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L'aquaculture peut-elle devenir durable ?

Planète \Ressources naturelles \Pêche

Publié le 02-11-2011



Le secteur de l'aquaculture connait l'essor le plus rapide de tous les secteurs de l'industrie agro-alimentaire et couvre aujourd'hui près de la moitié de la demande mondiale en poisson. Encore vantés il y a peu comme une «révolution bleue» capable de remédier à la surpêche, les élevages de poissons, de crevettes et de fruits de mer connaissent les mêmes dérives que l'agriculture intensive.

«Le grand loup». Tel est le surnom en Norvège de John Fredriksen, première fortune du pays et principal actionnaire de Marine Harvest, le plus grand éleveur de saumon au monde. Ses fermes sous-marines situées au large des côtes chiliennes sont l’exemple le plus extrême des dérives que peut connaitre le secteur de l’aquaculture : conditions de travail exécrables, salaires minimes pour risques maximales, abus d’antibiotiques dans les élevages, risques sanitaires pour le consommateur, dégradation de la faune marine locale...la liste des impacts sociaux et environnementaux est longue. Le tout est pourtant cautionné par la WWF, cette dernière ayant scellé un partenariat avec Marine Harvest afin de la «conseiller» dans le développement d’une aquaculture plus durable... « Marine Harvest s’est acheté une conscience verte » critique à ce sujet Wilfried Huismann, journaliste et réalisateur allemand, qui dévoile dans son documentaire «Salmonopoly» les agissements de la société norvégienne (voir interview lié).

52,5 millions de tonnes en 2008

Qu’un investisseur comme Fredriksen, qui possède la plus grande flotte de pétroliers au monde et qui n’a donc a priori rien à voir avec l’élevage de poissons, s’intéresse à l’aquaculture montre assez les perspectives offertes par l’expansion prodigieuse du secteur. Selon les chiffres de la FAO, l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture, la production mondiale issue de l’aquaculture est passée de moins de 1 million de tonnes en 1950 à 52,5 millions de tonnes en 2008, soit une croissance trois fois plus rapide que la production mondiale de viande sur la même période. En valeur, la production mondiale de l’aquaculture, à l’exclusion des plantes aquatiques, était estimée à 98,4 milliards de dollars en 2008. L’Asie assure près de 89% de la production aquacole mondiale en volume, et près de 78% en valeur en 2008. La Chine représentait à elle seule 62,3% de la production aquacole mondiale en volume, et 51,4% en valeur. Seulement, comme le montre l’exemple de Marine Harvest, le coût social et environnemental reste de trop grande ampleur pour un avantage économique que seuls les investisseurs sont en mesure de retirer.

L’aquaculture s’enliserait-elle alors dans les mêmes dérives que l’agriculture intensive ? La FAO observe à ce stade un changement de stratégies au Chili après les ravages du virus AIS (anémie infectieuse du saumon) qui a contaminé près de la moitié de la production nationale de saumon. Conséquence d’un élevage intensif ignorant tous principes de précaution, le virus a trouvé dans les fermes sous-marines chiliennes un terrain propice à sa propagation. « Le secteur se remet lentement et avec difficulté de cette catastrophe, en intensifiant les efforts de recherche et de meilleure gouvernance. L’accessibilité des marchés à l’exportation se réduit, et on assiste ainsi à la promotion des marchés locaux et régionaux, plus spécialement pour écouler les produits des petits producteurs », note la FAO dans son étude sur la situation mondiale des pêches et aquacultures.

Vers des marchés régionaux ?

Cette régionalisation de l’industrie du poisson, et donc de l’aquaculture, semble s’étendre lentement dans le monde (la situation est similaire dans les pays asiatiques producteurs de crevettes) et se retrouve également dans un pays consommateur de poissons comme l’Allemagne. « Nos entretiens avec les distributeurs et grossistes du poisson nous montrent combien les consommateurs s’intéressent aux produits régionaux », relève Sabine Wedell, organisatrice du salon Fish international qui se tient annuellement dans la ville hanséatique de Brême. « Ils sont de plus en plus à la recherche de produits respectant les standards sociaux et environnementaux. C’est pourquoi nous allons dans notre prochaine édition de 2012 mettre l’accent sur les poissons issus d’élevages régionaux ». Berlin se montre sensible aux nouveaux enjeux de l’industrie allemande du poisson puisqu’il vient de débloquer des fonds pour financer toute une série de programmes de recherches liés à l’aquaculture en mer du Nord et en mer Baltique. Financement d’un programme de recherche sur les protéines de pommes de terre en remplacement de la farine de poisson, centre de recherche sur l’aquaculture, promotion de technologies vertes, création de parcs aquacoles sous les éoliennes, la palette se révèle aussi large que variée. Reste à savoir si ces mesures sauront amorcer les contours d’une pêche raisonnée et durable et dans combien de temps.

Claire Stam à Francfort (Allemagne)
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