Le projet hydraulique Aqua Domitia controversé

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Publié le 25-10-2011

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CCC

Lancé fin septembre, le débat public sur le raccordement du réseau hydraulique languedocien à l'eau du Rhône ne devrait pas faire de vagues. Mais derrière l'apparente unanimité des usagers pour avoir plus d'eau, plusieurs voix, celles de scientifiques en particulier, pointent les limites, voire les incohérences du projet régional Aqua Domitia.

En Languedoc-Roussillon, l’eau est devenue une ressource rare. Trop rare, selon le Conseil régional, pour couvrir les besoins. Le projet hydraulique Aqua Domitia doit ainsi répondre à une augmentation des prélèvements régionaux d’eau, évaluée à 11% d’ici 2020. Le raccordement du réseau languedocien à l’eau du Rhône contribuerait par ailleurs à l’accueil de nouvelles populations et au développement du tourisme, et favoriserait une agriculture et une viticulture compétitives, explique Christian Bourquin, le Président du Conseil régional. Saisie sur le projet, la Commission nationale du débat public (CNDP) juge cependant nécessaire de lancer une consultation avec l’ensemble des acteurs.

« Demain, l’agriculture méditerranéenne sera irriguée ou ne sera pas »

Lors de la première réunion publique organisée par la CNDP le 27 septembre à Montpellier, collectivités et agriculteurs saluent un projet qui leur promet plus d’eau. Michel Pontier, représentant la Chambré régionale d’agriculture, enfonce le clou : « Demain, l’agriculture méditerranéenne sera irriguée ou ne sera pas ». Aujourd’hui 7% de la surface agricole régionale est irriguée. Pourtant, Thierry Ruf, géographe de l’Institut de recherche pour le développement (IRD), met en garde sur les conflits à venir : « Le débat sur Aqua Domitia doit tenir compte de l’écart phénoménal entre les promesses générales et les besoins potentiels ». En considérant par exemple que l’ensemble des 15 millions de m3 d’eau apportés par Aqua Domitia soient consacrés à l’agriculture, ils permettraient d’irriguer entre 2000 et 10 000 hectares selon les estimations. Soit environ 1% seulement de la surface agricole. Et l’agriculture est loin d’être le principal bénéficiaire. L’eau est aussi destinée aux collectivités du littoral, qui se trouvent sur le tracé des 130 Km de conduites prévues par Aqua Domitia.

Le Conseil régional promet donc beaucoup, mais il ne statue pas sur le partage de cette nouvelle ressource, qui représente seulement 2,3 % des prélèvements actuels. L’inquiétude est d’autant plus vive que rien n’est dit dans le projet sur le tracé et sur le financement des réseaux secondaires qui raccorderont l’adducteur aux usagers. Or, leur coût s’élèvera à 140 millions d’euros, soit autant que le projet lui-même. Le Conseil général de l’Hérault estime d’ailleurs que sans un soutien européen, soutien refusé jusqu’à présent, le département ne pourra pas financer ces raccordements secondaires. Et met en garde sur de « grands risques de voir l’eau injectée dans les tuyaux d’Aqua Domitia y stagner ou ne desservir que quelques usagers placés le long de l’ossature ». Thierry Ruf évoque, par ailleurs, la tournure clientéliste que pourrait prendre le projet. « Comment va-t-on choisir ? », s’interroge-t-il. En reprenant l’exemple agricole, il calcule que les hectares raccordés au réseau vont prendre une valeur considérable au regard du coût du raccordement.

Une politique de l’offre

Des associations locales de protection de l’environnement critiquent la logique du projet : « On manque d’eau ? On en importera. Cela coûte cher ? Pas de problème, c’est la collectivité qui paiera », résument-elles, regrettant que l’accent ne soit pas mis d’avantage sur la maîtrise des consommations. Car une telle politique de l’offre va à l’encontre des nécessaires économies à réaliser. Concernant l’évaluation à la hausse des besoins agricoles en raison des changements climatiques, les organisations écologistes déplorent que les mutations nécessaires vers une agriculture moins gourmande en eau ne soient pas envisagées et que la vision à court terme soit privilégiée. Ces associations s’inquiètent également « d’une logique basée sur la sécurisation de la quantité au détriment de la qualité ». En cause : la mauvaise qualité de l’eau du Rhône. Au point que le Cemagref (Institut de recherche pour l'ingénierie de l'agriculture et de l'environnement) demande des mesures pour réduire les risques sanitaires des usagers et s’interroge sur le respect des critères européens… Enfin, le mélange de l’eau du Rhône, polluée notamment aux PCB, aux ressources d’eau locales jusqu’ici préservées, est aussi une source d’inquiétude.

Un projet prévu au départ pour les catalans

À l’origine, Aqua Domitia n’était pas justifié par le seul approvisionnement régional. En 2008, George Frêche entreprend Aqua 2020, un adducteur dont le débit d’eau était dix fois supérieur au projet actuel. Ce projet pharaonique devait alimenter Barcelone avec l’eau du Rhône. Mais les Catalans ont refusé Aqua 2020 au profit d’une usine de dessalement de l’eau de mer, en raison de son coût mais aussi de leur souveraineté en matière d’approvisionnement.

Magali Reinert
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