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Dur moment pour le panda. Alors que le WWF (World Wilde Fund), dont il est l’emblème, doit célébrer en grande pompe ses cinquante ans sur les Champs Elysées en septembre, l’heure n’est pas à la fête au siège français de l’association environnementale. Après avoir essayé d’alerter la direction sur plusieurs problèmes salariaux et de management par le biais de différentes instances représentatives, le 24 juin dernier 57 salariés de l’ONG (1) envoyaient une lettre anonyme à leur présidente, Isabelle Autissier, demandant la démission du directeur général Serge Orru. Ils y exprimaient leur « profond mécontentement » et leur « exaspération » quant au management et aux « manquements éthiques et professionnels ne correspondant pas aux valeurs de l’ONG ». Les salariés y dénonçaient en particulier « l’utilisation du WWF France à des fins personnelles » et comme « marche pied d’une carrière politique » pour Serge Orru. Avant de préciser : « la crise et ses symptômes sont largement partagés par les salariés comme l’indique l’enquête de climat social du mois d’avril : absence de vision stratégique et donc absence de priorité d’actions, sentiment de perte de valeurs de l’ONG, démobilisation des salariés, rupture de la cohésion entre les différents échelons hiérarchiques, turn-over très élevé (25%), souffrance au travail… » Ces problèmes, évoqués au Comité d’entreprise et CHSCT, avaient d’ailleurs entraîné il y a environ un mois et demi le lancement d’une enquête dont les conclusions devraient être rendues prochainement. Et déclencher un processus de recrutement d’une personne en charge des ressources humaines. Mais l’accumulation des griefs a rendu nécessaire, aux yeux de certains salariés, une nouvelle action. Une structure qui doit se réformer ? La lettre était censée rester en interne. Elle a finalement fuité sur le site internet Rue 89, rendant la crise publique. Une façon de faire condamnée par la présidente Isabelle Autissier, qui s’est déclarée, dans une lettre, « choquée » et inquiète de l’image donnée auprès des donateurs, partenaires et institutions. Avant de prévenir : « je demande à tous la plus extrême réserve vis-à-vis de l’extérieur tant que ce dossier est en cours de traitement. En particulier, je considérerai la communication sur ces questions à la presse comme une faute grave ». Officiellement donc, la présidente est la seule à pouvoir s’exprimer sur l’affaire et aucun salarié n’a pris la parole publiquement. Contacté par Novethic, Serge Orru déclare qu’il considère les accusations portées dans les annexes de la lettre des salariés comme « diffamatoires » et qu’il s’exprimera « plus tard, quand la vérité sera révélée » En attendant, le conseil d’administration qui s’est tenu depuis a renouvelé sa confiance à son directeur général. « Nous avons enquêté sur les faits précis qui sont reprochés à Serge Orru mais certaines allégations sont extrêmement floues et pas loin d’être diffamatoires. Si des reproches peuvent être faits, nous n’avons rien trouvé qui pourrait justifier son renvoi. Concernant les autres problèmes -charge de travail, souffrance au travail, etc.- ma porte reste toujours ouverte aux salariés », déclare Isabelle Autissier. Derrière les accusations de la lettre, la présidente du WWF France, y voit d’ailleurs plus généralement une « crise de croissance et de maturité » de l’organisation qui « a grandit très vite, notamment depuis le Grenelle qui nous a mis beaucoup plus en vue. Nous sommes passés de 40 à 93 salariés, de 10 à 16 millions € collectés auprès de plus de 185 000 donateurs aujourd’hui.» Une montée en puissance très forte et dont la hiérarchie n’a sans doute pas tout de suite compris les problèmes pouvant en découler. « De manière subliminale, je crois que ce que les salariés voulaient exprimer également, c’est qu’ils soient davantage associés aux décisions, à la stratégie. Or aujourd’hui, c’est le CA qui détient ce pouvoir. Un audit organisationnel va donc être réalisé pour analyser cela. Et pour le plan d’actions 2012-2017, un premier jet circule déjà au sein du personnel pour qu’il puisse donner son avis. » Cela sera-t-il suffisant pour revenir au calme ? Le chemin sera sans doute long. Si le sujet est sur toutes les lèvres au domaine de Longchamp où siège la fondation, la lettre et la réponse de la direction qui a suivi ont montré les difficultés de dialogue qui restent à dépasser entre les deux parties. Une réunion de conciliation organisée le 5 juillet entre la direction et les salariés s’est bien tenue mais en la présence de Serge Orru... Et les réponses apportées ont laissé sur leur faim les salariés qui attendent une enquête approfondie sur les pratiques dénoncées. Par ailleurs, si de nouveaux départs sont encore à craindre suite à l’affaire, nombreux sont aussi ceux qui, attachés aux valeurs et aux missions de l’ONG, souhaitent désormais profiter de cette crise pour entamer une réflexion plus profonde sur la gouvernance et la stratégie du WWF. Très sollicitée par les medias et sur de nombreux fronts, l’ONG s’est en effet trop dispersée aux yeux de certains, s’éloignant de la volonté des donateurs et de la vocation première de conservation des espèces et de la nature. C’est donc toute une réflexion sur la structure mais aussi la stratégie de l’organisation qui semble devoir être menée. Une crise plus large D’autant plus que cette crise s’ajoute à des critiques de plus en plus fortes sur les liens entre l’ONG et les entreprises. Critiques dont la presse se fait l'écho depuis le début de l'année. En janvier, un article du Canard enchaîné dénonçait ainsi la multiplication des partenariats avec des industriels plus soucieux de verdir leur image que de sauver les pandas. Critiques reprises quelques mois plus tard par l’Express. « C’est la politique du WWF de trouver des leviers pour faire changer les choses et d’accompagner le changement, rétorque Isabelle Autissier. Et nous sommes hyper transparents sur nos 13 partenariats stratégiques à travers un bilan annuel où on analyse leurs points positifs et négatifs. Car cela ne nous empêche pas de critiquer les entreprises, c’est même ce qu’elles nous demandent ». D’ailleurs, pour la présidente de l’ONG, « le WWF France ne s’est jamais aussi bien porté » et enregistre de « nombreux succès » sur le terrain (pêche protectrice des tortues en Guyane, montée du bio dans les cantines, etc). Mais ces arguments sont loin de convaincre le journaliste Fabrice Nicolino, pour qui la situation délétère qui règne actuellement en France s’inscrit aussi dans un « climat de crise très profond au sein du WWF International, dont l’image s’écorne de tous les côtés ». Très critique sur l’organisation, dont il conteste les fondements mêmes, il en dresse un portrait au vitriol dans les pages de son dernier livre « Qui a tué l’écologie » (2). Il dénonce le « silence » du WWF France sur certains sujets comme les biocarburants (ou plus récemment les gaz de schiste), les liens de la fondation avec les transnationales, notamment par le biais de sa présence au sein des tables rondes sur le soja ou l’huile de palme responsable, mais aussi le fait que l’organisation a compté parmi ses rangs des personnalités au passé trouble -en lien avec l’Apartheid et le parti nazi, ou le Front national en France notamment-. Des accusations et critiques qui sont adressées depuis longtemps à l’ONG mais qui ont aussi ressurgi récemment de l’autre côté du Rhin avec un documentaire qui a fait beaucoup de bruit. Diffusé le 21 juin dernier sur la principale chaîne publique allemande (ARD), « Le Pacte avec le Panda » de Wilfried Huismann, accuse le WWF d’avoir contribué à chasser des groupes indigènes de Papouasie sous couvert de protection des forêts primaires, de compter dans ses rangs des promoteurs des OGM ou encore de dilapider l’argent issu des dons. Un « désastre en termes de relations publiques », commentait le Spiegel alors que les particuliers allemands sont de gros donateurs (environ 423 000 particuliers ont contribué à hauteur de 24,2 millions d’euros en 2009, selon le journal). D’autant que la réaction du WWF Allemagne, qui s’est dit « consterné » par ce film « tendancieux » et qui « comprend de nombreuses erreurs », a été très critiquée par la presse, notamment du fait de sa demande de rectification de la bande annonce du documentaire et de sa volonté –avant de se rétracter- de porter plainte contre le réalisateur. Aujourd’hui, le WWF allemand a créé sur son site une page dédiée au film avec des témoignages de collaborateurs du WWF, un forum de discussion autour du film et un texte de 6 pages qui répond point par point aux accusations du film et défend sa stratégie de « dialogue avec le monde économique » (tout en précisant qu’elle ne « coopère avec aucun groupe actif dans le génie génétique, Monsanto compris »). Au siège international, on minimise l’impact de ce documentaire « diffusé essentiellement en Allemagne et en allemand » mais des versions anglaises, françaises et italiennes de la réponse du WWF sont publiées sur différents sites de l’organisation. Si l’ONG affirme ne pas avoir attendu ces critiques pour entamer une réflexion sur son action, elle va sans doute devoir tout de même redoubler d’efforts pour garder la confiance du public. (1) sur 60 contactés auprès des 93 salariés, les 33 autres n’ayant pas été approchés au moment de l’envoi de la lettre, ils ont été invités à s’exprimer par mail, précisent les signataires de la lettre. (2) Fabrice Nicolino, « Qui a tué l’écologie ? », LLL, 2011.
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