, devraient également être discutés pour compléter le PIB, tel que l’Indicateur de Richesse Inclusive qui considère le capital humain, naturel et productif.

Les objectifs de développement durable

Pour contrer le thème de l’économie verte, la Colombie et le Guatemala ont mis sur la table des négociations la définition d’objectifs de développement durable (ODD) qui agrègent un large consensus au sein de la communauté internationale. De fait, c’est « la seule vraie chose à se mettre sous la dent » à Rio+20 selon la présidente de l’IDDRI. Ceux-ci sont destinés à devenir des « éléments centraux du cadre du développement mondial » selon le secrétaire de l’ONU Ban-Ki-Moon et à remplacer les Objectifs du millénaire qui avaient pour cible l’horizon 2015, mais les ODD ne seront pas seulement destinés aux pays pauvres sinon à l’ensemble de la planète. Rio+20 devrait surtout entériner leur principe et servir de base de négociation à la définition des objectifs qui porteraient sur la sécurité alimentaire, l’accès à l’énergie, les océans, ou l’accès à l’eau.

La Gouvernance mondiale de l’environnement

Du sommet de la Terre, à Rio en 1992 était née la commission du développement durable des Nations unies pour assurer le suivi de la conférence. 20 ans plus tard, difficile de faire un autre constat que celui de son inefficacité. D’où sa possible remise en cause à Rio+20.
L’Europe et l’Afrique voudraient aussi transformer l’actuel PNUE, en Organisation mondiale de l’environnement. Créé en 1972, le programme des Nations Unies pour l’Environnement dont le rôle est d’évaluer l’état de l’environnement et de développer des instruments nationaux et internationaux pour le protégé reste  une bonne source d’information mais sa capacité d’action est limitée. Une OME qui ferait jeu égal avec l’OMC (organisation mondiale du commerce) ou l’OIT (organisation mondiale du travail) a cependant peu de chance de voir le jour sachant qu’elle est farouchement combattue par les Etats-Unis, le Canada, la Russie ou l’Inde. Deux autres solutions sont à l’étude : un renforcement du PNUE dans sa structure actuelle, mais avec le même mandat, ou alors la création d’une sorte de haut commissariat qui aura une capacité à intervenir dans les grandes catastrophes écologiques.

Les océans

C’est l’un des points sur lesquels on pensait pouvoir avoir quelques avancées mais les paragraphes sont encore très discutés.

La sécurité alimentaire

Le sujet reste abordé de façon très général dans le dernier texte en circulation. Il est apparemment dé-corrélé du thème de l’économie verte mais on ne sait toujours pas quelle place occupe l’agriculture durable.

La méthode

Quelle place pour la société civile ?

Elément essentiel de la mobilisation citoyenne, la société civile est souvent cantonnée au rôle d’observateur des négociations onusiennes. On se souvient de leur éviction lors du sprint final des négociations de Copenhague en 2009 (voir article lié). De fait certaines personnalités de la société civile ont annoncé qu’elles ne se rendraient pas à Rio. C’est notamment ce qu’a décidé Nicolas Hulot qui a expliqué ne pas vouloir « participer à ce qui est seulement de la posture ».
Pour la ministre de l’Ecologie française, Nicole Bricq : « l’enjeu est d’obtenir que les parties prenantes n’aient pas qu’un simple rôle d’observateur ». Cela sera-t-il le cas ? Cette fois, le « Draft zéro », document destiné à servir de base aux négociations, a pris en compte en amont les contributions des Etats mais aussi de l’ensemble des parties prenantes. En France, le collectif Rio+20 (collectif-france.rio20.net/ 50 associations) ou le Club France Rio+20 (collectivités locales, entreprises, associations) ont ainsi transmis leurs propositions. Cependant, la société civile reste absente des négociations préparatoires. Aussi, sous l’impulsion du Brésil, une initiative inédite – « les dialogues de Rio »- à été prise pour « jeter un pont entre le travail de la société civile et celui des autorités gouvernementales ».  Grâce à une plateforme en ligne,  plusieurs groupes de travail regroupant universitaires, ONG, scientifiques, etc. ont travaillé sur 10 thèmes (eau, villes, forêt, le développement durable comme solution à la crise économique et financière…) sur lesquels le grand public peut désormais voter. Après d’ultimes débats qui se dérouleront entre experts et société civile lors des « sandwichs days » du 16 au 19 juin, 3 recommandations sur chacun des 10 thèmes seront transmises au Sommet des chefs d’Etat. Si l’initiative de démocratie en ligne est « intéressante pour prendre le pouls de la société » selon l’IDDRI qui y a pris part, elle reste « limitée » et largement perfectible selon l’Institut qui s’interroge notamment sur sa légitimité. Pour les membres du Sommet des peuples, c’est un euphémisme. Dans une lettre ouverte, ils ont expliqué leur refus de participer aux Dialogues pour le développement durable (DDS), au vu de la méthode qui « ne correspond pas à la dynamique de dialogue que nous souhaitons faire avancer. La proposition du haut vers le bas, le gouvernement brésilien ayant choisi les thèmes, les participants et les facilitateurs, indiquant de façon claire que les dialogues et leurs résultats seraient contrôlés par le gouvernement »

2 Sommets, 2 visions

En marge du Sommet officiel, le Sommet des peuples  se déroulera du 15 au 23 juin. Lieu d’intenses débats entre ONG du monde entier sur les « causes structurelles de la crise actuelle de la civilisation », il doit en sortir une déclaration alternative à la conférence onusienne. « L'ordre du jour prévu pour Rio +20 officiel - la soi-disant «économie verte» et les institutions mondiales - est considérée comme insatisfaisant pour faire face à la crise de la planète, causée par les modèles de production capitaliste et de la consommation », précise ainsi le site internet du Sommet des peuples. « Le rapport de force s’est extrêmement dégradé au détriment de la société civile. Le sommet des peuples est le seul espace de libre expression pour celle-ci », estime ainsi Maxime Combes, qui participe au Sommet des peuples. Selon les Nations Unies cependant, « 799 ONG et autres grands groupes » ont été accrédités pour la conférence officielle.

Les rapports de force entre Etats

Ce que souhaite François Hollande pour Rio+20

Après avoir réuni les dirigeants de tous les grandes formations politiques pour préparer le sommet de Rio+20, le président de la République a dévoilé ses attentes et ses craintes lors d’un discours prononcé devant le Club France Rio+20 le 8 juin. « Nous attendons des actes, non pas demain mais aujourd’hui, qui devront faire naître un autre modèle de développement », a-t-il déclaré. Trois objectifs sont prioritaires : un accès plus équitable et plus universel aux énergies renouvelables, l’assurance d’une sécurité alimentaire passant par une agriculture durable et un soutien à l’économie verte (ce qui englobe l’économie sociale et solidaire) « Nous avons une obligation de réussite » estime-t-il. Cependant, le pari est loin d’être gagné : « il y a le risque de paroles prononcées et qui ne se retrouveront pas dans des actes, un risque de division entre pays développés, pays émergents et pays pauvres. Le risque aussi de l’échec. Parce qu’il peut y avoir d’autres urgences, parce que le monde est aujourd’hui tourné vers la crise économique, financière, et qu’il est aussi inquiet d’un certain nombre de conflits comme celui de la Syrie. On se détournerait facilement de ce qui est pourtant l’urgence majeure, celle de l’environnement ». 

La question de l’économie verte, conflictuelle, a sans doute « renforcé le caractère traditionnel de la division Nord/Sud », estime Tancrède Voituriez, directeur du programme gouvernance à l’IDDRI. Cependant Rio+20 devrait être dominé par un axe Chine/Brésil, avec une Europe qui gravite autour…Les Etats-Unis restent eux relativement à l’écart.

Les moyens

Quels seront les moyens mis en œuvre pour l’application des éventuelles décisions ? Depuis ces dernières années, les fonds destinés à l’environnement se sont multipliés, mais il n’est pas sûr que la segmentation des financements qui en résulte soit efficace. Certains, comme le fonds vert mondial décidé lors de la conférence de Copenhague pour financer le développement énergétique des pays pauvres et l’adaptation au changement climatique des pays les plus vulnérables, peinent à débloquer l’argent nécessaire. Parallèlement, face à la baisse constante des aides publiques au développement qui semble se prolonger pour des années encore, la question des financements innovants fera de nouveau l’objet de réflexions.

Le 13 juin, le jour d'ouverture de la troisième et dernière session du Comité préparatoire de la Conférence de Rio+20, le G77 -qui regroupe la plupart des pays en développement et la Chine - a pour sa part proposé de créer un fonds de 30 milliards de dollars par an pour financer le développement durable.

Le contexte 

« Rio n’a pas de grands ennemis. Mais il n’a pas de grands amis son plus », souligne Laurence Tubiana, la directrice de l’IDDRI. Traduction : il risque de ne pas se passer grand-chose. 130 chefs d’Etat sont attendus mais plusieurs –et pas des moindres- manquent à l’appel : le président américain Barack Obama (qui enverra finalement la secrétaire d'Etat Hilary Clinton), la chancelière allemande Angela Merkel et le Premier ministre britannique David Cameron entre autres. « Nous ne sommes pas dans le concours de beauté de Copenhague », résume ainsi Laurence Tubiana. Le président français François Hollande sera lui de la partie, accompagné par la ministre de l’environnement Nicole Bricq et le ministre délégué au développement Pascal Canfin. Comme plusieurs autres cependant, il devrait être présent les 2 premiers jours, ce qui laisse planer le doute sur une éventuelle déclaration de chefs d’Etat en fin de sommet.
Autre sujet de préoccupation : le calendrier politique. Le sommet suit de près le G20, qui se déroulera au Mexique du 18 au 19 juin. Or, le principal sujet de communication, porté par le président mexicain Felipe Calderon, est « la croissance verte ». Un thème qui ressemble étrangement à celui de « l’économie verte » porté à Rio+20. De nombreux observateurs et pays du G77 craignent une négociation préalable entre puissants qui serait par la suite imposée à Rio. « On risque de voir s’institutionnaliser le dialogue parallèle qui s’était déroulé au finish de Copenhague », souligne ainsi Maxime Combes.

Béatrice Héraud
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