Guyane : vers une exploitation plus durable des ressources

Planète \Ressources naturelles

Publié le 24-08-2011

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En Guyane, plusieurs secteurs d'activités veulent rendre leurs pratiques plus responsables. Focus sur les initiatives dans les secteurs du bois, de l'or et lde a pêche.

On oublie un peu trop souvent ce morceau de territoire à l’autre bout du monde. La Guyane, logée entre le Surinam et le Brésil, est pourtant le plus grand département français avec une superficie de plus de 86 504km²*soit l’équivalent d’un huitième de la France métropolitaine. La Guyane, riche en ressources naturelles, avait besoin de garde-fous concernant leur exploitation. Ainsi, plusieurs secteurs tentent aujourd'hui de se démarquer en mettant en place des systèmes de certification pour une exploitation durable des ressources.

Le bois, à la conquête de l’exportation

Avec 8 millions d’hectares, dont 2,4 millions consacrés à l’exploitation forestière, le bois constitue un immense enjeu économique. Et pourtant, si une « charte de l’exploitation à faible impact » existe, la forêt guyanaise n’est toujours pas certifiée (voir article lié). Résultat ? Le bois guyanais ne sert actuellement que de bois d’œuvre pour le marché local où il subit la concurrence grandissante du bois brésilien dont la main d’œuvre est beaucoup moins chère. La certification (PEFC ou FSC certifiant une gestion durable de la forêt) pourrait permettre au bois guyanais de s’exporter et d’augmenter sa plus-value. D’autant qu’avec le Grenelle 2, les exigences d’éco-certification deviennent indispensables pour que l’ONF puisse bénéficier des aides européennes.

Courant 2012, 2,4 millions d’hectares de forêt guyanaise devraient être certifiées PEFC (Programme for the Endorsement of Forest Certification), un système de certification élaboré par les acteurs européens. Le système FSC (Forest Stewardship Council) est néanmoins plus adapté et plus utilisé dans le secteur des bois exotiques. Mais il est aussi plus exigeant en matière de responsabilité sociale et environnementales. Il prend ainsi en compte la conservation des usages actuels par les peuples autochtones. Là encore, la concertation, plus compliquée,  a déjà commencé si bien que le processus devrait être finalisé courant 2012.

Certifier la pêche à la crevette pour relancer le secteur

La menace des forages offshore

En mars dernier la Préfecture de Guyane a donné une autorisation de forage au groupe britannique Tullow Oil. L’objectif ? Trouver du pétrole au large de la côte guyanaise. Le groupe a néanmoins précisé que la probabilité de succès de cette opération n’était que de 20%. Alors que le spectre de Deepwater Horizon plane encore, les associations environnementales telles que Guyane Nature Environnement dénoncent cette décision de faire courir un risque au littoral pour une probabilité de succès si faible (voir article lié). D’autant que la plateforme, située à 150 km des côtes guyanaises, ne remplit pas selon eux tous les critères de sécurité.

Au-delà de la richesse de la forêt, la côte guyanaise, recouverte en grande partie par la mangrove, constitue aussi une valeur inestimable. Mais depuis que la pêche à la crevette s’est développée sur le littoral, un vrai problème menace toutes les espèces marines. En effet, les filets utilisés emprisonnent tout sur leur passage. « Pour un kilo de crevettes, le filet ramène en moyenne 9 kg de pêches accessoires parmi lesquels des poissons qui n’ont aucune valeur économique pour les crevettiers et des tortues marines qui viennent pondre sur les côtes deux mois par an », explique Tony Nalovic, biologiste des pêches (voir article lié). Les pêcheurs guyanais ont pris conscience de ce problème et entendent bien le solutionner au plus vite. Ils se sont d’abord équipés d’un dispositif importé des Etats-Unis, le TED (Turtle Excluder Device) afin de permettre aux tortues de s’extraire du filet. Puis, dans le cadre d’un programme collaboratif avec le WWF et l’Ifremer, ils ont souhaité aller plus loin et mettre en place une version améliorée, le T-TED (Trash and Turtle Excluder Device) qui permet de réduire de 25 à 40% le taux de pêches accessoires contre 6% pour le TED. « L’interprofession espère désormais valoriser son initiative par l’obtention du label MSC (Marine Stewardship Council) », explique Laurent Kelle, responsable du WWF Guyane. Et ainsi redynamiser une filière sur le déclin particulièrement fragilisée par l’aquaculture et la hausse du prix du carburant.

Lutter contre l’orpaillage illégal avec des filières tracées

Avec certaines filières économiques, tout ne se réalise pas aussi simplement. L’orpaillage en est l’exemple type. « L’orpaillage est une activité historique en Guyane, mais il faut à tout prix limiter la porosité entre filière légale et illégale et encourager les exploitants dans une démarche de traçabilité. », explique Romain Taravella, membre du bureau guyanais du WWF (voir article lié). Car l’activité est gangrenée par les orpailleurs illégaux qui mettent en péril la riche forêt guyanaise. Entraînant déforestation, pollution du milieu et intoxication des peuples autochtones au mercure, c’est pourtant une activité en pleine expansion. Selon le WWF, la surface d’action de l’activité illégale aurait triplé entre 2000 et 2008. Les autorités françaises ont ainsi mis en place, depuis 2008, l’opération « Harpie » afin de lutter militairement contre le phénomène. Pourtant les orpailleurs légaux, eux, dénoncent l’amalgame fait par l’Etat et les associations écologistes.

Avec la lutte contre l’orpaillage illégal, c’est aussi l’orpaillage légal qui est menacé. « Entre 2005 et 2006, sous la pression des associations écologistes, Guyane Nature Environnement en tête, les pouvoirs publics ont drastiquement réduit les reconductions et les attributions de permis d’exploitation. En 2009, il ne restait plus que six exploitants alors que nous étions une centaine en 2005 ! Du coup, la plupart de ceux qui ont perdu leur permis sont entrés dans l’illégalité en Guyane ou au Brésil », explique Gauthier Horth, président de la Fédération des opérateurs miniers de Guyane (Fedomg). Une concurrence rude pour l’orpaillage légal, qui doit respecter la réglementation stricte française, à savoir l’interdiction de l’utilisation du mercure et l’obligation de réhabiliter les sites fermés. Là aussi, la filière doit se démarquer en proposant un produit «  responsable ». Avec l’aide du WWF, une grille est en cours d’élaboration afin d’aboutir à une certification « or traçable et responsable », permettant de distinguer les orpailleurs locaux sur l’aval de la filière. Et de proposer ainsi une offre alternative à l’or illégal.

*source: ministère chargé de l'outre-mer

Pauline REY-BRAHMI
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