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Avril 2012 est à marquer d’une pierre blanche pour les partis écologistes africains. Le congrès des Verts mondiaux s'est tenu pour la première fois sur le continent, à Dakar, du 29 mars au 1er avril. Cette troisième édition, où plus de 70 pays étaient représentés, a en particulier rassemblé des organisations et des partis verts de 47 pays africains, réunis depuis 2010 au sein de la Fédération des Verts africains. La nomination, le 3 avril, de Haïdar El Ali comme ministre de l'Ecologie et de la Protection de la nature dans le nouveau gouvernement sénégalais de Macky Sall confirme l'institutionnalisation de l'écologie politique sur le continent. Directeur d’Océanium Sénégal et président de la Fédération des partis écologistes et verts région Afrique de l'ouest (FEPEV-RAO), Haïdar El Ali est une figure écologiste reconnue au-delà du pays. Et le Sénégal n’est pas un cas isolé. Les avancées démocratiques en Afrique favorisent les partis verts du continent. Interdit sous Ben Ali, le parti vert radical « Tunisie verte » est aujourd'hui un parti actif dans le nouveau paysage politique tunisien. La « timidité » des Verts européens à soutenir la fédération africaine « Le déficit démocratique reste LA problématique commune des partis verts africains», souligne cependant Papa Meissa Dieng, secrétaire général de la Fédération des Verts africains et coordonateur du congrès de Dakar. Les résolutions affichées par les pays africains à l’issue des rencontres en témoignent. Les signataires ont notamment réclamé une restauration de la constitution au Mali et appelé à la tenue d’élections à Madagascar. « Les partis verts sont généralement actifs dans l'opposition, explique Papa Meissa Dieng, mais il y a une grande diversité de situations. Il existe des partis très proches du pouvoir comme au Gabon, ou à l'inverse des partis illégaux comme au Rwanda ». En juillet 2010, le vice-président du parti vert rwandais, André Kagwa Rwisereka, a été assassiné, et son président, Frank Abineza, est depuis exilé en Suède. La Fédération des Verts africains intègre aussi des ONG écologistes. Papa Meissa Dieng insiste sur la nécessité de reconnaitre les actions de ces mouvements, tout en les accompagnant vers la formation de partis politiques : « Cette situation est en particulier caractéristique des pays africains anglophones, où les marges de manœuvre pour créer de nouveaux partis sont réduites. Au Nigeria, nous poussons le Nigerian Green Movement, très actif sur le terrain de la formation et de la sensibilisation, à se constituer en parti d’opposition ». La Fédération des Verts africains défend ainsi l’écologie politique comme une troisième voix en Afrique. Cheville ouvrière de cette organisation, le rwandais Franck Habineza a bénéficié du soutien politique et financier des Verts suédois. Pour le reste, Papa Meissa Dieng regrette la « timidité » des Verts européens à soutenir son mouvement, notant que « même les sud-américains sont plus généreux. » La population n’est pas à convaincre de la réalité de la crise écologique Si les partis verts africains sont souvent jeunes, l'acuité des problèmes écologiques rend leur objet très concret. De retour des rencontres de Dakar, le député européen vert Jean-Paul Besset confirme que, sur le continent africain, « la population n’est pas à convaincre de la réalité de la crise écologique. Ils la vivent de manière plus directe qu’en Europe. » Le changement climatique et la raréfaction des ressources sont des réalités quotidiennes. Plusieurs résolutions adoptées lors du congrès de Dakar portent ainsi sur des catastrophes écologiques nationales. Le parti vert ivoirien réclame une règlementation contraignante sur les déchets toxiques, le pays subissant encore les conséquences sanitaires et écologiques du déversement criminel de produits hautement toxiques dans la ville d'Abidjan. Face à l’épuisement des ressources halieutiques, le parti sénégalais appelle à un rapprochement entre les organisations de pêches et les écologistes. Leur homologue congolais réclame, lui, des compensations à la surexploitation forestière dans le bassin du Congo. Le « land grabbing » est aussi dans le collimateur des congressistes. Environ 50 millions d'hectares de terres ont été accaparés par des pays ou des compagnies étrangères en moins de dix ans. Une des résolutions de Dakar réclame au Président sénégalais la libération de douze villageois incarcérés pour s’être opposés à la préemption de leurs terres en faveur d’une multinationale. Rien en revanche sur les problèmes liés à l'exploitation minière ou pétrolière. Selon Papa Messie Dieng, les partis verts africains ne sont pas « aussi radicalisés » et ils s’exposeraient à une violente répression de leur gouvernement. Cela n'empêche pas forcement les populations de se mobiliser localement, comme les mouvements villageois contre les compagnies pétrolières au Nigeria. Fin mars, près de 11 000 villageois de la communauté Nobo ont ainsi intenté un procès à Shell pour la pollution de leur eau et la dévastation de leur terre.
Pour aller plus loin, lire le numéro sur l’Afrique de la série "Les écologies politiques aujourd'hui", Ecologie et Politique, n°42, octobre 2011.
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