Aux États-Unis, la sécheresse exacerbe la compétition pour l'eau entre agriculture et énergie
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Publié le 31-08-2012
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La sécheresse qui sévit cet été aux États-Unis rappelle aux Américains que leur recherche d'indépendance énergétique se fait au prix de beaucoup d'eau. Les conflits se sont multipliés ces deux derniers mois entre les secteurs de l'agriculture et de l'énergie, la pénurie d'eau obligeant ce dernier à réduire ses ambitions.
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« Est-ce que la sécheresse sera responsable de la prochaine panne de courrant ? ». Cette tribune publiée dans le New York Times cet été s’inquiète de la vulnérabilité de la production énergétique quand l’eau vient à manquer. « Toutes consommations confondues, nous utilisons plus d’eau pour le secteur de l’énergie que pour l’agriculture », souligne l’auteur, un chercheur de l’Université du Texas. La recherche de l'indépendance énergétique américaine demande en effet de l’eau, beaucoup d’eau. De la fracturation hydraulique à la production de biocarburants, la pression sur les ressources en eau destinées à l’énergie s’est accrue depuis une dizaine d’années. La production de carburants non conventionnels demande en particulier des milliers de mètres cubes d’eau. Pour les schistes bitumineux, il faut compter entre deux et quatre barils d’eau pour produire un baril de brut ; les sables devant en effet décanter dans l’eau pour libérer le pétrole. Les États-Unis produisent plusieurs millions de barils de ce pétrole par jour, nécessitant autant de dizaines de millions de barils d’eau. Mais c’est surtout la production de gaz de schiste qui a posé problème cet été. Plus de 500 000 puits ont été forés en dix ans dans tout le pays. Or, chaque fracturation nécessite l’injection sous pression de 15 à 20 000 m3 d’eau, un puit pouvant être fracturé une dizaine de fois.
Face au manque d’eau, des villes ont interdit la fracturation hydraulique
Avec la sécheresse estivale la plus sévère depuis 50 ans, les besoins en eau de cette industrie ne sont pas passés inaperçus. Certains États ont du prendre des mesures pour réduire ces activités. Au Texas, des villes ont interdit la fracturation hydraulique, alors que l’État du Kansas a limité l’approvisionnement en eau des sociétés de forages. Certains foreurs ont même acheminé l’eau par camions depuis des États moins touchés, voire creusé leurs propres puits (voir l’article du Monde ). Cette pression s’est faite au détriment des agriculteurs, qui ont notamment vu les ressources hydrauliques mises aux enchères - une pratique courante- leur échapper au profit des riches industries de forage. Certaines sociétés sont même allées monnayer directement l’eau des réservoirs agricoles auprès des exploitants. Autre volet de la politique énergétique américaine, les biocarburants ont aussi connu une expansion considérable. 40 % des cultures de maïs sont aujourd’hui dédiées à la production d’éthanol. Ce biocarburant a en effet bénéficié d’importantes subventions fédérales et d’une politique de quotas pour l’introduction de 10 % d’éthanol dans les carburants. Sous la pression de l’industrie de l’éthanol, l’agence de protection de l’environnement (EPA) avait même accepté en juin d’augmenter la proportion d’éthanol dans les carburants à 15 %. Or, la production de chaque litre d’éthanol nécessite plusieurs centaines de litres d’eau. Le pays produisant plusieurs centaines de milliers de barils d’éthanol par jour, là encore la facture hydraulique est salée.
Les producteurs de maïs pris en étau entre leurs plus gros clients
D’autant que les mauvaises récoltes estivales liées à la sécheresse ont exacerbé les conflits entre la finalité alimentaire ou industrielle des cultures. Trois gros secteurs de l’agrobusiness – les biocarburants, l’élevage et les maïsiculteurs – s’affrontent pour protéger leurs intérêts. Une coalition de producteurs de viande et de produits laitiers a ainsi lancé une pétition en juillet contre l’administration pour suspendre la politique de soutien à l’éthanol, au motif qu’elle porte préjudice aux éleveurs en faisant flamber les prix. Ce conflit a aussi pris des lignes géographiques, entre les États qui bénéficient des prix élevés de maïs comme l’Iowa et les États d’élevage comme le Texas. Les gouverneurs ont pris position en fonction des intérêts de leurs administrés aux deux Chambres fédérales. Quand aux producteurs de maïs, pris en étau entre leurs plus gros clients, ils avancent prudemment. Mais, nombre d’entre eux ayant des intérêts dans les raffineries d’éthanol, ils ne s’opposent pas aux mesures pro éthanol. La sécheresse a aussi rappelé que la politique américaine en faveur des biocarburants a des effets bien au-delà de ses frontières. Alors que les États-Unis exportent la moitié du maïs mondial, leurs choix d’approvisionnement se répercutent directement sur les marchés mondiaux. La flambée des prix du maïs de près de 50 % pendant l’été a ainsi conduit la communauté internationale à réclamer une diminution de la production d’éthanol, pour faire baisser les prix et augmenter les récoltes disponibles à l’alimentation. Les Nations Unies craignent en effet une nouvelle crise alimentaire mondiale, à l’instar de celle causée par la flambée des prix en 2008.
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Magali Reinert
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